Doctor Who 7×10 – Hide (critique de l’épisode)

Doctor Who 7×10 – Hide (critique de l’épisode)

Note de l'auteur

‘‘Every lonely monster needs a faithful companion’’

Qui pourrait résister à une vieille maison hantée ? Certainement pas le Docteur, qui amène Clara dans un Manoir en 1974, à la rencontre du Professeur Alec Palmer et de son assistante Emma Grayling. Celle-ci semble posséder un lien télépathique et empathique avec l’esprit présent dans ces lieux. Les investigations du Docteur révèlent rapidement que ce « fantôme » semble présent à cet endroit de la Terre depuis son origine et jusqu’à sa fin, mais aussi qu’il fuit quelque chose. Quel monstre se cache tout près d’eux ?

Lorsque Neil Cross a remis à l’équipe de production de Doctor Who son scénario pour l’épisode « Hide », le tout premier épisode tourné par Jenna-Louise Coleman il y a quasiment un an, en mai 2012, celle-ci lui en a presque immédiatement demandé un deuxième (celui diffusé il y a deux semaines, « The Rings of Akhaten »). Maintenant que nous l’avons vu, nous ne pouvons qu’approuver cet enthousiasme. « Hide » dispose de toutes les qualités de « The Rings of Akhaten » : l’émotion, le sens de la découverte, de bonne caractérisations. Mais il offre en outre une histoire très charpentée et solide, dotée de quelques idées originales (l’animation des photos prises au fil du temps par le Docteur, par exemple). C’est de loin le meilleur épisode des quatre diffusés jusqu’ici ce printemps, et dans toute la saison 7, il n’y a guère que « The Angels Take Manhattan » pour éventuellement lui faire de la concurrence.

Comme beaucoup de britanniques, Neil Cross a grandi avec Doctor Who, et c’est un fan de la série. Pas seulement, d’ailleurs. Parmi ses inspirations figure aussi The Quatermass Experiment, série fondatrice de la science-fiction télévisée UK. D’ailleurs, Cross avait espéré utiliser le personnage fictif du Professeur Bernard Quatermass, à la place de son Professeur Palmer, avant que des raisons de droits l’en empêche. Il s’inspire aussi de The Stone Tape, une dramatique télévisée écrite par le créateur de Quatermass, Nigel Kneale, là aussi une histoire de fantômes diffusée à Noël 1972.

La première envie de Neil Cross est donc de se rapprocher des sensations de son enfance, et notamment de la fin de la période de Tom Baker, celle qu’il a connu quand il avait autour de dix ans. Il a donc envie d’écrire un épisode effrayant, un de ceux qu’il aurait regardé caché derrière son canapé (comme le veut la formule légendaire), situé dans un lieu clos avec une distribution resserrée. Cette envie a conduit à une note originale de la part de la production, après la remise de sa première version : faire en sorte de dépenser plus d’argent !

Cross réussit parfaitement son coup. Il livre une véritable master-class pratique sur le sujet de l’opposition entre l’écriture de l’horreur et l’écriture de l’angoisse, cette dernière permettant d’effrayer les enfants sans les traumatiser (sujet que j’évoquais dans ma critique de l’épisode précédent, « Cold War » qui s’était échoué sur cet écueil).

La première partie installe avec beaucoup de maîtrise l’atmosphère et les personnages – une structure scénaristique similaire, dans un genre différent, à celle déployée sur l’autre épisode signé par Cross – en prenant le temps nécessaire pour que la tension puisse monter peu à peu. Les apparitions du fantôme, et plus encore celles du monstre, sont très réussies. Le Crooked Man est l’une des créatures les plus aboutie vue ces dernières années, combinaisons de multiples techniques. D’abord un costume réussi créé par l’équipe des maquilleurs spéciaux, et que le réalisateur a la bonne idée de ne pas trop montrer, ce qui lui évite de perdre de son charme. Quelques techniques de réalisation concourent ensuite à l’étrangeté de la créature : ses mouvements ont été filmés à l’envers et le sens des images inversées, ce qui donne des déplacements non-naturels. Enfin, l’équipe des effets spéciaux numériques a encore renforcé cette impression par diverses distorsions de l’image.

La seconde accélère le rythme, en ayant l’avantage d’avoir suffisamment de ressources scénaristiques, ce qui le distingue cette fois-ci de « Akhaten ». Le personnage de la spationaute est même légèrement survolé.  Le récit de Neil Cross marie naturellement le concept de départ de la maison hantée à l’inévitable irruption de la science-fiction (puisque les fantômes n’existent pas dans cet univers) – mieux d’ailleurs que les précédentes variations sur ce thème. Jusqu’à un épilogue mi-sérieux, mi-clin d’œil, qui range définitivement « Hide » parmi ces épisodes positifs dans lesquels non seulement personne ne meurt, mais surtout personne n’est vraiment méchant. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard que le monstre le plus difforme vu depuis des années ne cherche qu’à retrouver celle qu’il aime, d’autant que le scénario rappelle à l’inverse que le visage angélique du Docteur pourrait cacher des effets néfastes et inquiète Clara à ce sujet, qui commence sans doute à prendre conscience qu’elle n’est pas la compagne de voyage du Docteur par hasard.

La réalisation de Jamie Payne soutient bien l’atmosphère que le scénario espérait mettre en place, de même que l’interprétation des deux guests principaux. On notera cependant que même « Hide » confirme que, sur le plan technique, la série est descendue d’un cran, cette année après les réussites étourdissantes des saisons 5 et 6 : le montage souffre de pas mal de faux-raccords, du petit détail pas très gênant comme la position de tel ou tel acteur dans le plan, jusqu’à l’apparition / disparition du nœud papillon du Docteur ; de même l’étalonnage est moins subtil et réussi que par le passé.

Alors que ces derniers temps, Doctor Who peine à soulever l’enthousiasme, « Hide » vient nous rappeler ce pourquoi nous aimons tant la série : son originalité, son cœur et son enthousiasme. Si l’association du scénariste créateur de Luther à Doctor Who avait pu, un temps, poser question, force est de constater que Neil Cross maîtrise parfaitement le genre. L’homme est occupé mais, à n’en pas douter, la BBC tient-là un candidat possible quand il faudra s’atteler à la relève de Steven Moffat.

The Impossible Girl

S’il y a une chose que cette saison réussi mieux que les précédentes, c’est la continuité subtile de l’arc mis en place par Moffat. Là où les apparitions hyper-répétitives des failles ou la discussion sans fin entre Amy et Rory sur la mort du Docteur étaient souvent des moyens très, très lourds d’évoquer l’intrigue en court, le motif de l’impossible girl est développé avec finesse. Je ne suis toujours pas incroyablement passionné par ce mystère, mais au moins je ne suis pas agacé par lui. Le Tardis semble faire la paix avec Clara dans cet épisode, mais nous aurons sans doute l’occasion de le vérifier la semaine prochaine.

Cherish the past

Comme dans chaque épisode de cette saison, les références aux aventures passées du Docteur sont multiples. Les plus jeunes fans auront remarqué la combinaison de spationaute rouge que le Docteur réutilise (modifiée sans cesse) depuis « The Impossible Planet » dans la deuxième saison. Par ailleurs, le Docteur a recours à un cristal bleu de Metebelis III, ce qui avait déjà été le cas de sa troisième incarnation dans « The Green Death » puis « Planet of the Spiders » à l’issue de laquelle le Docteur s’était régénéré. Matt Smith prononce le nom différemment des épisodes de l’époque, ce qui a fait grogner quelques fans anglo-saxons. Il est aussi possible de penser que c’est là un autre artefact des problèmes de mémoires rencontrés par le Docteur, qui avait oublié avoir déjà eu affaire à la Great Intelligence dans le dernier Christmas Special.

Verity

Quelques mois après avoir tourné cet épisode, Jessica Raine, qui joue ici la télépathe Emma Grayling, a été choisie pour interpréter la productrice Verity Lambert dans le téléfilm racontant la création de Doctor Who qui sera diffusé pour son cinquantième anniversaire en novembre.

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