DOCTOR WHO 7×14 – The Name of The Doctor (Critique de l’épisode)

DOCTOR WHO 7×14 – The Name of The Doctor (Critique de l’épisode)

Note de l'auteur

Son secret est révélé, mais pas celui auquel on s’attendait.

‘‘He left me, like a book on a shelf. Never even said goodbye. He doesn’t like endings.’’

Madame Vastra, Jenny et Strax sont piégés par la Grande Intelligence et enlevés devant Clara et River Song, impuissantes. Clara rapporte les faits au Docteur, et le message qu’on lui a confié : pour sauver ses amis, le Docteur doit se rendre là où il ne devrait surtout pas aller. A Trenzalore, l’endroit où se trouve sa tombe. Celle-ci ne peut-être ouverte que si le Docteur livre à voix haute un secret : son nom. Mais celui-ci en cache un autre, aux conséquences véritablement terrifiantes.

C’est le troisième épisode de fin de saison écrit par Steven Moffat. Comme les deux précédents, celui-ci pose un défi à l’auteur de critique que je suis. « The Wedding of River Song » menaçait de s’écrouler sous la masse d’histoire compressée en un seul épisode, et souffrait d’une résolution de mystère qui tenait de l’anti-climax, voire selon certains de la véritable déception. Émotionnellement  il demandait au spectateur d’adhérer totalement et sans conditions à l’histoire d’amour entre le Docteur et River Song, quand bien même celle-ci avait été racontée en avance rapide, de façon chaotique, au fil de la sixième saison.

« The Big Bang », le final de la cinquième saison, était quant à lui une aventure très satisfaisante sur le plan émotionnel, mais au prix de raccourcis énormes dans la narration, et d’une pluie de deus ex machina.

« The Name of the Docteur » rassemble pas mal de ces qualités, et de ces défauts. La difficulté qu’il me pose, c’est aussi que je pressens que le texte que je vais écrire sera au final bien plus dur que ce qui a été mon sentiment à l’issue de son visionnage. C’est l’inconvénient de ces retours critiques. C’est par nature un exercice dans lequel la raison a l’avantage sur l’émotion. Et la raison n’est pas tendre avec cet épisode. Pour autant, oui, j’ai pris du plaisir en le regardant. Pas que du plaisir. Il y a aussi eu des agacements et de la frustration, même lorsque j’ai vu l’épisode la première fois. Mais du plaisir, quand même.

Alors essayons d’avoir un mot pour l’émotion et le positif, d’abord. Voir Clara se balader au milieu des anciens Docteurs, dans cinquante ans de mythologie Whovienne, depuis le point de départ, jamais vu jusqu’ici, de cette aventure – le vol du Tardis par le Docteur –, était un vrai bonheur. Malgré les limites techniques qui, pour le coup, avaient certainement moins à voir avec la baisse importante de qualité des effets spéciaux cette année (signés pour cet épisode par Stargate Studios, The Mill ayant fermé sa division TV) qu’avec la nature de la tâche. Soit incruster des images vidéo basse résolution enregistrées sur des bandes il y a des décennies au milieu des images numériques haute définition d’aujourd’hui. Dans ces moments là, le fait que Doctor Who n’ait jamais été filmé sur pellicule se révèle une vraie difficulté.

L’adieu du Docteur à River Song m’a absolument bouleversé. Comme le mariage, qui symbolisait la pleine acceptation de River par le Docteur comme son égale, m’avait déjà bouleversé. Malgré des limites (auxquelles je faisais allusion plus haut et sur lesquelles je vais revenir), j’ai toujours adhéré pleinement, et au personnage de River Song, et à cette relation. Je suis fasciné par la profondeur de jeu d’Alex Kingston, et je trouve qu’elle amène toujours Matt Smith à son meilleur niveau.

Beaucoup de choses indiquent que cela pourrait être l’apparition finale de River dans la série (au-delà de la thématique des scènes, la dernière réplique de River, ‘‘Goodbye sweetie’’ est le parfait reflet de la toute première qu’elle a prononcé, ‘‘Hello sweetie’’, en arrivant dans la Bibliothèque). Si c’est bien le cas, elle va beaucoup, beaucoup me manquer. Dans une époque de la série qui manque désespérément de chair et de cœur, Kingston en apportait gratuitement même, je crois, quand Moffat n’en écrivait pas.

Pour finir sur ce qu’il y avait de plus formidable dans cet épisode, notons cette idée que le résidu d’un Time-Lord mort soit une sorte de faille béante dans l’espace-temps, une trace des altérations qu’il a laissées derrière lui, est réellement originale et brillante. Est-ce que tout cela est exploité à sa juste valeur ? C’est sans doute une autre question. Mais au moins nous avons affaire à un concept fort et nouveau, qui apporte quelque chose à la série. Soit une chose que Steven Moffat ne nous avait plus donné depuis déjà un certain temps.

Le Docteur et River. The final goodbye?

Je ne sais pas si c’est une prise de conscience personnelle, si on lui a sonné les cloches ou bien s’il s’agit simplement d’un signe de plus de son extrême fatigue créative. Toujours est-il que Steven Moffat semble avoir tourné le dos à ces épisodes à la densité si extrême qu’elle était souvent excessive. Dans toute cette saison, seul « The Angels Take Manhattan » s’aventurait dans ce genre de territoire, et encore restait-il raisonnable de ce point de vue. Le problème, c’est que maintenir un niveau de densité narrative respirable n’est probablement pas tout à fait compatible avec l’idée de season finale en une seule partie de 45 minutes.

La conséquence, c’est la structure bizarre de « The Name of the Doctor », c’est-à-dire celle d’un gigantesque climax posé sur une introduction, sans développement au milieu. J’ai l’impression d’avoir mangé trois radis en entrée, puis douze parts de gâteau au chocolat en guise de plat de résistance ET de dessert. Pour écrire ce menu très déséquilibré, on nous présente des supposés raccourcis qui sont surtout de véritables absurdités. Sans même rentrer dans les questions de qui a mis là cette fausse tombe de River Song, quand, comment et pourquoi, constatons simplement que lorsque arrivent les Whisper Men pour les amener à l’intérieur du Tardis devant l’entrée de la tombe, le Docteur et Clara s’enfuient afin d’arriver… et bien exactement là où les Whisper Men voulaient les emmener de toute façon.

Pourquoi ce rebondissement inutile ? Sans doute parce que Steven Moffat a besoin de dissimuler sous l’apparence d’une résistance du Docteur ce qui devient vite évident lorsque l’on y pense. Le scénariste a besoin que le Docteur et Clara arrivent devant la ‘‘dépouille’’ du Docteur. Alors il les y mène, même si c’est en dépit de la logique et du bon sens.

Car dans « The Name of the Doctor » tous les personnages agissent en suivant des motivations parfaitement incompréhensibles, quand elles ne sont pas le contraire absolu de ce que nous avons toujours su d’eux.

Passe encore que le Docteur soit prêt à risquer l’univers pour le trio Vastra, Jenny, Strax. Le lien émotionnel qui relie le Docteur à ces personnages est bien plus énoncé que ressenti, mais c’est là le défaut majeur connu de l’écriture de Steven Moffat. Comme il est absolument incapable d’écrire l’évolution émotionnelle d’un personnage, ou d’une relation entre des personnages, ce genre de chose se passe toujours hors de notre vue, pendant les ellipses, entre deux épisodes. C’est terriblement frustrant, puisque ces évolutions sont justement le cœur de l’art de la série télé, ce qui me fait réaliser peu à peu que Steven Moffat est un écrivain génial qui travaille pour le mauvais média – ou en tout cas qui devrait se limiter à l’écriture de séries limitées et bouclées comme Sherlock, ou de miniséries comme Jekyll. Malgré cela, j’ai réussi à adhérer à la relation entre Le Docteur et River Song, parce que comme celle-ci était au cœur d’un mystère, le personnage est revenu suffisamment souvent pour que cet amour s’incarne (le scénariste, encore une fois, doit aussi une fière chandelle à Alex Kingston). Mais le trio Victorien n’a pas eu cet avantage.
La vérité est aussi que le Docteur sème beaucoup de cadavres autour de lui, même s’il y a moins de morts sous Steven Moffat qu’il n’y en avait sous Russell T Davies. Vu l’incroyable danger que représente sa tombe, je ne suis pas si sûr que cela qu’il prendrait le risque de s’y rendre sans une motivation émotionnelle un peu plus travaillée.

Passe encore, aussi, que la Grande Intelligence soit un ennemi purement fonctionnel sans aucune densité (malgré deux précédentes apparitions cette année, aussi peu mémorables l’une que l’autre). Les motivations qu’il énonce, copiées à l’identique sur celle de Madame Kovarian dans « A Good Man Goes To War », tiennent avant tout du prétexte. Il faut reconnaître que Steven Moffat était face à un défi : trouver dans l’histoire de la série un ennemi qui soit une entité unique (par opposition aux races comme les Daleks ou la Sontarans) qu’il puisse sacrifier définitivement. Peut-être la Grande Intelligence était-elle la moins mauvaise des solutions.

Par contre, que la soit-disant Grande Intelligence se sacrifie en laissant derrière lui, non pas un, ni deux, ni trois, mais carrément quatre amis du Docteur en vie et en mesure de le suivre pour effacer ce qu’il vient de faire, voilà qui insuffle un gros doute sur la réalité de cette intelligence (et dévoile un scénariste peu regardant sur la logique)

Le Docteur et ses amis encerclés par les Whisper Men

Là où le bas blesse jusqu’à l’impardonnable, c’est lorsque l’on nous révèle que c’est River Song qui ouvre la tombe. Pourquoi diable ferait-elle cela ? Elle sait pourtant bien que la Grande Intelligence va pouvoir se servir de ce qu’elle contient pour réécrire l’histoire du Docteur, et donc supprimer leur relation, leur amour, leur mariage.

C’est précisément ce que River a toujours voulu préserver, à n’importe quel prix. Dans « Forest of the Dead » elle a préféré mourir plutôt que de laisser changer ce passé. Dans « The Wedding of River Song », elle a mis en danger tout l’univers et effectué l’impossible, effacer un Point Fixe, pour la même raison. Encore moins logique, quelques minutes tard, elle essaie de persuader Clara de ne pas se sacrifier – ce qu’elle a pourtant fait elle-même – pour rétablir l’histoire.

C’est toute cette scène avec Clara qui fonctionne d’ailleurs à fronts renversés. Le plus étrange, c’est que même s’il ne les suit pas, Steven Moffat a les bons instincts. Le prélude qu’il a écrit pour cet épisode, « She Said, he Said », soulignait que le Docteur et Clara ne se connaissent absolument pas l’un l’autre – pas plus que nous ne connaissons nous-mêmes Clara, figure hâtivement brossée et dotée de très peu de caractéristiques propres autres que celles apportées par l’excellente actrice qui l’incarne.

Il me semble évident que cette scène aurait du être celle d’une Clara ne comprenant pas pourquoi elle devrait se sacrifier pour ce Docteur qu’elle ne connaît pas et qui lui a menti, et refusant de le faire tandis que River aurait essayé de l’en convaincre. Là, le tragique du destin de Clara aurait pu générer de la véritable émotion, d’autant que les sentiments des personnages seraient apparus réalistes, crédibles. Clara aurait gagné de l’épaisseur au lieu de n’être qu’une marionnette.

La cohérence psychologique des personnages atteint peut-être son point le plus bas, mais ces symptômes sont présents depuis plusieurs années, et ne sont donc guère surprenants. Il y a un autres point sur lequel ma déception devant « The Name of the Doctor » était totalement inattendue.

S’il y a une chose dont je croyais Steven Moffat capable, c’est de tenir sa propre mythologie, son intrigue feuilletonnante. J’ai tenu bon longtemps quand certains avaient déjà exprimé des doutes. Mais là, force est de reconnaître que ce que le scénariste semblait avoir construit s’écroule comme un château de cartes.

Ce à quoi nous avons assisté sur Trenzalore n’entretient qu’un rapport distant avec ce que Dorium avait annoncé à la fin de « The Wedding of River Song ». Soit, pour mémoire :

‘‘Le Silence doit s’abattre quand la question sera posée. Vous êtes un homme avec un passé long et dangereux, mais votre futur est infiniment plus terrifiant. Sur les champs de Trenzalore, à la chute du Onzième, alors qu’aucune créature vivante ne pourra mentir ou s’abstenir de répondre, une question sera posée. Une question qui ne doit surtout jamais trouver de réponse.’’

Un puzzle aux pièces changeantes.

Mais le rôle joué par l’ordre du Silence dans cette histoire devient parfaitement incompréhensible. Doit-on comprendre qu’il s’agissait de gentils qui voulaient empêcher la destruction de la time-line du Docteur et de ses victoires (cachant cet objectif à leurs employés comme Madame Kovarian, elle parfaitement en phase avec le plan de la Grande Intelligence ?). Dans ce cas, le plan initial du Silence, qui consistait à tuer le Docteur avant qu’il n’atteigne Trenzalore en faisant exploser son Tardis – ce qui provoquait justement la destruction de l’Univers qu’ils seraient censés vouloir éviter – apparaît à son tour comme parfaitement idiot.

Je ne crois pas à une résolution miracle dans la suite: difficile d’imaginer que toute cette continuité soit adressée dans un épisode spécial célébrant le cinquantenaire de la série, qui sera regardé bien au-delà du cercle de fans. Je ne crois pas à une solution-fuite en avant, qui imaginerait que le plan du Silence se référait à une visite future du Docteur à Trenzalore (car comme elle aboutit à un cadavre de Time-Lord, on voit mal comme la série pourrait la mettre en scène). Alors force est de reconnaître que l’intrigue tentaculaire de Steven Moffat est un vaste foutoir dénué de sens, perpétuellement rebooté pour se décharger de tous les éléments de continuité que le scénariste, dépassé, n’arrive plus à gérer.

A ce niveau, on n’est pas loin du crash narratif de la dernière saison et demie de Battlestar Galactica, à ceci prêt que Moffat essaie de jouer à l’illusionniste et de nous embrouiller, plutôt que d’assumer cyniquement qu’il ne sait pas où il va et se fiche de nous, comme l’ont fait Moore et Eick.

En tout état de cause, cette contre-révélation fait dramatiquement baisser mon intérêt pour la suite du run de Moffat sur la série, qui piquait déjà en flèche depuis le début de cette saison ratée, de loin la plus mauvaise depuis le retour de la série. Son retour à des intrigues bouclées dans chaque épisode – dont je ne crois pas un instant qu’il lui a été imposé par l’extérieur – prend en tout cas soudainement nettement plus de sens. C’est un aveu d’incompétence, tout simplement.

Pour la même raison, je suis aussi inquiet à l’idée que Steven Moffat aille mettre son nez dans la Time War. Car, même si rien n’est véritablement confirmé, j’ai bien le sentiment que c’est de cela qu’il est question, la découverte par Clara, lors de son exploration du Tardis, d’un livre sur la Guerre du Temps, pour remettre cet événement dans les mémoires, apparaissant comme un indice probant. C’est une jolie page de l’histoire de Doctor Who, que Russell T Davies maîtrisait parfaitement, et que je n’ai pas envie de voir maltraitée ou rendue totalement incohérente.

Reste que la révélation de l’existence d’un Docteur oublié, d’une incarnation qui serait le Docteur 8½, déchue du droit de porter son nom, est excitante.

Hé le débile du fond, au cas où tu n’aurais pas compris, John Hurt est Le Docteur

Dommage que le cliffhanger soit si mal amené, si mal écrit, qu’il faille recourir à une explosion assez vulgaire du quatrième mur pour la rendre compréhensible. Ça m’a semblé si ridicule, j’ai eu l’impression qu’on était passé à deux doigts de Steven Moffat lui-même poussant John Hurt hors du cadre pour s’adresser à la caméra et vanter lui-même son rebondissement-qu’il-est-trop-génial-que-c’est-de-la-bombe-que-tu-vas-le-regarder-le-Special-des-cinquante ans.

Oui, je vais le regarder Steven…

La saison 8, à venir à l’automne 2014, dont tu seras encore showrunner ? Franchement, là, maintenant, tout de suite, je ne suis pas sûr. Mais ne m’en veux pas si je ne dis pas au revoir. Je n’aime pas les fins. Surtout quand elles sont amères.

« The Name of the Doctor » nous sert des choses formidables, que tout fan a toujours rêvé de voir : toute l’histoire de cinquante ans de série qui s’entrechoque, les multiples Docteurs qui se croisent, une révélation finale sidérante qui fait trembler la mythologie telle que nous la connaissions. Mais il le fait dans une histoire brinquebalante, pleine de raccourcis éhontés, et qui trahit – pour ne pas dire sabote – tous les personnages pour arriver à ses fins. A mesure que mon premier visionnage s’éloigne, j’avoue que l’agacement prend le pas sur le plaisir. En d’autres termes, même dans la création, je ne pense pas que la fin justifie les moyens.

J’ai la mémoire qui flanche
Le thème de la mémoire a traversé de nombreux épisodes de cette saison. Le plus significatif de ces multiples moments étaient celui de « The Snowmen » où le Docteur avait oublié avoir déjà affronté la Grande Intelligence par le passé. J’étais persuadé que tout cela construisait quelque chose, serait expliqué par une action, amènerait à une révélation. Et rien. En fait, tout cela n’avait probablement pour but que d’expliquer préventivement une incohérence causée par la rétro-continuité inventée par Steven Moffat. Pourquoi le Docteur ne se souvient-il pas d’avoir croisé Clara plus souvent, notamment quand elle l’a conseillée sur le Tardis à voler ? Parce qu’il a la mémoire qui flanche, voilà tout!

A venir au Daily Mars
J’ai envie de tirer un bilan de Steven Moffat à la tête de Doctor Who. Je reviens dans quelques jours avec un article dans lequel je me demanderais comment le brillant scénariste qu’il est peut-il faire un showrunner si médiocre.

Partager