DOCTOR WHO 7×16 – The Time of the Doctor (Critique de l’épisode)

DOCTOR WHO 7×16 – The Time of the Doctor (Critique de l’épisode)

Note de l'auteur

“I will always remember when the Doctor was me”

Poster promo de Time of the Doctor

Depuis une planète anonyme et sans importance, est émis à travers tout l’espace et le temps un mystérieux message qui attire toutes les puissances de l’Univers – Daleks, Cybermen, Sontaran, Weeping Angels… et bien sûr le Docteur lui-même. Seulement, cette planète est en vérité Trenzalore, et le message provient d’une fissure restée ouverte, à travers laquelle les Time Lords enfermés dans un espace parallèle lancent au Docteur un appel à l’aide. Mais le reste de l’Univers refuse l’idée de leur retour, et veut détruire la planète. Le Docteur est donc forcé de rester sur place pour protéger un petit village nommé Christmas des ennemis qui l’assiègent – et ce siège va durer des centaines d’années…

 

L’homme seul

Heureusement que Matt Smith est un grand bonhomme. Le chant du cygne de son Docteur, il le porte tout seul sur ses épaules. Autour de lui, quelques ersatz de personnages, à peine plus fouillés que la tête de Cyberman qu’il trimbale pour lui tenir compagnie, servent de réceptacles à qui il délivre brillamment ses dialogues.

Clara est bien en train de développer une caractérisation – ‘‘ma personnalité pétillante cache une control freak qui aime tout diriger’’, lâche-t-elle en arrivant à Christmas, sous l’emprise du filtre de vérité. C’est une bonne chose que l’équipe créative s’attaque à ce problème, mais tout cela est bien récent, et loin d’être suffisant. Le lien émotionnel censé l’unir au Docteur continue de paraître totalement artificiel, et surtout le scénario commet l’erreur de la faire se comporter comme une idiote (la deuxième fois qu’elle se fait abandonner par le Docteur est au moins autant de son fait que du sien). L’autre stratégie pour développer Clara consiste à l’entourer. La grand-mère de Clara est rigolote, mais même si introduire ces personnages est nécessaire, ce n’est simplement pas le moment : on a logiquement envie de retourner le plus vite possible aux derniers jours siècles du onzième Docteur.

Pour le reste, Steven Moffat se contente de piocher dans son juke-box de personnages, façon greatest hits. Barnable est posé comme un boy who waited, avec inclusion du thème musical d’Amy. A nouveau, on n’a pas donné à Murray Gold le budget pour enregistrer suffisamment de nouvelles compositions. Un paroxysme de ce problème survient quand Four Knocks, la musique qui accompagnait le sacrifice de Ten pour sauver Wilf, surgit au détour d’une scène. Très contreproductif.

Welcome back sweetie ?

Une forme d’écriture automatique malencontreuse ? Une idée sortie du frigo trop tard ? La réécriture la plus paresseuse de l’histoire ? Je ne sais pas ce qu’est Tasha Lem.

Introducing River 2.0.

Au moins, Steven Moffat ne fait rien pour dissimuler le fait que ce personnage n’est autre que River Song avec un autre nom. Ses dialogues et ses interactions avec le Docteur sont identiques, elles sont toutes les deux qualifiées de psychopathes, ne vieillissent pas malgré les années, et Lem sait piloter le Tardis (alors que l’erreur des ennemis du Docteur dans « The Pandorica Opens », qui a causé les fissures, avait justement été de penser que seul le Docteur pouvait piloter le Tardis. Mais je reviendrai sur ce toutéliage plus tard). Même son nom est transparent. Lem est l’anagramme de Mel, la forme courte de Melody que River avait déjà choisie dans une de ses incarnations. Et tasha, traduit du japonais à l’anglais, signifie « another person ».

A la diffusion de « A Good Man Goes to War », j’avais spéculé que Steven Moffat avait trouvé le moyen de conserver River Song de façon quasi-permanente dans la série en laissant entendre que de nombreuses régénérations (et donc versions de River Song) pouvaient se cacher entre la petite fille de New York et l’incarnation Alex Kingston. J’aurais vraiment aimé ça, mais « Let’s Kill Hitler » a enterré l’idée en clarifiant que seule Mels avait existé entre les deux. Impossible aujourd’hui, donc, d’imaginer des régénérations inconnues de River Song. Une autre possibilité pour expliquer Tasha Lem surgit du fait que le Docteur décrit son vaisseau comme une Unité Centrale Papale. Pourrait-il s’agir d’une projection informatique de la personnalité de River sauvegardée dans l’ordinateur de la Bibliothèque ? Mais, au-delà du fait que je ne vois pas bien ce que seraient les motivations de River Song à agir comme elle le fait (mais « The Name of the Docteur » a démontré que des motivations parfaitement incohérentes n’étaient pas au-dessus de Steven Moffat), son incarnation dans un véritable corps susceptible d’être tué et utilisé par les Daleks n’est guère logique.

Selon certaines sources, Alex Kingston était indisponible pour le tournage de cet épisode, en septembre dernier. On en reviendrait donc à la possibilité d’une réécriture extrêmement paresseuse, d’autant plus malvenue que, sous couvert de nostalgie, « The Time of the Doctor » avait déjà beaucoup trop des airs de best of. (Unifier tous les ennemis du Docteur est une marotte de Steven Moffat, mais ici je me serais bien contenté des Daleks.)

 

Point de vue et émotions

Mes problèmes avec la période actuelle de Doctor Who commencent à s’accumuler, mais je crois que le principal est que les histoires ne nous sont plus racontées d’aucun point de vue. Steven Moffat prétend qu’il écrit ses histoires du point de vue des compagnons. C’est probablement son intention, mais ce n’est pas ce qu’il fait – en partie parce que c’est difficilement compatible avec le fait que ses compagnons soient mystérieux et que des informations à leur sujet nous soient cachées, mais aussi à cause de son travers qui consiste à placer tous les évolutions de personnages et de relations dans des ellipses.

Au final, on saute du point de vue d’un personnage à un autre dans une anarchie hystérique, qu’illustrent assez bien ses time-jump constant et déments. C’est ainsi qu’en deux saisons et demie, on a suivi dix ans de la vie d’Amy Pond. Pire, le douzième Docteur a vécu plus longtemps que les onze précédents réunis (dont deux ou trois cents ans écoulés pendant l’unique saison 6).

A mes yeux, tout cela a un prix : le niveau d’empathie pour le Docteur et pour les autres personnages de la série ne cesse de s’éroder. Ma connexion émotionnelle avec Doctor Who se réduit à peau de chagrin. Elle ne réapparaît, atténuée par rapport à la belle époque, que lorsque Moffat revient à des éléments de l’histoire datant d’avant lui, comme c’était le cas dans l’épisode Spécial des 50 ans.

Steven Moffat veut tout au même moment : fromages et desserts, au pluriel, et tout le temps. Ses comparses mystérieuses sont une bonne idée. Voir le Docteur d’un point de vue extérieur, et le faire vieillir entre chaque aventure est une idée intéressante. Les deux ne vont simplement pas ensemble.

C’est à peu près la même chose dans « Time of the Doctor ». Clairement, Steven Moffat a envie d’écrire l’histoire du Docteur qui s’installe et se sacrifie pour un petit village d’anonymes sans importances. Cela pourrait être une jolie histoire, même s’il faudrait qu’il soit capable de donner vie à quelques personnages dans le village pour que ce ne soit pas complètement abstrait. Mais c’est difficilement compatible avec le fait que parallèlement, tout cela explique la destruction du Tardis, celle de l’Univers et la création de River Song. La force des enjeux de la backstory annule le sentiment d’intimité et d’humanité qu’il aurait voulu insuffler avec son village.

Le Docteur passe le temps en racontant ses aventures, et les enfants en les dessinant.

Un autre facteur qui effrite l’engagement dans la série, et donc l’attachement émotionnel, c’est la manière dont elle semble désormais souffrir d’un déficit prononcé de l’attention. A différentes échelles, on ne cesse d’introduire des idées très intéressantes qui sont oubliées dans la seconde d’après. Le Docteur avait terminé la saison 6 caché dans l’ombre, après avoir simulé sa mort. Dès le teaser du premier épisode de la saison 7, on apprenait que des rumeurs avaient circulé et que tout le monde savait qu’il était vivant. Ce même épisode avait réinventé sa relation aux Daleks après que le Docteur ait été effacé de leur mémoire. Un élément éliminé en une ligne de dialogue dans « Time of the Docteur », leur première réapparition depuis en dehors des flash-backs de « The Day of the Doctor ». C’est difficile de s’investir dans une histoire quand on sait que le tapis risque d’être tiré de sous nos pieds dès la prochaine minute.

A l’échelle de cet épisode, un temps considérable est consacré à introduire le champ holographique qui cache la nudité des personnages ou le filtre de vérité présent dans Christmas. Et tout cela est oublié après n’avoir servi qu’à un gag. Je finis avec le sentiment que le Steven Moffat qui écrit Doctor Who est un mauvais imitateur de celui qui écrit Sherlock. Un répliquant Dalek, peut-être ?

 

Réponses en soldes

Le mois dernier, a filtré sur Internet le fait que cet épisode verrait le Docteur affronter son nombre limité de régénérations. Quand j’ai lu l’information, j’étais absolument persuadé qu’il s’agissait d’un fake. Une histoire si intéressante, qui pourrait donner une couleur, un arc, à toute une incarnation sur plusieurs saisons, n’allait pas être bazardée en un seul épisode ? J’imaginais déjà la Docteur de Capaldi, à qui aurait dû revenir cette storyline, se demander à chaque fois qu’il se mettait en danger si cela valait la peine qu’il risque sa mort définitive.

Et pourtant, il l’a fait. Certes, cela permet une jolie liaison avec l’épisode précédent et la survie des Time Lords, mais tout de même, quelles opportunités d’histoires et de travail psychologique sur le personnage du Docteur gâchées! Tout cela pour créer, puisque le War Doctor est une invention récente, pas mal de problèmes de continuité. Parce que oui, s’il savait depuis longtemps que c’était sa dernière « vie », le comportement du Docteur aurait dû en être affecté. Sans compter qu’il a évoqué sa prochaine régénération dans « Let’s Kill Hitler », par exemple.

Silence will fall quand le spectateur se demandera si les réponses sont vraiment logiques.

Steven Moffat avait promis de résoudre les questions laissées en suspens depuis les débuts de Matt Smith il y a quatre ans. Il fait un travail convenable et parvient à se rattraper aux branches, au prix de répétitions / coïncidences monstrueuses. Quand on reverra la série sans les mois d’attentes, deux épisodes quasi coup sur coup verront le Docteur arriver sur Trenzalore où prononcer son nom à voix haute pourrait avoir de terribles conséquences. Mais pas les mêmes.

L’ensemble tient du festival de rétro-continuité qui ne tient debout qu’à condition de ne pas être très regardant sur la logique. (Pour commencer, la présence d’une fissure dans cette version de la réalité post-final de la saison 5 n’a aucun sens. Et la destruction de la planète par les Daleks n’aurait aucun effet sur la fissure elle-même, puisqu’elle se situe dans l’espace-temps et non sur le mur). Mais Moffat peut toujours s’enorgueillir d’avoir bouclé son numéro d’improvisation de manière plus satisfaisante que les scénaristes de Lost.

Il glisse même quelques réponses absurdes à des mystères oubliés, comme la pire peur du Docteur dans la chambre 11 de l’hôtel de « The God Complex ». Une faille, donc. Ce qui démontre avant tout que Steven Moffat est persuadé que tout ce qu’il fait est plus important que les 750 épisodes précédents de la série. On oubliera que le Docteur disait alors ‘‘who else ?’’ et pas ‘‘what else ?’’. Apparemment le retconning répond à tous les questions, même à celles qui n’avaient pas besoin de réponse.

 

L’épisode final de Matt Smith m’aura finalement paru très représentatif des trois saisons qu’il a passées dans le rôle, en cela que cela marchait presque. Et que ce presque devait beaucoup à Matt Smith lui-même, impérial même sous une épaisse couche de latex, et qui aura le plus souvent trouvé des choses à explorer dans son personnage même quand son écriture était particulièrement figée. Le reste était un assemblage de moments, quelques-uns brillants, d’autres moins, qui ne parvenaient pas à faire oublier l’absence d’une vraie bonne histoire avec un début, un milieu et une fin. Et l’absence de vrais personnages pour entourer le Docteur et fournir un contenu émotionnel aux enjeux. Derrière le timey-wimey et les deus ex machina, l’humanité de la série continue de se voir réduite à la portion congrue. Elle se réveille un peu dans l’évocation de grands événements, comme la Time War ou une prochaine régénération mais qu’en sera-t-il dans la saison à venir ?

 

Un vieux sceau

Pour donner à son Cybermen des éléments pour traduire le message, le Docteur utilise le sceau du Haut Conseil de Gallifrey. Comme il le dit, il l’a récupéré du Maître dans la Death Zone de sa planète, des événements survenus dans « The Five Doctors », le téléfilm de 90mn produit pour fêter les 20 ans de la série en 1983.

Tardis téléguidé

Dans une première version de l’histoire de « The Waters of Mars », le co-scénariste Phil Ford avait résolu le problème du Tardis laissé à l’extérieur en montrant le Docteur capable de télécommander son apparition sur place. Un rebondissement auquel Russell T Davies avait fait objection en disant que deux-tiers des histoires ne tenaient plus debout si le Docteur pouvait faire ça. Un robot avait été utilisé à la place dans cet épisode. Dommage que Steven Moffat n’est pas eu la même présence d’esprit. Mais sans doute n’est-il plus à un deus ex machina incohérent prêt.

Deux perruques

Karen Gillan et Matt Smith, sans perruques

Matt Smith portait effectivement une perruque dans cet épisode, parce qu’il a tondu sa chevelure l’été dernier pour incarner un soldat dans How to Catch a Monster, un film de Ryan Gosling qui sortira en 2014. Son crane n’était toutefois pas rasé à blanc et c’est bien du maquillage qui a permis de lui donner cette apparence. Au passage, Karen Gillan aussi portait une perruque pour incarner Amy Pond. Apparemment, il faut se raser la tête pour apparaitre dans un film en 2014. Dans son cas, il s’agit de Guardians Of The Galaxy, qui sortira en aout.

Demi-prophétie

Le filtre de vérité présent sur Trenzalore avait été prophétisé par Dorium. Il avait nénamoins ajouté un autre élément que Steven Moffat a laissé de côté : ‘‘Sur les champs de Trenzalore, à la chute du Onzième, alors qu’aucune créature vivante ne pourra mentir ou s’abstenir de répondre, une question sera posée’’. Dans les faits, le Docteur peut tout à fait s’abstenir de répondre. Et il le fait pendant plusieurs centaines d’années. On retcon comme on peut.

Paradoxe ?

Dans un lointain futur, le Docteur retournera-t-il mener une autre bataille à Trenzalore dans laquelle il mourra ? Ou bien les événements de cet épisode ont-ils changé ce futur, fait disparaître sa tombe, et effacé les événements de « The Name of the Doctor » ? Dans un univers qui n’aime pas les paradoxes, celui-ci en serait un majeur. Mais le fait que seul le souvenir des 12 premiers Docteurs se trouvait dans le cadavre semble appuyer cette hypothèse.

 

This song is ending, but the story never ends

J’ai commencé à écrire sur Doctor Who en 2007. Une longue critique de la première saison faisait partie des tous premiers textes publiés sur Le Village, feu le webzine des fictions télé européennes. J’ai passé en revue les trois premières saisons sous cette forme, avant d’en venir aux reviews épisode par épisode avec la quatrième saison, en 2008. J’ai couvert un total de 62 épisodes sous cette forme (en regroupant quelques épisodes en deux parties en un seul texte) d’abord au Village puis depuis un an et demi ici au Daily Mars.

Pour dire les choses simplement, je crois que j’arrive à cours de choses à dire sur Doctor Who, en tout cas sous cette forme (mais il y a d’autres façons d’écrire sur une série que des critiques épisode par épisode). Je crois aussi, comme c’est évident à la lecture de ce papier, que j’arrive à cours d’envie d’écrire sur Doctor Who. J’aime toujours beaucoup la série, mais la part de nostalgie dans cet amour est devenue trop importante pour qu’il soit très sain de continuer de continuer de tenter de l’analyser à la volée. Lorsque la série reviendra à la fin de l’été prochain, je ne l’accompagnerai donc pas. Mais keep watching this space, parce que le Daily Mars ne manque pas de plumes capables de parler de Doctor Who avec passion.

J’ai beaucoup aimé ces années et ces discussions avec le fandom français de la série. Merci à tous. Vraiment, c’était… fantastic !

 

Do you know how to fly this thing ?

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