Doctor Who, le passé est alien (Critique du 9.01)

Doctor Who, le passé est alien (Critique du 9.01)

Note de l'auteur

Le Doctor est de retour après une année haute en couleurs. S’il est séparé de sa compagne, c’est bien entendu temporaire, et Missy est de retour, prête à tout pour cabotiner. Mais attention… SPOILERS.

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Ceci est bien le Docteur.

Le nouveau visage du Doctor a été l’occasion, la saison précédente, de réellement appuyer l’idée que oui, le Docteur est différent des humains. C’est un alien. Qu’il laisse Clara aux manettes pour choisir ou non la destruction de la Lune, qu’il se demande qui il est et s’il est bon ou mauvais, la réponse est : il est avant tout « autre ». Et ce point est primordial dans ce premier épisode, qui est l’occasion de repartir dans le passé du Docteur. Ainsi, oui, il est capable de jouer de la guitare sur un char. Il est multiple, comme le découvre Clara, et en sourit Missy. Et surtout, son passé lui pèse.

Missy, et sa relation avec le Docteur, est en cela la parfaite incarnation de la multiplicité d’un être deux fois millénaires. Séductrice, folle, Michelle Gomez arrive à parfaitement trouver la juste dose entre cabotinage et sérieux. Incapable d’avoir le moindre respect pour la vie humaine, c’est pourtant sans hésitation qu’elle met sa mort en scène face aux rayons Daleks. Son retour au début de l’épisode, en cela, est au moins rapide (« oui, c’est bon, je suis vivante, bref…) ce qui évite le fameux jeu de « quand et comment reviendra-t-elle ». Un élément qui a déjà été vu et revu dans les multiples morts de Rory (et qui ne fait pas mentir l’adage qui veut que quand un héros/ennemi est cool, il ne meurt jamais vraiment. Cf le retour programmé de River Song dans le Christmas Special de cette année). Moffat évite au moins cet écueil en la ramenant de façon franche et directe… Tout en instillant le doute en Clara : si Missy est vivante, le Docteur le savait. S’il le savait, il lui a donc menti. Cela, plus le fait que le Docteur préfère envoyer son « testament » à l’un de ses pires ennemis, couplé à leur conversation à demi-mots sur la gravité, permet enfin d’induire une idée d’éternité, d’une relation profonde et chaotique entre le Maître et lui. Mais il impose aussi une réelle différence, émotionnelle et interpersonnelle, entre le Docteur et sa compagne.

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Que signifie donc être l’ami du Docteur ?

Ce fossé existe donc désormais, et il est salutaire de voir se mettre en place une relation entre deux êtres différents qui cherchent à se comprendre, plutôt qu’un jeu de séduction. Clara, en parallèle, prend une place plus capitale. On suit la ligne de récit qui a voulu que dans le dernier épisode de la saison 8, elle se fasse passer pour le Docteur. Clara est importante en soi : si elle est appelée par l’Unit en début d’épisode, c’est d’abord par son lien avec le Docteur, mais son expertise et ses questions sont écoutées sans être remises en cause. Clara s’est fait sa place au cours de la saison dernière et si elle est toujours professeur, elle est aussi une ressource importante dans la lutte contre les menaces aliens. Ainsi, nous sommes face à deux personnages indépendants, un Seigneur du temps et une humaine, chacun ayant une existence en soi.

dr who 3Cet épisode plante le décor d’un récit ancré dans le passé du Docteur. On peut penser qu’il s’agit d’une nouvelle tendance, s’il n’était tant en lien avec les épisodes de la saison précédente. Steven Moffat avait déjà montré dans l’épisode Listen, un Docteur enfant, et sa rencontre avec (la main de) Clara. Cette fois-ci, dans le « timey-wimey » qu’est l’espace-temps de la série, on le retrouve face à un Davros adolescent. Davros, qui a créé les Daleks. Davros, qui est le responsable de la Guerre du temps et donc de la disparition de Gallifrey. Ce passé peut aussi être vu, en miroir, dans les souvenirs de Davros, qui fait circuler les différentes incarnations du Docteur et leurs discussions entre ennemis. Que faut-il faire ? Quelle est la part de la responsabilité du Docteur dans la Grande guerre des Seigneurs du temps ? Si le Docteur croyait, les saisons précédentes, être responsable du génocide de son peuple, sera-t-il cette fois-ci responsable d’avoir sauvé la vie du créateur des plus meurtrières armes de guerre jamais construites ? Ce passé est aussi incarné par Missy, pire ennemie, meilleure amie, la seule Seigneur du temps vivant encore dans son espace-temps. Le Docteur se retrouve prisonnier de ses ennemis historiques, des conséquences de ses choix, pour ce qui devrait être sa dernière nuit en vie.

Est-ce la fin du Docteur ? Ce n’est pas vraiment difficile à dire, tant il s’agit d’une arlésienne, déjà présente lors de ses affrontements avec le Silence. D’ailleurs, on peut retrouver certains éléments de cet arc narratif dans l’épisode : serpents cagoulés (la Colonie Sarff) vs. Moines sans têtes, ambiance de bar, un Docteur condamné… et pour autant, l’histoire ne tourne pas en rond. C’est un épisode qui promet, dans une jolie continuité de la saison 8 et du 50th anniversary special, où le Docteur est à la recherche de Gallifrey, et donc retombe dans 2000 ans d’histoires vécues, tout en proposant un personnage plus sombre que nous avait présenté Ten et Eleven… Un héros, plus ancré dans son passé et donc plus complexe. Quant à Davros, il est temps désormais que le Docteur puisse répondre à cette question : est-il un homme bon ?

(et c’est vraiment dommage que ce season premier ait perdu 2 millions de téléspectateurs. Mais bon, il reste encore 11 épisodes pour se rattraper)

 Doctor Who, saison 9, épisode 1 : The magician’s apprentice
Showrunnée par Steven Moffat, réalisé par Hettie MacDonald.
Une production BBC.
Avec Peter Capaldi (le Docteur), Jenna Coleman (Clara Oswald), Michelle Gomez (Missy), Jemma Redgrave (Kate Steward)

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