Doctor Who Special Noël : Last Christmas (Critique de l’épisode)

Doctor Who Special Noël : Last Christmas (Critique de l’épisode)

Note de l'auteur

« Do you believe in Santa Claus ? »

Attention spoilers Docteur Who, épisode Last Christmas

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Les exercices « épisodes spéciaux de Noël» sont assez casse-gueule. Il faut en même temps garder de bons sentiments, certains impondérables (sapins de Noël, cerfs ou requins volants, couleurs froides de l’hiver, neige….), une histoire pas tout le temps facile à trouver, qui se veut aussi souvent placée hors de la chronologie de la série, comme dans une bulle, un épisode de transition pour nous faire patienter avant la saison prochaine.

Les épisodes de Noël de Docteur Who ont parfois été placés sous le signe de la mort. Celle d’Astrid Peth (Kylie Minogue) qui se sacrifie pour le Docteur. D’Abigael, qui n’avait que quelques jours à vivre, toujours à Noël dans Le fantôme des Noëls passés. Celle de Clara dans sa deuxième rencontre avec le Docteur. Celle de l’innocence du Docteur face aux Racnoss dans Le mariage de Noël. En parallèle, nous avions aussi l’angle de la romance de Noël. Entre les femmes qui tombent amoureuse du Docteur, celle dont le mariage tombe à l’eau (et qui est sauvée par le Docteur), ceux qui vivent leur romance sous le regard bienveillant du Docteur.

s0_04_wal_09Et, de mon humble avis, jusqu’à présent, les épisodes de Noel était des épisodes relativement inégaux, ratés. Jusqu’à présent. Steven Moffat décide en effet de placer l’épisode de Noel au cœur de son récit, comme un épisode « classique », un peu plus long et avec des petites touches rouges et vertes dedans.

Or, comme l’a montré mon collègue Sullivan, nous sommes face à un très bon cru whovian. La saison 8 est celle de la renaissance, celle d’un Docteur qui devient plus autre et d’une Clara plus humaine. L’histoire a reposé sur cet équilibre entre deux êtres profondéments attachés l’un à l’autres, mais qui ne se reconnaissent plus et se découvrent eux-mêmes. Et puis nous arrivons à ce final splendide (car oui, cet épisode sonne réellement la fin de la saison 8, plus que l’épisode précédent), poétique et triste, un beau cadeau de Noël.

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Nick Frost, un parfait Papa Noël.

Clara et le Docteur sont partis, chacun de leur côté, seuls. Jusqu’à l’arrivée d’un gros barbu à manteau rouge. Barbu qui décide de s’écraser sur le toit de la maison de Clara, de façon complètement ubuesque, alors que ses rennes s’échappent dans le ciel et ses elfes s’engueulent. Le Docteur arrive alors et c’est parti pour une plongée plus ombre, avec quatre autres personnes dans un centre de recherche au cœur du pôle Nord. Il y a alors comme des réminiscences d’Alien 2, dans ce groupe disparate qui veut survivre à une invasion extraterrestre : celle des Dream Crabs, des monstres qui se collent à votre visage, vous suce le cerveau et, pour vous faire tenir tranquille, vous instillent de jolis rêves plus vrais que la réalité (genre Bibliothèque des Ombres). Une intrigue poupées russes à la Inception. Heureusement que le Père Noël est là pour les aider.

En fait, c’est surtout une excuse pour explorer la relation entre Clara et le Docteur. Brisés par leurs dernières aventures, ils essayent de se rapprocher sans se faire à nouveau du mal, se retouver sans se blesser. On retrouve ainsi Clara piégée dans un rêve avec Danny, alors que le Docteur tente de communiquer avec elle via des messages à la craie, qui font fortement penser à l’épisode Listen. Elle arrive enfin, à la fin de l’épisode, à s’avouer son envie de repartir, son amitié/amour avec le Docteur, alors qu’il lui demande, la supplie presque de revenir avec lui. C’est un épisode de deuil, toute en teintes noirs : le deuil de Danny, le deuil d’une solitude, le deuil aussi d’une posture : non, le Docteur ne veut pas rester seul. Ce n’est pas parce qu’il n’aime pas les câlins qu’il n’aime pas les gens.

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Shona ne sait pas que danser, elle prend aussi des notes.

L’absurde du Père Noël est joué comme cela, en absurde. Il n’est pas juste adorable et gentil, un bon gros bonhomme. Il sait se faire menaçant, Nick Frost en cela est incroyable de justesse dans les changements d’humeur du personnage. Les effets spéciaux restent très discrets, donnant tout l’espace à l’histoire, aux relations, aux personnages. Même les seconds couteaux ont le droit à leur poésie, comme au moment où Shona (Faye Marsay) se met à danser les yeux fermés, traversant un paysage de cauchemars et de monstres endormis, en transe pour échapper à la peur.

La beauté de cet épisode culmine lorsque le Docteur pense avoir quitté Clara pendant plus de 62 ans. Parfaite ellipse moffatienne, on ne peut s’empêcher d’y croire, face à une Clara toute en douceur, que Capaldi voit éternellement jeune. C’est touchant, car on perçoit la force du lien qui les relie, leur tendresse, et l’altérité de perception qu’a le Docteur des visages et des personnes, ce qui le rend tant différents des humains.

« No-one ever matched up to Danny, eh ? (Doctor)
-There was one other man. But that would never have worked out. (old Clara)
-Why not ? (Doctor)
-He was impossible. (old Clara) »

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Les retrouvailles tant craintes par Sullivan Le Postec dans son bilan ont bien lieu. Et ce n’est pas si mal.

À la fin de cet épisode, nous avons l’impression que Steven Moffat a cessé de prendre trop de distance avec son personnage principal. Il revient à la source de celui-ci, magnifie un Peter Capaldi tout en finesse, il se rattache au Docteur et non plus qu’à Clara. Son héros se met en danger pour sa compagne, arrête de vouloir toujours avoir raison, ne se pose pas (tout le temps) en héros supérieur aux autres. Une relation profonde et complexe, de mentor, d’amant, de famille, est en train de se tisser, un beau présage pour la saison 9. Pour la première fois de la saison, le Doctor touche volontairement et avec tendresse Clara, une Clara vieillissante, prenant sa main pour l’aider à tirer sur un cracker.

Un épisode comme la cerise sur le gâteau de ces fêtes, dans la lignée de ce qui nous a été offert cette saison et qui rappelle des éléments des saisons précédentes. Si les épisodes de Noël étaient placés sous les signe des décès et de la romance, nous voici face à un épisode de renaissance, celle d’une relation qui a mis une saison entière à se recomposer. Un équilibre entre action et poésie, entre extraterrestres et humains, un exercice de style complet et réussi.

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