Dogman : Ma vie de chien

Dogman : Ma vie de chien

Note de l'auteur

Dans une Italie dévastée, un toiletteur pour chiens affronte une brute épaisse. Une pure merveille, poétique et macabre, et la révélation du talent éblouissant de Marcello Fonte, prix d’interprétation à Cannes.

 

C’est un petit film, fragile et beau, qui risque de passer inaperçu cet été dans les salles, pour cause de Coupe du monde. Ce serait dommage car Dogman est une des belles surprises du dernier festival de Cannes, où Marcello Fonte, physique cabossé mais regard d’ange, a chipé un Prix d’interprétation vraiment mérité.

Réalisateur virtuose de Gomora et Tale of Tales, Matteo Garrone, 49 ans, signe un nouveau conte. Il était une fois, dans un no man’s land que l’on croirait issu d’une œuvre de Samuel Beckett, un toiletteur pour chiens. Un homme simple et bon, timide et chétif, qui œuvre pour la gloire de la beauté canine dans son salon délabré. Seul rayon de soleil dans sa vie, sa fille, qu’il voit de loin en loin et qu’il emmène faire de la plongée sous-marine, loin de la triste réalité du monde. Car Marcello est sous la domination d’un mâle alpha, Simoncino, une brute épaisse qui l’entraîne dans une spirale de délits et de galères qui lui vaudront même d’aller passer plusieurs mois derrière les barreaux. Il va alors mûrir une terrible vengeance…

Si Dogman est inspiré d’un fait divers ultra-violent, Matteo Garrone joue la carte de la fable macabre, avec une insoutenable légèreté. Nous sommes dans une parabole (l’homme est un loup pour l’homme), une critique politique (l’Italie ressemble à un champ de ruines dévasté, gangrené par la violence, le fascisme ?), mais le cinéaste instille une dose de poésie dans chaque image. Dogman est un film de sensations, une farce burlesque qui plonge le spectateur dans un univers à la fois familier et étrange, une réalité transfigurée où hommes et animaux s’entredévorent. Sur le plan formel, Garrone maîtrise son film de bout en bout, ose tout, mais toujours sur un mode pianissimo. Son utilisation du décor est simplement phénoménale. Nous sommes dans une banlieue de béton réaliste et fantasmée, une zone périphérique dévastée. Le ciel est strié de nuages noirs, le sol constamment boueux. Des silhouettes y déambulent, errent, s’entrechoquent, comme dans le septième cercle de l’enfer, et dans le dernier plan, Matteo Garrone donne enfin à voir ce décor dans son intégralité : une cité balnéaire pouilleuse, en putréfaction.

Si Garrone est un peintre, c’est aussi un sublime directeur d’acteurs. Ici, il révèle le talent dément de Marcello Fonte, petit bonhomme triste entre Charlot et Toto. La douceur de son regard et sa grâce sont extraordinaires. Il a un jeu minimal, bouge comme un acteur du cinéma muet. Dans les yeux de cet ancien squatteur qui a connu toutes les galères et les drames, il y a sa vie d’homme. Et de chien.

Il est extraordinaire.

Dogman
Réalisé par Matteo Garrone
Avec Marcello Fonte et Edoardo Pesce.
En salles le 11 juillet 2018

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