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#Dossier : Souviens-toi, 7 été-là (1967 – 2017) Chapitre 3 : Les Dieux du Stade

#Dossier : Souviens-toi, 7 été-là (1967 – 2017) Chapitre 3 : Les Dieux du Stade

Tout comme l’an passé, l’équipe du Daily Mars replonge dans ses archives pour évoquer en votre compagnie un demi-siècle de tubes de l’été… Après l’été très punk de 1977, nous voici dix ans plus tard à un tournant majeur de la musique populaire. Le pessimisme de la fin des trente glorieuses cède la place à la flamboyance des années 80, une décennie criarde dominée par le culte de l’argent et dont l’unique objectif semble être de battre tous les records commerciaux. C’est l’ère des Dieux du Stade.

Et en parlant de records, il est un groupe emblématique de cette année 1987 qui va s’ingénier à en pulvériser un certain nombre, bien malgré eux. Une bande de clochards vivotant d’expédients sur Sunset Boulevard à Los Angeles va mettre le feu aux poudres au cœur de l’été californien, le 21 juillet très précisément. L’album s’appelle Appetite for Destruction et le groupe Guns N’ Roses.

Pierre angulaire du hard rock californien, ce disque va devenir le mètre-étalon du renouveau du rock n’ roll de cette époque. Les mecs sont sales, mauvais, grossiers, toxicomanes, en un mot : dangereux. Et de cette fange malsaine, ils vont réussir à extirper une musique d’une pureté absolue, ringardisant par la même occasion les dinosaures des décennies précédentes avec une facilité presque injuste au regard de leur dilettantisme. It’s so easy qu’ils disaient…

Et nombreux sont ceux qui vont suivre le mouvement, comme un signe des temps, puisque deux mois plus tard, deux des influences majeures des Gunners vont remettre le couvert alors que tout semblait perdu pour eux, Kiss avec Crazy Nights et surtout Aerosmith avec le génial Permanent Vacation, l’album du retour en grâce qui envoie dans les gencives des sceptiques un certain Dude Looks Like a Lady qui résume parfaitement l’état d’esprit de la période.

Un peu plus au nord, du côté de San Francisco, un autre groupe panse ses plaies et prépare le terrain pour un séisme d’un autre genre… Le 21 août 1987, Metallica présente au monde son nouveau bassiste Jason Newsted (alors baptisé Master J. Newkid) quelques mois après la disparition tragique de Cliff Burton, avec le E.P. devenu mythique The $5.98 E.P.: Garage Days Re-Revisited. Ici, point de maquillage et de poses suggestives sur scène, même pas de provocation dans les paroles des chansons, la musique thrash se suffit à elle-même. Quelques mois plus tard, ce sera au tour de …And Justice for All de mettre à jour les standards du genre, mais ceci est une autre histoire…

Du côté de la perfide Albion, on ne chôme pas non plus ! Cet été 1987 verra paraître un album attendu depuis plusieurs années pour cause de perte d’un bras du batteur du groupe, le cultissime Hysteria de Def Leppard. En effet, du côté de Sheffield dans le Yorkshire, il faudrait plus qu’une amputation pour virer un membre du groupe ! Et pour tuer la créativité des léopards sourdsHysteria est l’album parfait, le Sgt. Pepper du métal anglais, une production millimétrée, pas une minute de remplissage et des chansons qui restent accrocheuses trente ans plus tard. Vous reprendrez bien un petit Pour Some Sugar On Me ?

De son côté, Motörhead nous décoche une nouvelle salve d’anthologie avec l’album Rock N’ Roll le bien nommé, qui voit le retour de Phil “Philty Animal” Taylor derrière les fûts. Il est à noter que cet album sera le dernier enregistré avant que Lemmy ne décide d’émigrer à Los Angeles, un tournant important dans sa vie que le titre Stone Deaf in the USA annonce clairement.

La fin des années 80, c’est aussi l’époque où les derniers « mastodontes » du rock et de la pop arrivent à maturité, dans un paysage musical qui commence à s’éroder. Ceux qui, jusqu’à aujourd’hui encore, vont remplir des stades à ras bord et de soulever des foules absolument invraisemblables. Parmi les prétendants au titre de « plus grand groupe du monde », U2 figure en bonne place (aux côtés de Duran Duran). Au printemps 1987, avec The Joshua Tree, le quatuor irlandais part, sur les traces de leurs ancêtres, à la conquête du Nouveau monde.

Commercialement, mais aussi (et surtout) musicalement. The Joshua Tree est un album qui transpire littéralement le rêve américain : depuis son titre et sa pochette (faisant référence à un parc naturel en Californie) au clip de I Still Haven’t Found what I’m Looking For tourné dans les rues de Las Vegas. La tournée suivant la sortie de l’album sera documentée sur un disque étrange, Rattle and Hum (sorti en 88), mélange de prises live et studio, et sur laquelle se côtoient des reprises de la Star-Spangled Banner et de All Along the Watchtower de Bob Dylan (enfin, dans les deux surtout de Jimi Hendrix), ainsi qu’un duo avec B. B. King. Et puis il y a Where the Streets Have no Name : ouverture parfaite pour un album et single imparable dont les paroles peuvent aussi bien évoquer les rues d’une Irlande encore en proie aux « Troubles » à l’époque, ou bien ces villes américaines où les rues n’ont pas de nom mais des numéros.

Au même moment, en Angleterre c’est au tour des ex-prolos de Depeche Mode de dégainer ce qui restera comme l’un des fleurons de leur discographie. À la fois arme de distraction massive et messe pour le temps présent, Music for the Masses contient déjà, à l’état embryonnaire, les sonorités qui vont éclore sur l’album suivant (Violator, 1990) et asseoir la stature de star planétaire du groupe. Dès ses premières notes et l’entame de la virée narcotique de Never Let Me Down Again, ce disque crie déjà haut et fort son statut chef-d’œuvre pompier.

 

Mais l’un des virages musicaux les plus surprenants de cette époque, c’est sans doute celui que prennent les Cure. Ce groupe, qui littéralement défini le canon et l’esthétique de toute la façade gothique de la new wave, déboule à l’été 87 avec un double album rock énergique et épais intitulé Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me. Supplique improbable de la part d’un Robert Smith en manque d’amour ? Même si ses histoires finissent mal (en général) et que ses chansons sont toujours un peu tordues, il est difficile de ne pas se laisser entraîner dans le tourbillon d’une merveille pop comme Just Like Heaven. Et avec Why Can’t I Be You? (ce qui est une bonne question, quand on y pense), rarement crise existentielle aura sonné aussi fun.

Mais l’été 1987 sera également marqué par l’empreinte de trois musiciens américains qui vont passer du statut de stars à celui de superstars avec leurs nouveaux albums et que nous appellerions Quez… Heuuu, que nous appellerons les Dieux du Stade ! Car les années 80, c’est aussi l’avènement des concerts événements donnés dans des enceintes sportives géantes, à la mesure des wagons de disques vendus par certains artistes grâce à la promotion grandissante assurée par un nouvel acteur venu des USA, la chaîne MTV.

Le plus modeste d’entre eux, dans tous les sens du terme, est Bruce Springsteen. Fraîchement (et temporairement) séparé de son E Street Band, le boss donne naissance au très attendu successeur de Born in the USA, l’album qui fit de lui une icône de l’Amérique. Le petit dernier se nomme Tunnel of Love et ne pourrait être plus différent de son grand frère… Plus apaisé, introspectif, exempt de single imparable, il est presque une réaction épidermique à son précédent succès. Chef-d’œuvre méconnu, ce disque reste cependant l’une de ses plus belles réussites, comme en témoigne le poignant Cautious Man ou encore le génial Tougher Than the Rest.

Passons à l’extraterrestre maintenant, le King of Pop autoproclamé, Michael Jackson. Pas évident de succéder à Thriller (1983), le disque le mieux vendu de l’histoire de la musique moderne… Pourtant, le 31 août 1987 paraît Bad, dix titres et autant de singles extraits, qui dit mieux ? Et des polémiques en pagaille qui ne feront qu’alimenter le tiroir-caisse ! Trop blanc, trop de paluchage de parties intimes (les siennes en l’occurrence, pas de mauvais esprit), un look trop violent, Michael Jackson et Bad sont trop, trop, trop !

Trop fort surtout, car si les ventes de Bad n’atteindront jamais celles de Thriller, l’album n’en est pas moins meilleur, beaucoup plus original, débarrassé des oripeaux funk seventies qui habillaient encore la musique de Bambi quelques années auparavant. Avec Bad, Michael Jackson invente son propre son, une musique unique en son genre qui va remplir les stades de fans en transe prompts à l’évanouissement, et créer un culte autour du personnage qui va achever de l’isoler complètement du monde réel…

Mais cette année-là, alors que les premières notes de Man in the Mirror résonnent dans les baladeurs à cassettes des mômes de cette génération, le réel est encore là, concret et bien dégueulasse et Michael Jackson y apporte sa réponse avec un texte puissant, pas pleurnichard pour deux sous (qu’il nous engage à donner aux autres d’ailleurs), illustrant parfaitement le courant charitable qui monte dans le monde du rock depuis quelques années.

Un qui, par contre, s’en balance les talonnettes de la charité, c’est Prince ! L’éternel faux rival de Michael Jackson a sorti au mois de mars son premier double album, le fondateur Sign O’ the Times et commence son ascension vers les sommets de la créativité et du mystère en cultivant une image sulfureuse et inaccessible tout en donnant à chaque fois un spectacle total sur scène, jouant plusieurs heures puis remettant ça dans des after shows devenus mythiques.

Sur la question du meilleur album de Prince, les avis divergent (ce qui est énorme, surtout pour un homme de taille modeste) mais pour votre serviteur, c’est bien ce Sign O’ the Times qui reste le chef-d’œuvre du Nain pourpre, joyeux fourre-tout à la production parfaite, antidote à l’ennui tant chaque titre ne rappelle pas le précédent et semble venir d’un autre monde.

Enfin, notons au passage la parution le 12 octobre 1987 de Come on Pilgrim, le premier E.P. d’un petit groupe de Boston qui fera parler de lui dans les années qui vont suivre, les Pixies.

Voilà, c’est tout pour cette fois ! Rendez-vous dans deux semaines pour découvrir ensemble l’été 1997, un été de transition entre explosion des musiques électroniques, hip-hop de deuxième génération et lente émergence d’un nouveau genre de métal…

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