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#Dossier : Souviens-toi, 7 été-là (1967 – 2017) Chapitre 5 : Autot(h)une

#Dossier : Souviens-toi, 7 été-là (1967 – 2017) Chapitre 5 : Autot(h)une

Tout comme l’an passé, l’équipe du Daily Mars replonge dans ses archives pour évoquer en votre compagnie un demi-siècle de tubes de l’été… Et pour cette dernière rétrospective, laissez-moi vous dire que ce n’est pas la fête. Ou plutôt si, mais pas le genre de soirée où l’on voudrait être invité. Fric, télé réalité, musique à moins de 1$ et voix trafiquées, bienvenue en 2007.

La décennie qui nous sépare de notre dernier voyage dans le temps a en effet été témoin d’une révolution aussi imprévisible que radicale, l’arrivée d’Internet. Encore balbutiant à la fin des années 90, la toile est désormais partout, et à haut débit. En 2001, Steve Jobs et Apple donnent le premier coup de semonce dans le monde de la musique avec l’invention de l’iPod et de son partenaire naturel, iTunes. Partant du principe que le téléchargement illégal de musique ne doit son essor qu’à une offre légale médiocre, Apple redéfinit la consommation musicale et lance le concept de la chanson à moins de 1$. Et ça marche.

Surtout pour la firme de Cupertino d’ailleurs, puisque dans l’affaire, les artistes se retrouvent floués en termes de royalties et que la vente de musique sur support physique va commencer une dégringolade fulgurante. La conséquence directe de ce changement de paradigme va se faire sentir assez vite, et nous voici en 2007 avec un paysage musical post-apocalyptique.

Il suffit de jeter un œil aux meilleures ventes de singles cette année-là. Rihanna, Kanye West, Kendrick Lamar, Usher, les rois de la pop à la voix modifiée en studio par le biais de cette peste noire de la musique qu’est l’auto-tune (technique consistant à faire sonner juste quelqu’un qui chante faux) dominent le marché.

Dans un autre genre, les stars de la télé-réalité tiennent le haut du pavé, d’American Idol à la Star Academy ou À la recherche de la nouvelle star chez nous, les chanteurs préfabriqués à l’extrême et calibrés pour réussir à coup de marketing et d’exposition médiatique commencent leur travail de sape et s’emploient à décérébrer toute une génération. Et ne parlons même pas du Hip Hop qui se transforme petit à petit en Hip Pop, délaissant ses messages revendicatifs au profit de propos de plus en plus sexistes, et glorifiant l’argent plutôt que la révolte.

Bref, tout cela ne sent pas bon, mais alors pas bon du tout. Traitez la musique comme un produit de consommation type fast food au lieu d’un art, et c’est tout ce que vous récolterez, un Big Mac huileux englouti en une minute qui vous laissera sur votre faim une heure plus tard. Mais heureusement, la résistance s’organise…

En Angleterre d’abord, comme de bien entendu, et à Sheffield en particulier avec des groupes comme Little Man Tate qui publie son premier album (About What You Know) dans le sillage de la nouvelle coqueluche de la jeunesse britannique, les Arctic Monkeys, qui franchissent le cap du second album avec le génial Favorite Worst Nightmare.

D’une maturité rare (la moyenne d’âge de ces groupes oscille entre 16 et 18 ans), ces petits gars du Yorkshire se servent d’Internet d’une autre manière, se construisant une base de fans et piochant dans l’héritage des anciens, un héritage désormais disponible en ligne sans avoir à quitter le studio de répétition.

Aux USA, ce sont les White Stripes qui font briller une lueur d’espoir avec l’excellent Icky Thump, malheureusement le dernier album studio du groupe. Dans le même temps, le stoner rock commence à faire entendre sa petite musique dans le désert, avec Clutch qui décoche l’imparable From Beale Street to Oblivion et son single Electric Worry, alors que les Queens of the Stone Age enfoncent le clou avec Era Vulgaris emmené par une poignée de titres marquant, le très remuant 3’S & 7’S et le moite et incroyablement sexy Make It Wit Chu.

Mais sorti de là, c’est un festival de compilations et d’albums live qui envahissent les bacs, trahissant le désarroi général en termes de créativité. Et certains de ceux qui essayent quand même se plantent dans les grandes largeurs, des vétérans ex- Guns N’ Roses de Velvet Revolver avec le plus qu’anecdotique Libertad aux pourtant toujours jeunes KoЯn avec l’album Untitled que l’on s’empressera d’oublier.

Il est cependant un album live qui mérite que l’on s’attarde un moment, une petite touche d’espoir dans cet océan de morosité, résultat d’une graine plantée l’été précédent dans la chaleur du festival Coachella. Ce soir-là, les Daft Punk avaient donné un cours magistral de production scénique à un public d’américains en état de choc, qui s’étaient empressés de relayer la bonne nouvelle sur ce nouveau média païen, le réseau social : ils avaient vu le futur de la musique, et son nom était Daft Punk.

Un an plus tard, alors que nos petits frenchies célébraient les dix ans de leur premier album, paraît Alive 2007, clin d’œil à peine voilé aux copains de Kiss ainsi qu’au titre qui les fit connaître une décennie plus tôt. Et de fait, le futur leur appartenait.

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