Dr Cataclysm, de Mortis Ghost

Dr Cataclysm, de Mortis Ghost

Note de l'auteur

Mortis Ghost, d’abord sur le Net et maintenant sur papier chez L’employé du Moi, revitalise la SF en mode feuilleton, avec un savant cocktail de souffle picaresque et de quotidien prosaïque. Du grand art !

L’histoire : Janos Cola, en pleine livraison de colis sur une planète plutôt désolée, reçoit une flèche d’or en plein cœur, tirée par une mystérieuse jeune femme. Celle-ci disparaît aussitôt en se servant d’un couteau magique pour découper un morceau de ciel et le recoller derrière elle. Janos, lui, se transforme en Dr Cataclysm. Il conserve un morceau de la flèche dans le torse, et devient dès lors une créature des plus convoitées.

Mon avis : Impossible de résumer l’histoire de Dr Cataclysm en quelques lignes, tant elle tient du space opera dans son sens le plus noble (et funky à la fois). On se contentera donc de parler des premières cases… et de renvoyer le lecteur aux deux tomes d’ores et déjà publiés par les Bruxellois de L’employé du Moi (les mêmes qui ont récemment publié Pauvre Sydney ! de Charles Forsman, c’est très très bien, achetez-le les yeux fermés !).

La dimension space opera fait ici forcément penser à Star Wars, difficile de ne pas le mentionner. Ceci dit, Dr Cataclysm pencherait plutôt du côté d’un Han Solo qui s’offrira un combo pizza/film de temps à autre, que des adeptes de la Force aux idéaux absolus. Il y a un côté un peu roublard dans le récit, il s’attache autant aux petits moments du quotidien, à la vie ordinaire (certes dans un vaisseau spatial propulsé par l’énergie ampoulique – on y reviendra) qu’à une aventure au long cours impliquant criminels cosmiques, organisations occultes et rythme haletant. Le côté feuilletonnesque, aussi lié à une prépublication en ligne (sur attaquesurprise.com et grandpapier.org), fonctionne parfaitement.

Plus encore que la saga de George Lucas, on sent l’esprit de L’Incal, l’œuvre séminale d’Alexandro Jodorowsky et Moebius, souffler sur Dr Cataclysm et son équipe. Une fusion du mystique et de l’ordinaire, des personnages tour à tour banals et héroïques, des événements anodins puis extravagants, du prosaïque transcendé soudain par le mythique. John Difool n’est pas loin, amateur de ouiski et d’homéoputes, homme au physique guère avantageux qui peut, au détour d’une planche, devenir soudain d’une beauté époustouflante, pour retomber ensuite dans le crasseux.

Ici, on citera le dernier chapitre du 2e tome, où Fujii est confrontée à ses propres délires (supposés), avec une météorite qui ne s’écrase jamais tout à fait, et cette formule, « Un magicien arrive », qui se répète. Cela rappelle le Dune de David Lynch, mélange d’action et de mysticisme. Avec ce (petit) détail que le personnage qui donne son nom à la série de Mortis Ghost brille largement, dans ces deux premiers volumes… par son absence.

Mention spéciale pour l’énergie ampoulique, qui « ne nécessite pas de carburant et ne produit pas de déchet » (beau concept, et surtout idée visuellement formidable, avec ces énormes ampoules collées au cul des vaisseaux et qui les font ressembler à de gigantesques lucioles de l’espace). Pour les « fiches personnages » à la fin de chaque chapitre.

Et surtout, petits trésors cachés, pour les premières et quatrièmes de couverture dissimulées sous la jaquette (jaquette qui n’est pas, à mon sens et de loin, la dimension la plus réussie des livres). Le premier tome arbore des créatures marines dans une dominante bleue, éclairées du haut, avec la forme de Janos et la flèche plantée dans son torse allongée sur le fond ; en quatrième de couv’, sa paire de lunettes dans l’eau que l’on retrouve à la fin du tome 2. Ce deuxième tome, lui, joue sur la silhouette d’une cité la nuit, surplombée d’une double lune, dans une dominante verte, avec deux personnages devant le bibliobus ; en quatrième de couv’, un plat de nourriture asiatique, qui joue un rôle dans ce 2e volume. La nourriture, d’ailleurs, est très présente dans Dr Cataclysm.

Si vous aimez : L’Incal, la série Buck Rogers, Star Wars bien sûr, Albator, que sais-je, le tout mâtiné d’humour et de vie quotidienne.

En accompagnement : La BO de Moon, le long métrage de Duncan Jones (fils de David Bowie). Et pourquoi pas celle du Trou noir de Disney ?

Dr Cataclysm
Écrit et dessiné par
Mortis Ghost
Édité par L’employé du Moi

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