Dr Cataclysm (t. 4) de Mortis Ghost

Dr Cataclysm (t. 4) de Mortis Ghost

Note de l'auteur

Le quatrième et dernier tome de la série Dr Cataclysm est récemment sorti chez L’employé du Moi. L’occasion de revenir sur cette saga à la fois complexe et limpide signée Mortis Ghost.

L’histoire : C’est la fin, rien ne va plus dans l’univers ! De la couronne de Surre à la planète Jaggar, c’est la galaxie tout entière qui semble s’enliser crescendo sous l’emprise mentale d’une entité surpuissante et hyperdominatrice. Inutile de résister, ou alors accepter de subir lamentablement un mal de tête carabiné et totalement paralysant ! Immunisé contre cette mystérieuse affection et toujours libre de ses mouvements – mais pour combien de temps ? – l’équipage du Plescops va devoir prendre son courage à deux mains pour affronter celui qui était encore il y a peu leur capitaine. Un personnage devenu au fil des épisodes un démiurge délirant, le désormais fameux Dr Cataclysm. Armée de leur honnêteté et d’une bonne dose de gentillesse, la petite troupe, qu’on a appris à connaître entre deux pizzas synthétiques et quelques sessions de jeux vidéo, affronte courageusement sa destinée. Pour cette ultime mission, elle pourra heureusement compter sur une mystérieuse « chasseuse » qui traverse les mondes, munie de son couteau magique.

Mon avis : Depuis ma chronique du premier tome en novembre 2018, de l’eau a coulé sous les ponts dans l’univers du Dr Cataclysm. Et comme à l’époque, il est toujours impossible de résumer les aventures d’Agrippa, Winaugusconey, Melon et le Crocodile. En quelques lignes ou en plusieurs pages d’ailleurs, tant le souffle picaresque, l’humour permanent et, oui, une forme de douceur (de tendresse ?) envers les personnages, qu’ils soient dans le camp des adjuvants ou des opposants, emportent le lecteur dans un flux narratif sans temps mort.

« Sans temps mort », certes, mais cela n’empêche pas des instants de calme, des flashes-back jusqu’aux origines des flèches d’or et d’argent, la rencontre d’Agrippa et Janos… et, in fine, le retour spectaculaire du fameux Dr Cataclysm, qui brillait jusqu’à présent par son absence dans une série qui porte pourtant son nom.

Toujours, Mortis Ghost surprend sans artifice ni « truc » préenregistré. L’histoire suit son cours et, peut-être en l’absence même de protagoniste bien défini, on s’attache d’autant plus au groupe du Plescops. Ce magnifique engin-luciole propulsé par une ampoule géante – une idée brillante (avec mauvais jeu de mots).

On pense parfois, comme au hasard, à d’autres œuvres qui ont pu nous marquer. La révélation du personnage à lui-même, par exemple, évoque le Cobra de Buichi Terasawa (et la série d’Akio Sugino et Osamu Dezaki, of course). Tout ce côté space opera fonctionne à plein. Mais à l’opposé d’un Star Wars qui se perd dans les méandres de son propre sarlacc interne, Dr Cataclysm atteint au fil de ses pages une simplicité magique, conçue comme l’opposé parfait de la facilité.

Voyez comment les personnages acceptent leurs péripéties. Comment Janos Cola, le cœur percé de la flèche d’or, se découvre des super-pouvoirs et adopte le super-nom de Dr Cataclysm, comme ça, tout simplement. Comment la fille du Crocodile passe tranquillou une semaine dans le bibliobus avec un inconnu.

Même les « méchants » supposés nous dévoilent des facettes « humaines », toutes simples, du quotidien. Ils ont un passé émotionnel, ils font la cuisine, ils n’écrasent pas forcément leurs subalternes au moindre faux pas. Ils peuvent même venir en aide à celles et ceux qui, de prime abord, paraissent leur être des concurrents. Cela n’empêche pas de vrais morceaux de tension au bon moment, d’ailleurs.

Quand on vous dit que « simple » ne veut pas dire « facile » ! C’est même l’inverse : un dessin épuré est trahi par un seul trait de travers, là où un dessin ultra-fouillé noie ses erreurs potentielles dans des millions de petits traits. Voyez John Porcellino ; voyez Andreas. Le dessin de Mortis Ghost, est génialement maîtrisé, inventif, avec ses jeux de lumière, ses profondeurs, son épaisseur.

Une beauté électrisée par l’humour, le sens du burlesque sans jamais ridiculiser ses personnages. Prenez le déguisement du Crocodile dans le tome 2, lorsqu’avec Agrippa, il s’introduit dans le QG de la pègre et finit par casser la croûte avec le tigre immense Endô Manjiro. Un ensemble « faux nez, fausses lunettes, fausse moustache » planté sur le haut de son crâne, un costume d’électricien, et c’est parti… et surtout, ça marche !

Sans oublier les irrésistibles « fiches » de fin de chapitre, où l’on apprend plein de trucs sur les personnages et l’univers où ils évoluent. Un exemple, justement celle d’Endô Manjiro : « Ponte de la pègre, aux ordres de Fujii Kôko. Il est taciturne et menaçant. Mais il a des émotions quand même. Plat préféré : Uchikomi Udon. Passion #1 : la bagarre au sabre. Couleur favorite : le rouge. Planète d’origine : Grand-Mérode. »

Mention spéciale pour les couvertures sous les jaquettes, toujours ultra-soignées et proprement magnifiques. Si vous voulez vous faire une idée avant d’acheter (faites-le quoi qu’il arrive !), les récits ont été prépubliés notamment sur GrandPapier.org à cette adresse. Mais l’expérience du livre vaut vraiment le déplacement.

Si vous aimez : les surprises, les récits picaresques au plus près de leurs personnages.

En accompagnement : l’intégrale des Cochons dans l’espâââce !

Dr Cataclysm (4 tomes)
Écrit et dessiné par
Mortis Ghost
Édité par L’employé du Moi

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