Dragons 3 : le Monde caché

Dragons 3 : le Monde caché

Note de l'auteur

Neuf ans après le premier épisode, Dreamworks conclut sa trilogie « dragonienne », probablement la saga la plus riche de son catalogue, confiée aux mains d’un seul homme, Dean DeBlois. Après divers soucis de productions et restructurations du studio, la saga Dragons a-t-elle encore ce qu’il faut dans les écailles pour conclure cette trilogie et sortir un épisode final à la hauteur ?

Dans Dragons 1 (How to Train Your Dragon), Harold rencontrait Krokmou, un dragon de type Furie Nocturne et parvenait à faire comprendre à son peuple viking que ces bestioles n’étaient pas simplement de bêtes monstres cracheurs de feu. Mais il y parvient au prix d’un combat qui lui coûtera sa jambe, rendant Krokmou et Harold indispensable l’un pour l’autre, et de surcroît inséparable. Dans Dragons 2, Harold et Krokmou montaient les échelons sociaux malgré eux, assumaient leur responsabilité et prenaient les rênes de leur peuple : Harold devenait le chef du village Beurk, et Krokmou évoluait en Alpha, chef de meute de tout le peuple des dragons. Dragons 3 repart sur ces bases mais se concentre uniquement sur la relation entre ces deux personnages : maintenant que chacun a établi son propre rôle pour accéder à l’âge adulte, il faut maintenant qu’ils l’acceptent et cela implique de devoir se quitter pour avancer indépendamment l’un de l’autre.

Et c’est là que se pose le premier souci de ce troisième opus. On a beau retourner le problème dans tous les sens, la conclusion de ce troisième film est inévitable : il va falloir que chacun trace sa route, au prix de nombreuses larmichettes. Et pour marquer le passage à l’âge adulte, rien de mieux que la relation de couple pour que chacun prenne son envol. On a donc d’un côté Harold et Astrid (et leur entourage) se demandant bien si le mariage est la suite logique de leur relation, tandis que Krokmou rencontre l’une des dernières représentantes de son espèce, une Furie Nocturne toute de blanche vêtue. Si la structure de ce volet reste dans les clous de la série, en se concentrant sur nos deux héros, le film ne parvient jamais à éviter une redondance scénaristique avec les épisodes précédents, et principalement le second. On a encore une fois la menace des dragonniers, un grand méchant faisant écho à Harold (Grimmel a préféré tuer son premier Furie Nocturne pour y trouver la gloire) et la préservation d’un monde de dragons. On appréciera la mise en scène maligne rappelant des souvenirs aux vétérans de la saga, voire des scènes miroirs fonctionnant à merveille par rapport au premier opus. Mais on a beau être ému par une belle conclusion, on a un sentiment de remplissage étrange pour combler les trous qui mèneront à la scène finale.

Personne n’était déjà fan des sidekicks « rigolos » des deux autres épisodes, caution indispensable pour emmener les enfants et leur donner le quota de blagues éculées. Dans Dragons 3, ils sont de retour et ne lâcheront pas l’écran. Entre l’ancien gros dur qui tente de draguer la mère du héros, les deux jumeaux insupportables dont l’un jubile avec sa barbe-cheveux ou encore Geulfor, vieux grigou rigolo transformé en caricature et effrayé par une pseudo malédiction, chacun des héros secondaires ne sert à rien. Soit ils bénéficient d’un running gag jamais très drôle, sans degré de lecture, soit ils sont cantonnés à un rôle purement fonctionnelle pour amener le héros là où il doit être. Mention spéciale à la mère d’Harold, personnage passionnant dans Dragons 2 et qui fait de la figuration dans ce troisième opus.

On pourra évidemment arguer que la plupart des blagues sont là pour les enfants, que les adultes doivent se contenter de l’intrigue, mais laissez les enfants rigoler, que diable ! Mais il est dommage de constater qu’en 2019, on a encore droit à de l’humour aussi bas du front, où la caution comique l’est parce qu’elle est portée par un personnage hystérique ou parlant beaucoup (voire les deux), des tares typiques des films d’animation qui ne comprennent pas que les scènes de comédie et d’émotion doivent avoir la même qualité d’écriture. On a beau pester contre l’empire Disney et la standardisation de leurs productions, les films d’animation Disney-Pixar ont parfaitement compris l’importance d’un humour qui fonctionne autant par le visuel que par sa mise en scène et ses dialogues. Peut-être que la situation fragile de Dreamworks force le studio à choisir la facilité, mais il est dommage de ne pas retrouver le joli équilibre que Dragons 1 avait réussi à trouver.

C’est encore plus triste quand on voit que Dean DeBlois avait toutes les clés pour faire un épisode final incroyable. Oui, le film est somptueux, préférant un rendu plus réaliste et cinématographique à un aspect plus cartoon : merci Roger Deakins, encore une fois consultant sur cet épisode. Les personnages sont magnifiques, affublés de pilosité grandissante et d’une animation inspirée et formidable, et Krokmou sera toujours l’un des personnages fictifs les plus fascinants et drôles à regarder. Mais alors que les deux précédents épisodes avaient des choses à raconter sur les personnages, sur le dépassement de soi, développant un formidable duo complémentaire, Dragons 3 : le Monde caché tente tant bien que mal de combler le vide qui sépare les douloureux adieux.

Après un premier opus magistral et qui m’aura marqué longtemps, un second épisode moins surprenant mais dans la même lignée, Dreamworks accouche paradoxalement de leur film le plus abouti techniquement mais de l’opus le plus faiblard sur le plan du scénario. Motivé par une conclusion finale qu’on connaît tous (et qui fonctionne très bien, ne lui enlevons pas ça), il fallait quand même raconter ce qui conduit à ce destin inévitable, et ce n’est pas fameux : grosses ressemblances avec Dragons 2, casting secondaire tantôt transparent, tantôt insupportable, il ne restera plus que de belles séquences intimistes entre Harold et Krokmou, dont la relation, belle et sincère, est toujours au cœur de cet épisode. C’est d’autant plus regrettable de voir que le reste n’est pas au niveau. Et c’est bien dommage.

Dragons 3 : le Monde caché
Réalisé par Dean DeBlois
Avec les voix de Jay Baruchel, Gerard Butler, America Ferrara, Cate Blanchett
Sortie le 6 février 2019

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