Dreii : mettre les formes

Dreii : mettre les formes

Note de l'auteur

Dreii fait partie de ses petits jeux indés qui misent avant tout sur l’aspect épuré du graphisme et le minimalisme de son concept. Les jeux de réflexions se multiplient ses derniers temps, et l’utilisation de la physique réaliste dans le média peut facilement trouver sa place dans le genre du puzzle game. Mais Dreii réussit-il à renouveler ce genre qui commence doucement à s’enfermer dans des carcans un peu trop prévisibles ?

dreii_screen_02Le concept de Dreii est très simple : vous dirigez une sorte de pieuvre colorée faite de papier crépon tout droit issue de l’imagination d’un enfant. Cette bestiole a la possibilité de lancer une sorte de grappin sur des blocs pour les transporter. Le but est d’empiler ces formes en équilibre afin d’atteindre un point d’objectif suffisamment longtemps pour valider l’exercice. Pour compliquer la tâche, certaines formes seront plus délicates à manipuler (des cylindres, des triangles) en plus d’être influencées par la physique (poids, gravité…), et d’autres auront des propriétés diverses, comme des blocs non transportables ou d’autres plus fragiles. Enfin, on aura droit à un environnement changeant à base de bourrasques de vent, de niveaux remplis d’eau ou encore de zones qui font rebondir les blocs inlassablement. Autant de paramètres à prendre en compte pour espérer terminer un niveau.

Mais voilà. Plus qu’un jeu de réflexion, Dreii est surtout un jeu d’adresse pas très difficile mais soumis au concept capricieux du moteur physique. Autant les meilleurs jeux s’en amusent et permettent de créer des choses drôles sans en faire leur concept principal, autant les jeux qui l’affichent clairement soumettent le joueur à un élément fantasque et complètement aléatoire, qui élimine d’office les possibilités d’apprentissage que l’on pourrait avoir. On le voit déjà dans des jeux de plates-formes comme Little Big Planet ou récemment Unravel : confiez la jouabilité d’une mécanique particulière au moteur physique du jeu enferme le joueur dans une procédure complètement instable, qui ne joue absolument pas sur le talent de celui-ci, mais plus en partie sur de la chance. Sur Dreii, on est dans la même situation. Trouver la solution est un jeu d’enfant, mais la réaliser est trop souvent un calvaire. La direction du personnage est horriblement lente (mais obligatoire pour faire des manipulations délicates) et le vrai défi du jeu est d’arriver à bien positionner les pièces pour ne pas que ça tombe. Les bourrasques de vent sont un enfer, comme un compte à rebours déguisé destiné à mettre la pression au joueur pour terminer son assemblage avant que le vent souffle sous peine de tout recommencer. Certains stages vous demanderont même de laisser des blocs dans la zone où les objets rebondissent, et pendant que vous placez votre avant-dernière pièce, vous priez intérieurement pour que ce joyeux bloc à votre droite qui rebondit ne ruine pas tout au dernier moment, étant donné que vous n’avez aucun contrôle sur les mouvements qu’il peut faire.

dreii_screen_01Trop d’aléatoire tue le jeu. On se retrouve à pousser des soupirs de soulagement lorsqu’on atteint l’objectif, non pas pour le plaisir d’avoir réussi, mais plutôt pour ne pas avoir à recommencer. On ne tire absolument aucun plaisir à monter des blocs les uns sur les autres. Le jeu a beau privilégier un environnement neutre, silencieux, avec un léger bruit apaisant lorsque vous déplacez votre personnage, on n’arrive pas à trouver un quelconque intérêt à mettre des pièces les unes sur les autres, encore plus avec une maniabilité à la manette absolument fastidieuse. Et ce n’est pas la direction artistique, épurée pour être épurée, qui viendra changer les choses. Le jeu est probablement plus agréable à la souris, même si ça n’enlève pas le côté répétitif et ennuyeux du concept même de l’empilement des blocs. Comble du comble, le minimalisme des commandes fait qu’on cherche beaucoup d’options dans les menus sans jamais les trouver, et qu’il est impossible de faire un reset sur la position des formes au début du niveau.

Dreii propose aussi des niveaux en coopératif en ligne. Là aussi, le manque de clarté des options fait qu’on ne sait pas comment ça fonctionne, sûrement pour proposer quelque chose de transparent à la manière de Journey. Le problème, c’est que Dreii n’a pas l’air d’avoir autant de popularité, et que les seules fois où j’ai tenté ces niveaux, je n’ai jamais eu le plaisir de croiser quelqu’un. On pourra alors se rabattre sur du multijoueur local avec un(e) ami(e), histoire de rigoler un bon coup. Mais les serveurs ont l’air d’être désert, et l’utilisation du langage sur le jeu n’aura jamais l’occasion d’être utilisé.

Il est difficile de conseiller Dreii. Tout est fait pour ressembler à un jeu qu’on donne à un enfant de cinq ans pour lui apprendre comment fonctionnent les différentes formes. Mais les niveaux sont tellement aléatoires et basés sur le moteur physique qu’il en devient parfois bêtement difficile. Le concept tourne très vite en rond. Alors qu’on trouve des jeux de réflexion bien plus malins et intéressants comme The Witness ou Talos Principle, Dreii apparaît comme un ersatz d’un genre qui avait beaucoup mieux à proposer, en se basant sur un concept bien trop fragile et dénué d’intérêts pour susciter une quelconque envie d’aller plus loin…

Dreii

Développeur : Etter Studio
Prix : 12 euros

 

 


Dreii disponible sur PS4 – Trailer par mirainonews

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