#DrNo Premier Contact

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Note de l'auteur

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Ça faisait longtemps que le pitit Canadien du Canada Denis Villeneuve tournait autour du mythique Stanley Kubrick avec sa mise en scène épurée et cérébrale dégageant une puissance de taré ! Après l’immersif, et hautement traumatisant Sicario, le gars Denis s’attaque à la science-fiction hardcore, celle qui fait réfléchir avec son cerveau sur le sens de la vie, la place de l’homme dans l’univers et la courbure idéale des cornichons en boîte… Avec comme modèle absolu (et revendiqué) le chef-d’œuvre fou 2001, L’Odyssée de l’espace. Et aussi l’inoubliable Sphère (mais ça c’était pas obligé).
Donc… Un jour comme un autre mais en fait non, de gigantesques galets de l’espace (aux formes ovoïdes féminines charnelles s’opposant aux monolithes parallélépipédiques masculins glaciaux de 2001) débarquent aux douze coins de la sphère terrestre. Une linguiste aussi éminente que dépressive (perdre son enfant c’est pas la fête de la joie quoi) est envoyée sur l’un des sites pour les rencontrer et tenter de décrypter le langage de ces extraterrestres de l’espace (des machins géants vaguement cousins des céphalopodes) qu’ils ont même pas fait l’effort d’apprendre l’anglais avant de débarquer ces feignasses… Avec l’aide d’un charmant mathématicien (le mignon Jeremy Renner), Louise (la ravissante Amy Adams et son pitit nez retroussé) va plonger dans leur psyché, dans leur culture. Et son esprit va fusionner petit à petit avec le leur…
Le pari de Villeneuve (qui adapte L’Histoire de ta vie, nouvelle blindée de récompenses signée Ted Chiang) semble impossible. Rivaliser avec la folie cérébralo-frigorifico-révolutionnaire de Stanley Kubrick. En y plongeant de l’émotion et de l’humanisme dedans. Exactement ce qu’a tenté, et raté en partie, Christopher Nolan avec Interstellar. Premier Contact, c’est la collision frontale entre la rigueur misanthrope de Kubrick et le lyrisme mystique humaniste de Terrence Malick. Et c’est bouleversant !
Villeneuve nous propulse dans une déambulation mentale sidérante. Il parvient à rendre spectaculaire ce choc de culture. Ce travail de fourmis qui consiste à découvrir l’autre, à tenter de communiquer avec lui (comme La Soupe au choux mais en plus réaliste). Et c’est en restant systématiquement à hauteur d’homme, en fuyant toute forme de mysticisme religieux crétinoïde (qui a systématiquement flingué chaque tentative récente de S-F adulte, du ridicule Contact à Mission to Mars et même Interstellar). Ici, on est dans l’intime, brutal, traumatisant. Et dans le réalisme cru (le magnifique Abyss de James Cameron n’est jamais bien loin). Villeneuve transcende toutes ces références écrasantes en jouant à la perfection avec la temporalité (LE thème central de Premier Contact, rappelant aussi l’oublié Gandahar de René Laloux, Abattoir 5 et l’œuvre de Satoshi Kon). Pour un résultat déchirant. Qui ferait chialer le dernier des névropathes dépressifs…
Villeneuve, c’est l’un des formalistes les plus passionnants du moment (avec Gareth ‘Monsters’ Edwards et un peu aussi Jeff ‘Midnight Special’ Nichols). Un cinéaste fan de cinéma de genre qui tente, film après film, d’en retrouver la puissance originelle. Celle de John Carpenter et de Steven Spielberg. Le seul truc qui minimise (un peu) la force de Premier Contact, c’est son absence fondamentale d’originalité. On est devant un (fantastique) clone de 2001. Mais un clone, aussi tordu et étourdissant soit-il. Villeneuve n’a pas encore réussi à se défaire de ses références écrasantes. Alors que Tarantino (avec son univers ultra-référentiel capable de réécrire l’histoire dans les envolées lyriques décadentes d’Inglourious Basterds) et Cuarón (avec le chef-d’œuvre absolu Les Fils de l’homme) ont réussi, eux, à s’en extraire. Mais c’est un putain de détail. Après Sicario (et sa première partie tétanisante), Premier Contact marque l’inexorable montée en puissance d’un cinéaste qui possède tous les atouts pour devenir lui-même une légende. Mais il lui reste le plus difficile à faire. Parvenir à s’émanciper de ses modèles. Et écrire l’histoire. SON histoire…

 

Premier Contact
Réalisé par Denis Villeneuve.
Avec Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker…
En salles depuis le 7 décembre

 

 


Premier Contact : bande-annonce #1 VOST par inthefame

 

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