Revue de presse : l’adieu à Charles Durning

Revue de presse : l’adieu à Charles Durning

Charles Durning aurait eu 90 ans à la fin du mois de février 2013.

Il allait avoir 90 ans et c’était une sorte de stakhanoviste des écrans : Charles Durning, acteur vu dans Tootsie, Dick Tracy, The Practice, Homicide ou Rescue Me, est décédé le 24 décembre à New York. Véritable gueule américaine, il faisait partie de ces visages qui vous marquent… même quand on ne se souvient pas toujours de leur nom.

Au moment d’annoncer sa mort, Associated Press l’a décrit comme « King of Character Actors ». Celui qui était capable d’endosser n’importe quel rôle, du colonel nazi au pape, en passant par des rôles de flic, de juge ou de pompier retraité. Charles Durning est décédé le 24 décembre dernier, et pour tous ceux qui aiment le ciné et la télé, c’est forcément douloureux.

Si les plus cinéphiles se souviennent qu’il fut nominé à deux reprises aux oscars, pour un certain nombre de spectateurs, Durning était une de ces gueules qui ont fait l’imaginaire américain, du petit au grand écran… sans que l’on ne sache toujours quel était son nom.

Je fais partie des téléphages et pour moi, Durning, c’est avant tout trois rôles. Celui de Tommy Finnegan, vieux flic du Maryland à la retraite au centre de Finnegan’s Wake, un épisode de la saison 6 d’Homicide, co-écrit par David Simon. Ce coup-là, le vieux Charles incarnait un vieux flic raciste et irascible, qui n’en restait pas moins un vrai bon policier. Un peu plus tard, on le croisait dans la troisième saison de The Practice, où il incarnait le père de Bobby Donnell. Un vieux concierge, tout petit et tout discret, qui passe son temps à récurer des toilettes pendant que son fils se balade en costume cravate  dans les couloirs du palais de justice.

Mais Charles Durning, ce fut aussi et surtout Michael Gavin, le père de Tommy dans Rescue Me. Un vieux firefighter à la retraite, plus doué pour combattre le feu que pour parler avec ses proches. Et il était formidable dans ce rôle. Très humain. Comme toujours avec Rescue Me, l’émotion et la balourderie ne sont jamais loin éloignées l’une et l’autre. C’est d’ailleurs ce qui ressort de ce petit extrait de la saison 1, au cours duquel Tommy et Michael ont une « conversation ». Un échange qui en dit long sur leur relation.

Mais si je ne devais choisir qu’une seule scène pour résumer l’immense talent de Durning, ce ne serait pas celle-ci. Ce serait celle extraite de l’épisode Hell, avant-dernier de la saison 3 de Rescue Me. Une fois encore, les Gavin sont frappés par le drame. Et cette fois, c’est Michael qui prend la tragédie en pleine poire. La façon dont il apprend la nouvelle au centre de l’intrigue est décrite de façon très pudique dans le script. La façon dont Durning, lui, va  s’approprier ce moment est absolument incroyable.

Son interprétation donne une densité émotionnelle fantastique à cette histoire de drame familial. Sans en faire trop. Mais en étant vraiment émouvant.

Le 24 décembre, c’est tout cela que les amateurs de bonnes histoires ont perdu. Forcément, il y a de quoi se sentir un peu orphelin…

Hello les aminches, Plissken speaking. Je souhaitais compléter la très jolie nécro de l’ami Nico par un petit coup de chapeau perso à ce magnifique acteur, pur chéri de ces geeks dont je regrette de n’avoir jamais pris le temps de lui consacrer un article dans la rubrique du même nom sur le site. Dans mes souvenirs de cinéphile, c’est dans Tootsie que j’ai remarqué Durning pour la première fois. Le papa veuf et rustaud de Jessica Lange, celui qui tombe amoureux de Tootsie et la drague (sans succès) en ignorant qu’un homme se cache sous sa perruque, c’était lui. Un second rôle dans toute sa splendeur : quelques scènes à peine, mais une présence, une humanité irradiante qui le rendaient instantanément attachant.

Sans beaucoup de développement, Durning arrivait à donner à son personnage une couleur à la fois comique et subtilement tragique. Sa scène finale dans un bar avec Dustin Hoffman, qui vient lui présenter ses excuses après avoir révélé au public sa véritable identité, est un petit bijou de complicité et d’émotion. Pardon, mais je ne peux m’empêcher de me la remémorer. Durning boit seul sa bière au comptoir, renfrogné, Dorsey/Hoffman s’assoit à côté de lui, Durning le salue sans le reconnaitre… puis le reconnait, se renfrogne de plus belle comme un vieux matou et lui adresse cette sublime réplique dont je ne me lasse jamais : « Si vous êtes toujours en vie, c’est grâce au baiser que je ne vous ai pas donné ». On le sent prêt à coller son poing dans la gueule à Dorsey, parce qu’on le sent blessé. Mais en quelques mots, Dorsey trouve les mots pour désamorcer sa colère, qui ne se manifestera au final que par un petit coup de poing canaille sur l’épaule de son interlocuteur.

Croyez le ou non, mais à chaque fois que je revois cette scène, elle me scotche un sourire niais ému sur ma tronche de midinette. Rien de plus poignant qu’un dur laissant percer son coeur d’or presque contre son gré. Durning, sacré putain d’acteur vu dans plus de 200 films, séries et pièces selon wikipedia, a trimballé sa carcasse dans d’autres films chers aux yeux des cinéphiles de genre : Soeurs de sang, L’Arnaque, Un après midi de chien, Nimitz, retour vers l’enfer, Le Grand Saut, O’Brother… Et en télé, il était de ces acteurs dont l’apparition suscite systématiquement ce petit sursaut familier : « ha génial, il est là lui ! ». Merveilleux père alcoolo de Tommy Gavin dans la géniale Rescue Me !

Durning était comme un ami lointain de toujours qu’on aime à retrouver, parce que l’on sait qu’il ne nous décevra jamais. Ancien soldat du débarquement en Normandie le 6 juin 1944 (il fit partie des premières troupes à accoster sur Omaha Beach), il répugnait parait-il à évoquer ses hauts faits d’armes, pourtant hallucinants – résumé de sa carrière militaire à lire sur son wikipedia anglophone. Bref, Charles Durning était un très grand bonhomme, un très grand acteur et un chéri de ces geeks pour l’éternité. Rest in peace, Charles.

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