E3 2019: la classe américaine

E3 2019: la classe américaine

Si vous voyez cet article en ce lundi matin de Pentecôte, c’est que l’E3 aura débuté sa grande messe des conférences, plus réduite qu’à l’accoutumée. Sur les nombreux gros éditeurs/constructeurs à faire leur show cette année, seuls Microsoft, Ubisoft, Bethesda et Square-Enix sont de sortie pour cette édition, surprenante à plus d’un titre, comme on a pu le rappeler ici même. En ce premier week-end de conférences, ce sont les gros éditeurs américains qui ont ouvert le bal, à savoir Electronic Arts et Microsoft.

Une lointaine galaxie

Si Electronic Arts s’est contenté d’une discussion sur canapé autour de cinq grosses licences (Star Wars: Jedi Fallen Order, Apex Legends Saison 2, Madden, Fifa et The Sims), c’est avant tout pour éviter aux spectateurs de les railler comme ils l’ont fait ces dernières années. Qu’à cela ne tienne, ce EA Play n’a pas évité pour autant la ronde polie des longs segments sportifs dont ils ont le secret. Le vrai morceau intéressant pour les joueurs, c’était bien la première présentation du Star Wars: Jedi Fallen Order de Respawn Entertainment, qui déballe enfin quelques images ingame de ce jeu prévu pour novembre prochain.

Pour rappel, les événements du jeu se situe peu après l’épisode 3, et vous dirigez un jeu padawan soucieux de garder l’anonymat après le fameux ordre 66 qui aura vu l’éradication de tous les jedis de la galaxie. Manque de bol, la rébellion que nous connaissons ne va pas se priver d’en faire son atout numéro 1, en particulier un certain Saw Gerrera, extrémiste rebelle et transfuge du film Rogue One, interprété par Forest Whitaker. Le jeu en lui-même n’est pas follement original, et ressemble à s’y méprendre au Force Unleashed sorti il y a dix ans, à savoir: de la baston au sabre laser contre les impériaux, avec pouvoirs à la clé. On y retrouve du rebond de blasto-laser, un pouvoir d’arrêt du temps hérité de Kylo Ren et autres techniques enseignées par un maître Jedi au fin fond de son marais.

Si l’aventure n’a pas l’air follement original, on sent l’attrait pour les œuvres de From Software, et en particulier Sekiro, dont il reprend un système de contre-attaques et de jauges de posture pour déstabiliser l’adversaire. Le petit robot accroché à votre dos octroie quelques fioles pour ramener un peu de santé et selon les dires du studio, le jeu s’articulerait sur un principe à la Metroid avec possibilité de revenir dans les mondes parcourus pour y chercher quelques secrets en plus. Si le tout paraît encore mou, on attend de voir manettes en main le feeling du jeu.

Il nous faut un plus gros studio

Côté Microsoft, Phil Spencer avait annoncé un E3 historique, vu tout le boulevard déroulé grâce à un Sony totalement absent de l’événement. L’un des points attendus était sans nul doute les jeux des studios réunis sous la bannière Xbox Game Studios, qui a d’ailleurs rajouté un membre de plus en la personne de Tim Schaffer et de son Double Fine. On ne sait pas ce que cela implique pour son futur Psychonauts 2, mais on est bien content d’avoir vu du gameplay de cette suite qui a l’air tout aussi déjanté que son grand frère.

Pour le reste de l’écurie, c’est Obsidian qui a ouvert le bal des annonces avec un nouveau trailer de The Outer Worlds et son Fallout-like à la sauce futuriste. On espère que tout le savoir-faire du studio en terme de narration se retrouvera là-dedans. Pour Ninja Theory, c’est Bleeding Edge qui a eu l’honneur d’un trailer, mais dont l’existence avait déjà fuité quelques heures auparavant. Titre multijoueur fortement inspiré d’Apex et d’Overwatch, on joue ici sur la carte du cartoon déjanté avec des designs franchement réussis et un gameplay qui s’apparente à du TPS compétitif avec une bonne dose de corps-à-corps.

Mais s’il fallait retenir un seul jeu de la conférence pour sa beauté sans faille, ce sera Ori and the Will of the Wisps. Somptueux, élégant, magique, autant de qualificatifs qui ne suffiraient pas à retranscrire toute la beauté du jeu que l’on a aperçu via un trailer bien trop court, et présentant surtout ce qui ressemble à des boss gigantesques que le petit personnage aura à affronter. Ça sort le 11 février 2020 et c’est décidément bien trop loin.

Dans la catégorie « les trailers qui teasent mais ne montrent rien », il y a eu évidemment quelques sérieux candidats. La première surprise venait d’une licence connue mais que l’on n’attendait pas, puisque qu’une adaptation de Blair Witch se profile via une vidéo entièrement en CGI mais qui augure du bon sur l’ambiance malsaine que l’on pourra retrouver dans le jeu (enfin, on l’espère). La bonne nouvelle c’est que le jeu est développé par Bloober Team, l’équipe derrière les jeux Layers of Fear, et que ce titre sortira le 30 août, soit dans pas longtemps. Autre surprise, mais leaké il y a peu, le tout nouveau jeu de From Software, Elden Ring (L’Anneau du Nibelung ?). Comme prévu, Miyazaki s’est associé avec G.R.R Martin (Game of Thrones) pour ce nouveau titre qui, comme le prétendent les rumeurs, a l’air de puiser son inspiration dans le folklore nordique. On parlait d’un monde ouvert pour ce nouveau jeu, mais aucune info supplémentaire n’a circulé. Plus qu’à attendre.

« You are breathtaker ! »

Côté surprises, il y en a eu quelques mauvaises. Non, aucun rapprochement (à priori) n’a été annoncé entre Microsoft et Nintendo, même si les rumeurs prédisaient un Miyamoto caché dans les coulisses. Phil Spencer a bien parlé du XCloud et de sa capacité à streamer des jeux comme le permet Google Stadia, son concurrent le plus direct. Vu le peu d’infos lors de cette annonce, on peut attendre quelques surprises, mais la seule information importante est un lancement pour octobre de cette année.

Aucun gameplay non plus pour Cyberpunk 2077, qui ne montrera rien d’autre qu’un joli trailer en CGI pour finalement introduire un Keanu Reeves tout de numérique vêtu, qui aura un rôle dans cette superproduction futuriste. Il n’en fallait pas plus pour que le vrai Keanu apparaisse sur la scène en chair et en os, avec sa maladresse et sa sincérité légendaire (oui, on est Keanu kink ou on ne l’est pas), plutôt content de participer à l’aventure. Mais l’acteur n’est pas venu les mains vides puisqu’il avait sa date de sortie dans la besace (agrémenté de quelques minutes de gameplay quand même): ça sera le 16 avril 2020, sur toutes les machines excepté la Switch, bien entendu.

Gears of War étant l’une des licences phares, il fallait bien un long segment autour du cinquième épisode, prévu désormais pour le 10 septembre 2019. Très peu de gameplay montré, ce qui est étonnant, mais beaucoup d’infos, notamment sur ses modes multijoueurs qui verra le retour du mode Horde, mais aussi d’un mode inédit nommé Escape, qui mettra à priori trois joueurs en coopération pour quelques missions supplémentaires. Un pack autour de Terminator Dark Fate (?) pourra faire plaisir à… personne en fait, tout comme le jeu mobile Gears of War Pop, qui ira chercher son inspiration autour de ses affr… adorables créatures de plastiques.

Là où Microsoft va mettre tout le monde d’accord, c’est sur l’arrivée de son Xbox Game Pass sur PC, qui verra n’importe quel utilisateur autre que Windows 10 avoir accès à ce « Netflix » du jeu vidéo. Au programme: une centaine de jeux au lancement avec rotations chaque mois, tout comme sur console. On annonce d’ores et déjà la collection des Halo et Gears of War sortis sur PC, des titres indés comme Hollow Knight, Astroneer ou Void Bastards sortis récemment, ou des gros jeux AAA comme Batman: Arkham Knight, Rise of the Tomb Raider ou le tout récent Metro Exodus. Un prix tout doux de 1 euro pour le lancement puis de 3,99 euros par mois, avant de se stabiliser à 9,99 euros par mois. Une vraie bonne affaire, que l’on pourra cumuler avec les offres consoles et le Xbox Live Gold pour 15 euros par mois. Et n’oubliez pas que toutes les exclus comme le futur Gears seront accessibles via ce Pass dès leur sortie.

Next Generation

Autre abonné absent depuis quelques mois, Dying Light 2 se rappelle à notre bon souvenir avec une fenêtre de sortie prévu pour le printemps 2020. Rien de bien nouveau que ce que l’on sait déjà: une aventure pleine de zombies avec ville à explorer et cabrioles sur les toits. Microsoft n’a pas oublié les joueurs PC avec un nouvel épisode de Flight Simulator franchement impressionnant et un remaster d’Age of Empires 2. Sur les quelques surprises nippones, Phantasy Star Online 2 a pris les joueurs de court avec cette suite d’une saga dont le premier épisode date de la Dreamcast, ainsi qu’un Tales of Arise, qui avait déjà fuité il y a quelques jours.

Mais c’est à la fin de la conférence que Microsoft choisit de montrer son plus gros atout, en dévoilant quelques specs de sa future console, au nom de code Project Scarlett. Aucune surprise, le géant américain ne se prive pas pour copier son homologue japonais, avec une puce AMD, un disque dur SSD pour les temps de chargements et la capacité d’afficher du 8K. On parle d’une rétro-compatibilité avec toutes les générations Xbox (en utilisant la galette ou non, on n’en sait rien), mais aucune mention sur les différentes versions des consoles. Par contre, on table déjà pour une sortie en fin d’année prochaine, avec à son lancement le fameux Halo Infinite.

Teasé l’année dernière, le MasterChief réapparaît dans une longue vidéo mystérieuse et impressionnante, sans aucun autre artifice qu’un pilote perdu dans son vaisseau et récupérant le corps inanimé du héros de la saga, le tout en un seul plan séquence. Préférant miser sur de la technique pure, on y voit un jeu techniquement abouti, sans gros gap avec la génération précédente, mais des jolis shaders de peau et une finesse assez bluffante. C’est toujours 343 Industries aux commandes, et on en saura pas plus.

Une conférence Microsoft solide, toujours bien trop guerrière pour notre propre bien (bon Dieu, Crossfire X, merci mais non merci), et portée par de grosses licences d’action loin d’être aussi originales que son concurrent japonais Sony. Heureusement, les quelques studios récupérés dans le giron de Microsoft va permettre d’étoffer son catalogue de choses bien plus intéressantes et variés, notamment sur des jeux indépendants comme ce 12 Seconds très intriguant, RPG Time, titre étonnant comme si un enfant inventait un RPG sur ses cahiers de dessins ou Way to the Woods et cette aventure toute mignonne avec un cerf. Si les rumeurs n’ont pas toujours été fondées, notamment concernant Nintendo, Microsoft a assuré une solide conférence avec beaucoup de titres pour alimenter son service de Game Pass sur lequel il en fait clairement son cheval de bataille. A voir si l’objectif de Phil Spencer de jouer ensemble se réalisera.

 

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