ÉDITO : Arrêtons de spéculer

ÉDITO : Arrêtons de spéculer

Naviguer sur les océans du web un 1er avril revient à s’exposer à une tempête d’articles estampillés « poisson d’avril ». Selon la qualité de ceux-ci, on se fait avoir et on partage sans se douter une seule seconde que le chat renifleur ou le premier casque de réalité non-virtuelle n’existent pas.

(oui je me suis fait avoir !)

Heureusement dès le 2 avril, l’ordre fait place au chaos et tout ce que raconte Internet est de nouveau totalement vrai sans aucun l’ombre d’un doute. Quoi ? Bon, ok, je vous l’accorde, il faut toujours se méfier. Résultat, quand je suis tombé quelques jours plus tard sur cette petite annonce, j’ai cru à une blague :

Vends collection complète Batman Universe, publiée chez Panini Comics. Cette collection comprend les volumes 1 à 10, mais aussi le volume 5 en variant cover (1500 exemplaires seulement), le hors-série 1 et les deux extras. État irréprochable, tous les volumes sont comme neufs. 200 euros non négociable.

 

simpson

 

Ha ouais, quand même, tu ne te fais pas chier mon salaud ! Je vous explique : vendre 200 euros un lot de bd qui en vaut 70 en étant gentil, c’est un peu prendre les gens pour des pigeons. Le tout petit monde du lectorat du comics en France est ainsi constitué de gens pensant réellement faire des affaires en vendant à un prix excessif des BD qui ne valent en fait plus grand-chose du fait de la disponibilité en librairie de la majorité des histoires qu’elles contenaient. Si la spéculation fait partie des mécanismes du marché de l’occasion, on peut s’interroger sur l’intérêt de celle-ci quand on atteint des prix aussi élevés et injustifiés. Il y a des explications logiques aux prix élevés de certaines bandes dessinées comme leur indisponibilité dans les rayons des librairies (que l’on constate surtout avec les ouvrages de l’éditeur Panini). Pour autant y a-t-il vraiment des gens pour dépenser tant d’argent dans l’acquisition d’un tel ouvrage ?

Bouquinistes, brocantes, vide-greniers, éditions en langue originale etc., les moyens de découvrir et retrouver des histoires sont suffisamment diversifiés pour ne pas cautionner une spéculation honteuse. Prenez le temps de chercher, retrouvez le plaisir de chiner, allez voir près de chez vous s’il n’y a pas des librairies avec un stock d’occasions dans un coin de la boutique (c’est de plus en plus rare je sais). La spéculation idiote donne un reflet faussé de la réelle valeur de certains ouvrages, et à ce petit jeu tout le monde est perdant.

 

Le placement retraite n°1 en 1991

Le placement retraite n°1 en 1991 aux USA

 

Allons plus loin. Et si on arrêtait aussi de spéculer de manière « générale » ? Je sais, ça fait partie des gênes du passionné. Il ne peut s’empêcher de se laisser tenter par une nouvelle information ou image sur les projets qu’il attend. Le trop-plein peut cependant avoir un effet pervers : on se fait déjà le film dans sa tête et la déception peut être de mise quand on n’a pas eu ce qu’on s’était imaginé ou bien ce qu’on nous a vendu. Ne jamais se fier à ce que l’on tente de vous vendre ! Au-delà de la simple promotion, la spéculation devient un outil facile pour l’audience et la promotion.

La frénésie d’en vouloir et savoir toujours plus arrange les studios et beaucoup de sites comptant uniquement sur la publicité pour vivre. Le spectateur/lecteur peut ainsi facilement sortir de son statut de réceptacle de l’information pour devenir un relai promotionnel d’une œuvre. Des sites, sous couvert d’informer, hameçonnent en fait le lecteur en lui vendant des nouvelles d’importance très variable mais traitées sur un même pied d’égalité. On le constate tous les jours, la rumeur est aussi importante que le fait. En abusant du conditionnel, certains trublions font passer des vessies pour des lanternes. L’info n’est pas inexacte, elle est juste totalement inutile sauf pour le site qui pourra compter sur un nouveau clic pour ses statistiques. Quelques mots clés bien choisis et c’est la fête du slip. Le devenir de Jon Snow dans la prochaine saison de Game of Thrones a ainsi permis une orgie d’articles d’un intérêt équivalent à l’encéphalogramme du plancton.

 

futurama

 

Qu’avons-nous donc à faire de savoir si Sony n’aurait pas « par accident » révélé le titre de son prochain film Spider-man lors de l’enregistrement d’un nom de domaine ? La réaction (totalement sincère, on n’en doute pas une seconde) de tels acteurs sur les rumeurs suite à des reshoots est-elle vraiment intéressante ? Pourquoi pas la réaction de ma tata Marie-Claire ? C’est kif-kif (bisous tata). L’évocation d’un hypothétique nouveau film Superman lors de l’interview d’un réalisateur actuellement sur le devant de la scène vaut moins par son intérêt que par un nom sur un titre qui fait vendre, du moins « cliquer ». Les photos de tournages sont-elles vraiment indispensables au-delà de l’aspect rigolo ? Quant aux fameuses nouvelles sur les scores au box-office de tel ou tel film qui deviendrait le nouveau record avant le prochain dans deux semaines, ils sentent tellement le recopiage de communiqué de presse qu’il faut sacrément n’avoir aucune honte pour en faire une news.

La spéculation de la part des passionnés est un processus naturel. Quand il devient récurrent chez les sites, on peut s’interroger sur la réelle motivation derrière ces articles sans intérêt. C’est bien connu, pour faire de l’audience à la télé il faut du cul, du cul et du cul. Sur le net, quelques lignes sans rien dire mais titrées « Game of Thrones » ou « Star Wars » ont le même résultat. Franchement vous voulez participer à ce processus ?

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