Edito :  La Rentrée Séries au Daily Mars

Edito : La Rentrée Séries au Daily Mars

L’été touche à sa fin. Les jours raccourcissent, les températures baissent et des nuages ternes viennent encombrer le ciel. Pas de doute, le glas de la période estivale a sonné. Les élèves ont repris le chemin de l’école, les embouteillages sont revenus sur les périphériques et nous avons progressivement abandonné nos habitudes de vacanciers pour reprendre un quotidien bercé par le trio métro-boulot-dodo. Si cette période où se mêlent les réminiscences des congés avec la reprise du travail conduit dans une sorte de nostalgie dépressive, elle apporte également son lot d’excitation pour le sériephile. Septembre annonce la grande rentrée des séries. Si aujourd’hui, avec la multiplication des foyers de diffusion (network, câble, svod) et des habitudes qui évoluent, de nouvelles séries apparaissent tout au long de l’année, rendant cette période moins significative, elle n’en demeure pas moins traditionnelle. Les couvertures des magazines s’habillent aux couleurs des nouvelles séries, des retours. Les teasers pleuvent sur les sites internet pour créer un bouillonnement, une émulation générale, une grande messe cathodique.

Pour le critique séries, la rentrée est synonyme de déferlante. Un peu comme le surfer, il attend la vague dans l’espoir de pouvoir la monter, l’apprivoiser et glisser dessus jouant d’équilibre et de talent. Le risque, se faire écraser devant la masse imposante des nombreuses séries et finir noyé. Chaque année, le nombre augmente et se dessine l’impossibilité de tout suivre, de tout comprendre. Au Daily Mars, nous essaierons de vous offrir la couverture la plus ample tout en sachant que certaines devront peut-être patienter. Si le jeu de l’actualité est un exercice exaltant, il faut aussi savoir lever le pied, laisser passer la vague afin de mieux définir la situation et offrir un regard plus nuancé. Refusons l’escalade (tout en y étant soumis, quelque part) d’une temporalité de plus en plus restreinte où il faut avoir vu le premier l’épisode pour pouvoir en parler. La sagesse se mesure parfois avec le temps et la capacité à se tenir en retrait.

L’auteur de ces lignes doit vous avouer un constat : cette rentrée n’est guère excitante sur le papier. Des nouveautés au pitch peu aguichant, des remakes ou reboots ou adaptations (Supergirl, Heroes Reborn, Limitless, Minority Report,…), qui, quand bien même nous ne voulons jouer les Cassandre, témoigne d’un manque cruel d’originalité. Cela laisse plus de place aux bonnes surprises, ce moment magique où une série se révèle. Belle chrysalide qu’un état initial un peu moche ne laissait supposer. Ces séries qui vous cueillent, vous fascinent quand vous vous y attendiez le moins. On n’aime jamais mieux qu’être pris en embuscade par une œuvre discrète. Et c’est pour cette raison que, malgré les motifs très Francis Cabrel du « C’était mieux avant ! » que l’on retrouve chaque année, une parcelle d’innocence un peu naïve se garde bien de répondre aux sirènes et ne croit pas aux propos alarmistes.

Twin Peaks

©Sebastien Gerber

Enfin, la rentrée est également synonyme de projet(s). Des grands chantiers que l’on tente de préparer l’été quand la situation est plus calme. Au Daily Mars, nous avons choisi de traiter un thème sur la longueur. Un dossier vivant, ouvert toute la saison et qui a choisi une approche de la série souvent délaissée. La Série par l’image. Dans un art que l’on a attribué, à juste titre, aux scénaristes, un art de mots, de verbes, d’histoire et de personnages, nous avons opté pour un angle opposé : qu’est-ce que l’image et la réalisation racontent ? Comment s’expriment-elles ? Qu’elle est la valeur de l’image dans une série ? Vastes questions auxquelles nous essaierons de répondre, d’analyser, de comprendre. Quand les cinéastes investissent de plus en plus les séries, il devenait important et nécessaire d’aborder le sujet de la façon la plus ample possible et, surtout, en n’effectuant aucune restriction. L’image s’exprime aussi bien sur les networks que sur le câble, à toutes les époques de l’histoire de la télévision, et n’a pas attendu l’arrivée de grands réalisateurs.

En guise de cérémonie d’ouverture, nous vous invitons cette semaine à découvrir un travail un peu particulier. En effet, nous avons invité un jeune photographe à venir s’exprimer dans le cadre de notre dossier. Il a choisi d’aborder Twin Peaks dans une relecture photographique de l’œuvre de David Lynch et Mark Frost. Une façon de rendre hommage sans reproduire. Et montrer combien une série peut posséder une identité visuelle franche et marquée, combien elle peut inspirer d’autres artistes dans des domaines différents.

La série a souffert par le passé d’ostracisme (être sériephile dans les années 1990 relevait du sacerdoce). Aujourd’hui, si tout n’est pas parfait (il existe encore un travail d’éducation à effectuer), on mesure le chemin parcouru et un art qui vit une dynamique positive, comme un objet culturel vivant, respecté et populaire. Profitons de cet élan pour continuer à célébrer la série comme un art complexe et multiple. Après l’éloge de l’écriture, travaillons sur l’aspect formel. La série par l’image.

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