Edito: la VR, divertissement de luxe ?

Edito: la VR, divertissement de luxe ?

oculus-rift-familyLa semaine dernière, les plus geeks d’entre nous avaient les yeux rivés sur leurs écrans en attendant de découvrir le prix et la date de sortie de l’Oculus Rift, premier représentant de la réalité virtuelle (VR) mais aussi le premier accessoire à sortir cette année. Quelle ne fut pas leur surprise quand le douloureux tarif du casque leur sauta à la figure, dans le monde bien réel cette fois-ci : 600 dollars/700 euros, sans compter les frais de port. Tel sera le prix à payer pour pouvoir accéder (en attendant les concurrents) au « futur » du jeu vidéo, qui permettra à l’utilisateur de s’immerger dans son univers préféré. Autant dire que le grand public n’aura pas accès de sitôt à cette nouvelle façon de jouer. Mais cet accessoire, ce bijou de technologie, n’était-il pas déjà destiné à être un produit de niche ?

« Rift will be sold insanely cheap considering complexity – multiple high end OLED monitors+motion tracking+fancy mechanicals in one device. »

playstation_vr_headset_sonyCe sont les mots de Palmer Luckey, fondateur d’Oculus, quelques jours avant l’annonce du prix. Depuis, il doit justifier ce tarif en faisant un parallèle avec les produits Apple par exemple. Évidemment, les déçus lui rappelleront – à raison – que le bougre avait déclaré en 2013 que le produit ne sera jamais vendu à un prix avoisinant les 800 dollars, et que même 600 dollars lui paraissait excessif. Aujourd’hui, il faut se faire une raison : la VR est, et a toujours été, un produit de niche avant d’arriver petit à petit chez les familles modestes. Les développeurs ne l’ont jamais caché. Mais la différence subtile, c’est au niveau de la communication. Développer un tel produit, une telle avancée dans le jeu vidéo demande un soutien sans faille des joueurs et une preuve aux investisseurs qu’il y a bien un marché à prendre, ce qui n’était pas gagné (souvenez-vous du Virtual Boy). Rachat par Facebook, multiples présentations aux éditions du C.E.S., couverture de grands magazines comme le Time : la VR, et plus particulièrement l’Oculus, est partout. Plus important encore, le grand public connaît son existence, et parvient même à être alléché par cette perspective. Mais en interne, les équipes savaient très bien que le casque était trop sophistiqué pour proposer une technologie au rabais. Il fallait donc faire un choix : soit proposer quelque chose d’équivalent aux kits de développement que l’on pouvait se procurer pour un tarif moindre, soit vendre un produit bien mieux fini et technologiquement à la pointe mais à un prix réaliste. Et les joueurs auraient même pu se douter de quelque chose : la configuration minimale du casque a débarqué en mai 2015 et dévoilé une vraie machine de guerre pour faire tourner l’engin, l’équivalent de 1500 euros. Le casque bénéficie de deux dalles OLED, coûteuse en ressources pour les faire tourner en simultané, le tout à une cadence de 90 fps, le minimum syndical pour ne pas ressentir de gros maux de tête et une violente envie de vomir. Le genre d’éléments qui peut être préjudiciable quand vient l’heure de remercier grand-mère pour son cadeau de Noël.

htc-vive-06Maintenant, quid de l’avenir ? Les précommandes ont cartonné et n’espérez pas avoir un Oculus avant juin au mieux. Mais les concurrents affûtent leurs armes. Le HTC Vive aura très certainement un prix équivalent ainsi que le soutien de Valve et son Steam en ce qui concerne les jeux. Quant au Playstation VR, c’est peut-être Sony qui pourra tirer son épingle du jeu et sortir gagnant de cette première bataille. Son casque n’est peut-être pas le plus abouti techniquement mais il fonctionne, a l’avantage d’avoir déjà des accessoires utilisables (le Move, la caméra), et il y a de fortes chances que Sony ne vende pas son accessoire plus cher que la console elle-même, ce qui serait quasi suicidaire. La vraie bataille entre ces constructeurs sera probablement entre la console et le PC. Sony, bénéficiant déjà de licences fortes dans le cœur des joueurs, pourra faire la différence. Microsoft avec ses HoloLens a, quant à lui, déjà fait le pari d’aller dans une direction différente, axée sur la réalité augmentée.

Mais plus encore que le prix de ces bidules, c’est la réussite de cette technologie qui est en question. Plus que jamais, la VR est à nos portes et 2016 sera son année. Alors, à quoi jouera-t-on dans ce cas ? Sur Oculus, l’accessoire sera fourni avec deux jeux : Eve Valkyrie, un shooter multijoueur spatial dans la veine d’Elite Dangerous – mais juste avec le dogfight – et Lucky’s Tale, un jeu de plate-forme 3D mignon mais sans grande prétention. En dehors de ça, le constructeur propose énormément de démos jouables en tout genre, comme I Expect You to Die, où vous dirigez un espion qui doit s’échapper d’une voiture pleine de gadgets. Crytek proposera bien The Climb, une simulation d’escalade, et on attend toujours Adrift, la simulation de « Gravity« , pour parler vulgairement, mais qui sort aussi sur consoles. Chez Sony, on a, par contre, une tripotée de projets qui profiteront du casque VR, que ce soit des licences connues (Gran Turismo Sport, Tekken 7) ou des gros jeux exclusifs à l’accessoire (du FPS multi avec RIGS, du jeu d’aventure un peu interactif avec The London Heist). Mais chez tout le monde, il manque encore LE projet qui titille, le grand jeu d’aventure qui justifierait enfin qu’on joue en VR pour faire autre chose que le guignol dans son salon. Le monde du jeu vidéo a toujours été pressé, et il préfère sortir son artillerie le plus vite possible sans attendre que ça soit plus efficace et malin. On l’a attendu des années ce grand jeu avec le Motion Game (Wii, Move et compagnie). On espère seulement que la VR ne suivra pas les traces de ses camarades (le relief et compagnie) et proposera une révolution dans le jeu vidéo, une vraie relation à long terme et pas seulement un coup d’une nuit.

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