EDITO : Ready Player One vs Stranger Things, le futur vs le passé.

EDITO : Ready Player One vs Stranger Things, le futur vs le passé.

cci2017_getready_teaserQuel week-end ! Entre le flop américain retentissant du Valerian de Besson et les teasers ultra attendus (comme toujours, pour les panels du samedi) au Comic Con de San Diego, la planète geek est en ébullition depuis 24 heures sur les réseaux sociaux. Et on la comprend ! Le plus gros morceau, je vous le donne en mille, nous vient du panel Warner avec les premières images de Ready Player One, de Steven Spielberg. Adapté du récent best seller de Ernest Cline, le scénario coécrit par ce dernier avec Zak Penn (X-Men 2X-Men 3Suspect ZeroElektraAvengersL’Incroyable Hulk… mouais bon, passons), nous propulse en 2045 dans un monde à bout de ressources.

Les énergies fossiles sont taries, le réchauffement climatique s’est accéléré, les grandes mégalopoles se transforment en bidonvilles et les populations qui le peuvent se shootent à l’immersion dans la seule échappatoire possible : un programme de réalité virtuelle intitulé OASIS. Votre serviteur n’a pas lu le roman, qui suit la quête initiatique d’un jeune héros, Wade Watts, embarqué dans une chasse au trésor au sein de l’immense monde interconnecté de l’OASIS. Il n’est bien sûr pas question de signer un chèque en blanc à Spielberg et il conviendra d’attendre de juger sur pièce. Mais en l’état, ce teaser est tout simplement ahurissant et déploie une fougue juvénile sidérante pour un auteur qui, on aurait dû s’en douter, ne demandait que le bon sujet pour renouer avec la verve pop de ses œuvres pré-Couleur pourpre.

Jetons une pièce en l’air. Pile, Steven se plante et, conformément aux craintes de certains à la vision du teaser, Ready Player One ne sera rien d’autre qu’une nième bouillasse numérique atteignant le point de non retour dans la course à ce nostalgisme dans lequel la pop culture s’embourbe désespérément depuis trop longtemps. Face (croisons les doigts), Ready Player One sera bel et bien un “cinematic game changer”. Le maestro Spielberg pourrait bien s’emparer du futur pour exploser comme jamais nos rétines, saluer formellement ceux qui lui doivent tant (Michael Bay, les Wachowski, l’univers du JV), sans oublier de tendre un miroir critique à une génération de créateurs et producteurs qui n’a retenu de cette magnifique culture de l’imaginaire que sa muséification béate, par paresse ou opportunisme commercial.

Coucou les “Duffer Brothers” de Stranger Things, qui logiquement confirment, avec le teaser de la saison 2 également dévoilé ce week-end, le sillon tracé par leur série. SOS Fantômes, Michael Jackson, Spielberg, les Goonies, Winona Ryder qui écarquille les yeux, encore Spielberg… Encore et encore de la référence jusqu’à la nausée et ce sempiternel refuge dans les années 80, qui semblent avoir définitivement marqué une sorte de “fin de l’histoire” Fukuyamesque de la culture geek créatrice pour certains. On objectera très logiquement que les images de Ready Player One fourmillent, précisément, d’une multitude de clins d’œil “pute à geek” (copyright Dr No & Stif42). Les références vont d’ailleurs au-delà des eighties puisqu’au côté de la DeLorean, Freddy Krueger et autres easter eggsLe Géant de Fer (1999) semble tenir un rôle de taille (hihi) dans le récit. Que fait-il là ? Figurait-il dans le livre ? Est-ce un ajout de Spielberg ? Si ceux qui savent veulent bien m’éclairer, ils sont les bienvenus. Alors, RPO, champion du grand concours des teasers pute à geek ? Oui sauf que non.

Génération de « missing millions »

Ready player oneTout d’abord, Spielberg a eu cette démarche rassurante de faire en sorte qu’hormis la DeLorean de Marty McFly (il a produit les Back to the future), les allusions à son propre cinéma soient réduites à néant dans le script, alors même que le héros Wade Watts est obnubilé par les années 80. Un bel effort d’humilité, sachant que Spielberg EST les années 80 à lui tout seul. Ensuite, la réponse aux doutes est dans le pitch même du film. Ready Player One se déroule en 2045. Wade Watts est né en 2025. Ses seules icônes culturelles relèvent donc d’une décennie précédant de quarante ans sa naissance. Le monde de Ready Player One n’est pas seulement à bout de ressources naturelles, il l’est aussi de nouvelles idées. Ce futur dystopique vit culturellement sur le dos d’idées vieilles de plus d’un demi-siècle. Les “missing millions” se réfugiant dans l’OASIS dont parle en voix off le personnage, c’est un peu ce qui nous attendra, en 2045, si Hollywood ne sait plus générer d’ici là que des Stranger Things, reboots et autres exploitations d’ “I.P.” puisées dans les juteuses eighties : une génération entière de “missing millions”, geeks hors-sol sans aucun nouveau héros iconiques depuis 60 ans, contraints de s’immerger dans une réalité virtuelle nostalgique recyclant jusqu’à la nausée des films et séries doudous des années 80, auxquels Spielberg a amplement contribué.

“Mais à Spielberg aussi on lui reprochait, dans les années 70 et 80, de se confiner dans un univers passéiste sans prise avec le réel !”, me rétorquerez-vous. D’abord, c’est faux – entre Duel et Indiana Jones et la dernière croisade, le patron a su alterner œuvres au présent et au passé – mais surtout, la cinéphilie de Spielberg a infusé sacrément plus finement dans ses Indiana Jones ou 1941 que celle des frères Duffer dans Stranger Things. Un peu comme la différence entre un t-shirt arborant l’affiche des Aventures de Jack Burton et un autre préférant le logo de “The Pork-Chop Express” (la société du camion conduit par Burton).

steven-spielberg-ETCertes, comme pour Ready Player One, on attendra cependant de juger aussi la saison 2 de Stranger Things sur pièce avant de tirer encore sur l’ambulance. Mais quoi qu’il en soit, le trentième long métrage de Steven Spielberg porte en lui une foule d’enjeux culturels passionnants, là où la série de Netflix promet de bégayer son salut aux années Reagan. À 70 ans, papy Steven va-t-il mettre un coup d’arrêt significatif à ce retour vers le passé permanent de la pop culture, piéger les photocopieurs avec un épitomé de la culture eighties et réussir à encourager les créateurs à écrire un futur vraiment neuf ? Ou juste se vautrer lui aussi dans la dope du doudou, pour nos plaisirs éphémères et régressifs ? Quel que soit le résultat, le teaser de Ready Player One a certainement donné le coup d’envoi d’une fiévreuse attente, sur Terre comme sur Mars. Rendez-vous le 28 mars 2018.

PS 1 : également vues ce week-end, les images de Thor Ragnarok et Westworld saison 2. Pour des raisons très différentes, c’est un grand oui !

PS 2 : en revanche la Justice League, c’est un grand : ????? Je souhaite sincèrement à Zack Snyder et Warner de ne pas taper à côté de la plaque et briser l’élan Wonder Woman.

PS 3 : it’s good to be back 🙂

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