EDITO :  Reviens Bruce Willis, reviens !

EDITO : Reviens Bruce Willis, reviens !

Bon, j’ai vu comme vous la bande-annonce du remake de Death Wish et c’est pas glorieux. Médiocre réalisateur qui n’a plus rien de comestible à revendiquer sur son CV depuis le savoureux Hostel, Eli Roth semble parti pour trivialiser à mort la glauquerie du film original de Michael Winner, sacrifiée au nom du cool et de la petite punchline avariée. S’il convient de voir impérativement le film avant de tirer des conclusions définitives, nul doute que ces premières images laissent à penser que la méthode Roth, à partir du scénario original de Joe Carnahan, s’oriente vers un feel good movie classé R, irresponsable et décérébré.

Certes, à sa sortie en 1974, le premier Death Wish avec Bronson s’était vu, à juste titre, reprocher son apologie de l’autodéfense, quand le roman original de Brian Garfield (publié en 1972) la condamnait. Mais au moins, le film de ce grand malade de Michael Winner baignait en permanence dans une ambiance poisseuse, sinistre, hantée par le mutique Charles et l’étrange lueur de son regard trahissant le gouffre mental béant creusé par le meurtre de sa femme et le viol de sa fille. Ici, papy Willis annonce la couleur : du badass « John Mc Clanien », de la petite phrase et un standing de super héros des rues pas plus traumatisé que ça par la tragédie qui le frappe. La vengeance et l’autodéfense, c’est cool, c’est tout ! Telle quelle, la bande-annonce de ce Death Wish-là annonce donc rien moins qu’une comédie d’action. Rien à voir avec l’excellent et glauquissime Death Sentence de James Wan, très libre adaptation du livre éponyme de Garfield, publié en 1975 en guise de suite à Death Wish. Bruce Willis, quant à lui, fait bien peine à voir.

Exceptionnel tunnel de médiocrité

Bruce-Willis-in-Die-Hard-367236Tout le monde le sait : il n’a plus rien à foutre de sa carrière depuis une bonne quinzaine d’années, après que l’espoir né de Sixième Sens et Incassable ait été piétiné sans vergogne par l’intéressé à coup de Tears of the Sun, Mon voisin le tueur 2, Slevin, Dangereuse séduction, Die Hard 4 et 5, Top Cops, Sans Issue, G.I Joe, Red 2 et j’en passe toute une brouette. Certes, même dans la foulée du premier Die Hard, qui l’a gravé à jamais dans nos mémoires avec son rôle le plus mythique, Bruce Willis a toujours flirté avec l’abîme avant d’opérer de fracassants come-back. Pulp Fiction, Une Journée en enfer, Armageddon et Sixième Sens furent des films-sauveurs qui, pour des raisons très diverses, lui offrirent une relative rédemption avant que monsieur « je m’en fous je prends la tune » ne casse à nouveau chaque belle dynamique avec une autre fournée de purges sûrement très bien payées.

La différence est ici la durée exceptionnellement longue du tunnel de médiocrité que traverse celui qui, dans de bonnes mains suffisamment autoritaires, peut jouer brillamment. Quel film avec Bruce Willis en haut de l’affiche nous a fait vibrer depuis Incassable ? Aucun, pas même Looper : malgré toute son habileté à la mise en scène, Rian Johnson a échoué à obtenir de la star suffisante autre chose que son habituelle panoplie de mimiques essorées et airs ombrageux éventés qui faisaient tellement mouche dans les meilleurs Die Hard. Au fil de ces dernières années, seul Wes Anderson, dans Moonrise Kingdom, a su contraindre Willis à renouer avec une vulnérabilité dénuée de ses sempiternels gimmicks.

À 62 ans, Bruce Willis est encore très loin de la date de péremption définitive pour jouer les gros bras et pourtant, dans la bande-annonce de Death Wish, on le sent rincé, en pilote automatique, faisant plus que son âge. À moins d’une bonne surprise qu’on souhaite très fort parce que malgré tous les renoncements de notre ex-idole, on y croit encore (sans doute même plus que lui), il y a peu de chance pour que le salut vienne d’Eli Roth. Et ce malgré les déclarations d’intentions de celui-ci, assurant à qui veut l’entendre que son film sonnera le grand retour du « Bruce Willis qu’on aime ». Les regards se tournent plus volontiers vers M. Night Shyamalan, en espérant que ce dernier ne se loupe pas avec Glass. J’ai personnellement beaucoup apprécié Split et jubilé d’un gros « YES! » devant son fameux plan final : David Dunn est un personnage fascinant, le dernier réellement iconique incarné par Willis et l’on ne peut que se réjouir de le savoir sur le retour pour 2019.

Une révolution à 62 ans, c’est possible !

Mais qu’il s’agisse de Glass ou d’un autre film avec un autre rôle, sous la houlette d’un autre réalisateur, on aimerait conjurer l’acteur de donner encore une chance à sa carrière. Cesser de se brader dans des sous-produits minables qui grignotent chaque fois un peu plus nos dernières miettes d’admiration pour notre ancien héros. Oui je sais, ce sont des mots bien naïfs, le réel est infiniment plus complexe que les candides incantations d’un cinéphile attristé par l’auto-sabordage à long terme d’un artiste jadis tout en haut. Bruce Willis a forcément mille raisons pour accepter de les tourner, ces merdes. Faire la tournée des cinq étoiles, investir dans de fructueux business « Depardieu-style », assurer l’avenir de ses gosses, payer la pension de Demi, cramer le pognon dans les casinos, se perdre dans une détestation de lui-même et se punir par le navet, que sais-je…

Mais puisqu’à nos dérisoires niveaux, l’incantation est tout ce qui nous reste, j’en abuse sans vergogne : reviens-nous Bruce ! Prouve-nous qu’on peut toujours avoir envie de s’amuser dans son métier à soixante balais passés. Offre-toi ce qui n’a pas de prix quand on est comédien : le réenchantement de ton public, comme tu l’as fait avec tes alter ego John McClane, Joe Hallenbeck, Butch Coolidge ou David Dunn… Des noms dont on se souviendra autrement plus que ceux de tes gros bras neurasthéniques dans la palanquée de bousasses atomiques où tu te compromets depuis trop longtemps. Remets-toi en cause, casse encore ton moule, fais ta petite révolution plutôt que ta petite frappe : change encore ton destin, hé ouais, à 62 ans, pourquoi pas ? Tu as beau nous avoir déçu tant et tant de fois, le plus dingue, c’est qu’au fond de nous, là, sous les couches d’aigreur et de résignation, de moquerie et de dérision, en fait, on t’aime toujours. Et on veut bien t’attendre encore un peu. Reviens, Bruce, et on annule tout !

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