[EDITO] Team Daniela : les filles, le porno gay et les mecs

[EDITO] Team Daniela : les filles, le porno gay et les mecs

sense82.4

Sense8. Netflix.

Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais nous sommes nombreuses à nous nourrir au rayon Yaoi de notre boutique de manga, à lire des fanfics estampillées M/M (histoires d’amour entre deux mecs) sur Archive Of Our Own ou fanfiction.net, à rêver que le professeur X et Magnéto arrêtent de tourner autour du pot et s’embrassent, ou à imaginer ce qui se passe vraiment dans le cabinet du Docteur Lecter, entre le psychiatre et Will Graham. Bref, nous sommes nombreuses à être Team Daniela, dans la très bonne série Sense8 des sœurs Wachowski.

(faut dire aussi que le showrunner Bryan Fuller a tout fait pour créer une atmosphère homoérotique dans sa série Hannibal)

(Il faut dire aussi que le showrunner Bryan Fuller a tout fait pour créer une atmosphère homoérotique dans sa série Hannibal)

Car elle nous a libérées, Daniela, enfin, en hurlant d’un coup : « I LOVE GAY PORN ». Car elle n’était pas seule et derrière notre écran, nous nous sommes exclamées : « NOUS AUSSI ! ». Nous aussi ! On regarde ou on lit des choses à faire rougir un marin. Nous aussi ! On est capable de lire et comprendre toutes les positions du Kama Sutra en anglais. Et on a déjà lu des choses en vérifiant bien par-dessus notre épaule que personne ne nous regardait. On a travaillé notre poker face en public, on a couiné quand enfin, enfin, ça arrivait.

Oui, mais pourquoi ? Pourquoi aimer autant le porno entre deux hommes, le cul, mais aussi les romances, les histoires très longues, simples ou torturées, les premières fois, les scènes d’orgies, etc. ? Et quand je dis « On », je parle de nous, femmes, filles, adolescentes, car les mecs sont rares à s’aventurer du côté des Boy’s Love. Je n’ai pas la réponse absolue, mais quelques pistes de réflexion…

Queer as Folk.

Queer as Folk.

La première me vient d’une discussion sur le point de vue avec ma collègue, Alix Kerrest. En effet, dès notre plus jeune âge, nous avons l’habitude de nous identifier aux personnages masculins. Dans les films, les livres, les BD, le héros est un homme. Si nous voulons partir en Terre du Milieu ou à Hogwarts, c’est dans la peau d’un mec que nous le faisons. Avec des potes, des amoureuses, une loooongue épée et souvent une couronne. Donc nous connaissons les affres que peut ressentir un chromosome Y. En parallèle, une certaine distanciation est parfois appréciable, notamment dans l’acte sexuel, quand nous sommes souvent vues comme victimes ou comme « sexe faible ». Bref, comme « pénétrée ». Mettre en scène deux hommes a alors un double objectif : pouvoir s’identifier aux personnages, mais sans se projeter. Bref, prendre son pied, aussi bien en « pénétrant » qu’en « pénétré ». Nous nous identifions suffisamment pour y prendre du plaisir, suffisamment peu pour n’être que l’un des sujets. Donc nous possédons le meilleur des deux mondes possibles.

Boys Boys Boys, I'm looking for a good time. (AKA : KISS DAMMIT)

Boys Boys Boys, I’m looking for a good time. (AKA : KISS DAMMIT)

Une autre des raisons qui peut être avancée, est que dans un monde où Roméo et Juliette sont un peu obsolètes, l’un des ultimes actes de romance est, pour certains, d’aller à l’encontre de leurs pairs ou de leurs habitudes. Dans un monde hétéronormé comme le nôtre, la dernière preuve ultime d’amour est alors d’être gay. Il ne faut pas seulement se battre contre sa famille pour être avec la personne aimée, il faut aussi se battre contre toute une société, et contre ses propres préjugés (j’ai hâte que cet argument devienne dépassé). N’oublions pas sinon que nombreuses sont encore les séries à proposer majoritairement des personnages masculins. Et donc, dans les fanfics notamment, il est plus facile – on a plus le choix – de jouer sur les interactions entre deux personnages masculins, avec plus de détails et de clins d’œil à la série de départ.

Dans un monde où la femme est le sexe faible, une relation homosexuelle (entre garçons) devient une relation équitable. Une relation au sein de laquelle chacun des participants peut avoir des craintes, souffrir, avoir peur, des sentiments vus comme « féminins ». C’est un moment où une femme peut se projeter et prendre du plaisir, car sa sexualité n’est pas décrite, elle se transpose et chacun, alors peut se faire plaisir, sans avoir peur de souffrir. Car j’ai l’habitude de m’identifier à un homme sans en être un. Et que pour une fois, je suis omnisciente et jouant du cadre, je prends mon plaisir sans blesser personne, seule maître(sse) et responsable de ma jouissance.

Team Daniela.

(si toi aussi tu te reconnais dans ce type de public, et as une autre raison de kiffer le slash, le smut et ses affidés, rendez-vous dans les commentaires)

 

 

 

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