Edito : Trop tourné vers le présent

Edito : Trop tourné vers le présent

editocetaitmieuxavantAujourd’hui, regarder des séries est un exercice aisé. Largement diffusées en prime time sur les chaînes hertziennes, sur la TNT, sur Canal Plus ou OCS jusqu’au câble. Auxquels nous pouvons ajouter les offres de Netflix, Canalplay, OCS go. Regarder des séries, du policier de networks au drame du câble n’a jamais été aussi facile.

Seulement culte de l’immédiateté, de la réactivité, de la date limite d’intervention (il faut avoir vu l’épisode le soir de sa diffusion), c’est tout le patrimoine télévisuel qui est sacrifié. Difficile, aujourd’hui, de pouvoir se replonger dans une « vieille série », sans avoir à passer par la case DVD. Cette offre existe, et louons le travail de ces éditeurs. Mais nous éprouvons une amertume devant l’idée d’une télévision si peu en accord avec son passé, au point de se demander si elle fait tout à fait son travail. Exception de quelques vieux éléphants des 80’s (de l’Agence tout Risque à Mac Gyver) qui occupe les grilles de la TNT, il est impossible de se replonger dans le passé télévisuel.

Dans les années 1990, regarder la télévision, en journée, le week-end, était synonyme de sériephilie. Une sériephilie désordonnée et chaotique par une programmation en dépit du bon sens, mais bien réelle quand il s’agit de retourner aux sources. De Samedi et vous (TF1) à M6, l’exploration d’une partie de la production américaine et anglaise ante 1980 était possible. Star Trek, Au Coeur du Temps, Des Agents très Spéciaux, Les Champions occupaient le samedi après-midi sur TF1 ; Chapeau Melon et Bottes de Cuir, Amicalement Votre, Le Saint promenaient ses épisodes sur M6.

Il ne s’agit pas de rejouer les vieux couplets de Francis Cabrel à coup de « C’était mieux avant… », rappelons qu’à l’époque, les séries étaient des programmes bouches-trous. Mais aujourd’hui, il faut se contenter d’émissions de coaching ou de télé-réalité. A choisir, autant s’éduquer en regardant des épisodes de vieilles séries que s’abrutir devant Mr et Mme Dupont qui recherche désespérément un appartement de 180m² sur Paris. Si l’évolution de la télévision rend une marche arrière impossible, nous pouvons regretter (aujourd’hui) que les offres des opérateurs de SVOD se limitent à une tranche chronologique réduite.

La série a probablement dépassé son statut de phénomène pour entrer dans celui d’art à part entière (malgré quelques couacs réguliers d’une poignée d’esprits obtus mais comme la mauvaise herbe, on ne pourra jamais s’en débarrasser totalement). Malgré tout, nous pouvons regretter un avènement tardif et surtout, qui a tendance à oublier un peu vite son passé. Lire des articles sur The Wire, The Sopranos, Lost est une chose courante, lire un papier récent sur les productions Irwin Allen devient plus rare.

Au Daily Mars, nous nous efforçons de traiter la série sur un spectre aussi large que possible, sans faire de distinction de genre, de format, de pays ou d’époque. Si la reconnaissance de la série est récente, son histoire est vieille et son passé est riche. Ne subissons pas le diktat de l’immédiat, de l’éphémère ou du présent et sachons apprécier une oeuvre antérieure, car s’il est de bon ton (mais discutable) de mentionner les années 2000 comme un âge d’or (ou le troisième), il serait tout aussi bon d’apprécier les productions antérieures qui ont permis cette évolution.

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