Edito : Upfronts 2016

Edito : Upfronts 2016

Tous les ans, à la même période, le monde sériephile est en émoi. C’est l’heure des upfronts. Ce moment où les grands networks (ABC, CBS, CW, FOX et NBC) dévoilent leur grille de la rentrée, ainsi que les bandes-annonces des nouvelles séries. Mais tous les ans, la fête est un peu moins intense, un peu moins nourrie et beaucoup moins symbolique. Il ne s’agit pas de rejouer le fameux couplet de Francis Cabrel « C’était mieux avant ! », mais de tirer une conséquence quant à l’explosion de l’offre (la Peak TV), l’explosion des plateformes de diffusion (nouvelles chaînes, service de SVOD) et une évolution de la consommation (binge watching) qui libèrent le calendrier du marbre sur lequel s’établissaient ses rendez-vous. Avant, il y avait la rentrée. Aujourd’hui, il y a la rentrée, la rentrée de mi-saison, le planning du câble, les séries estivales… autant d’entrées différentes qui permettent de voir des nouveautés tout au long de l’année.

Malgré tout, les upfronts restent un moment d’effervescence où l’on effectue nos pronostiques, où l’on fait notre marché, où l’on peut voir se dessiner des tendances, cette année, selon un principe transversal (du temps ; des médias).

Les Grandes Tendances

abc_time-after-timeLa saison 07 du festival Séries Mania s’ouvrait par une question : L’avenir des séries est-il dans son passé ? L’interrogation ne peut être plus d’actualité concernant la rentrée prochaine. Des enjeux qui s’incarnent dans l’apparition de reboots ou suites, 24: Legacy (FOX), Prison Break (FOX), MacGyver (CBS) ou dans un thème récurrent, le voyage dans le temps : Frequency (CW), Timeless (NBC), Making History (FOX), Time After Time (ABC). Comment le passé contamine le présent ; comment le présent est contaminé par le passé ? Une question qui agite aussi bien les créatifs que les exécutifs, trouvant, dans de vieux modèles, la manière de constituer le futur. En quête de nouvelles formes, de nouveaux hits, les networks, un peu en crise, jouent une forme d’introspection en réinvestissant le passé et son passé.

Autre question : Peut-on diluer le cinéma dans les séries ? Il faudra peut-être chercher la réponse chez les six cobayes : sur ABC Time After Time (de Nicholas Meyer, 1979), sur CW Frequency (de Gregory Hoblit, 2000), sur CBS Training Day (de Antoine Fuqua, 2001), sur FOX Lethal Weapon (de Richard Donner, 1987), The Exorcist (de William Friedkin, 1973) et sur NBC, Taken (de Pierre Morel, 2008). Jusqu’à présent, les dernières tentatives n’ont pas été de franches réussites. De Limitless à Minority Report en passant par Rush Hour, aucune n’a réussi à convaincre, public comme critiques. On peut se demander dans quelle mesure ces adaptations vont parvenir à digérer les codes narratifs des séries et s’émanciper suffisamment de leur lourde identité.

Procedurals et Sitcom Familiale
Katherine Heigl & Laverne Cox

Katherine Heigl & Laverne Cox

Cette rentrée sera la première depuis seize ans sans la présence d’une série de la franchise CSI. Fin d’une ère, fin d’un cycle et surtout, symptomatique d’un genre tout entier en panne de nouveaux modèles. La série policière sera peu représentée par de nouveaux visages, les networks lui auront préféré le genre judiciaire selon des approches différentes : le choix des jurés (Bull, CBS), la relation avec les médias (Notorious, ABC), l’erreur judiciaire (Conviction, ABC), l’éthique (Doubt, CBS) ou de façon plus généraliste avec la petite nouvelle de la franchise de Dick Wolf (Chicago Justice, NBC). Il est amusant de noter que toutes (ou presque) ses orientations se trouvaient dans une série cette année : American Crime Story : The People vs O.J. Simpson. Du traitement médiatique d’une affaire à la sélection de jury, ainsi que l’erreur judiciaire, tout était déjà traité, synthétisé dans la formidable série de FX. Il faudra composer avec la compartimentation où chaque nouveauté sera traitée selon un angle spécifique (et immuable ?).

Côté comédie, l’inclinaison penche vers la famille, avec une petite option pour les pères au foyer (Kevin Can Wait (CBS), Man With a Plan (CBS) ou Marlon (NBC)). Le reste de la distribution joue avec la différence de classe (American Housewife), la famille décomposée (The Mick) ou dysfonctionnel à la The Middle chez Speechless (ABC). Des choix qui, au-delà de leur réussite ou non, montrent une certaine timidité à explorer de nouveaux territoires, laissant ce terrain au câble. On peut noter également une inclinaison vers une irruption de l’imaginaire dans un univers ordonné. Downward Dog (ABC) et son chien qui parle, Imaginary Mary (ABC) et son ami imaginaire semblent montrer une déconnexion avec la réalité et pourraient s’avérer plus sombres dans leur discours que la blague potache. Enfin, Son of Zorn met en scène un personnage de dessin animé dans notre monde et le fait évoluer normalement. Ces ruptures dans l’image (par les effets spéciaux) introduisent une dimension intéressante que l’on n’avait plus vu depuis la formidable Wilfred (FX).

Fenêtre sur le Monde

nbc_this-is-usLa faiblesse des networks, ces dernières années, tenait dans leur incapacité à produire des séries en phase avec notre époque, capable de capter le monde. L’une des forces de la série réside dans cette réactivité, de saisir l’actualité pour nous livrer une vision, critique, politique ou comique. Shots Fired (FOX), dans une forme qui pourra rappeler American Crime, exploite un Ferguson inversé où un policier noir abat un jeune blanc et les répercussions de cet acte au sein de la petite ville. Pitch (FOX) raconte l’histoire de la première femme à jouer dans une équipe masculine de base-ball. This is Us (NBC), l’une des nouveautés les plus singulières, narre la vie de personnages sans rapport, si ce n’est leur date de naissance. Designated Survivor (ABC) voit un directeur de cabinet propulsé à la Maison Blanche après une attaque terroriste. Si toutes ces séries ne semblent pas avoir le même potentiel, les mêmes objectifs se dessinent un regard motivé par l’actualité. Et quand il se tourne vers l’anticipation, il imagine une science au service des institutions (médicales dans Pure Genius (CBS), policières dans APB (FOX)) mais servi par un homme à la démarche plus ou moins philanthrope.

fox_starDans toutes ces tendances, ces distinctions, ces récurrences, l’identité des networks s’est effacée. Si CBS montre encore qu’elle exploite le formula show (Bull, MacGyver, Pure Genius) ; CW semble vieillir son audience ; NBC s’éparpille ; ABC intrigue et FOX offre un curieux visage timoré et poussiéreux. Elle ressort d’anciens succès (Prison Break, 24: Legacy) ; surfe sur d’autres (Star, la nouvelle série musicale de Lee Daniels (Empire)), Shots Fired (American Crime) ou encore APB du créateur de Person of Interest (on remarquera des thèmes récurrents) ; ou exploite de vieilles franchises cinématographiques (Lethal Weapon, The Exorcist).

Si la rentrée est devenue un événement moins significatif, elle apporte son lot d’excitation, d’exaspération, d’espoir, de déception, d’émerveillement. Et les upfronts, les préliminaires à cette immense foire. Aussi, pour jouer le jeu, cette semaine au Daily Mars, chaque rédacteur choisira trois séries parmi les nouveautés et racontera ce que les premières images l’inspirent. Une façon de mettre en mot nos attentes et de mesurer la différence entre la promesse et la réalité, au moment de découvrir le pilote.

En attendant, ces premiers aperçus de la saison 2016/2017 sont à voir ou à revoir ici :
ABCCBSFOXNBCThe CW.

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