EDITO : Veillée d’armes

EDITO : Veillée d’armes

Decouvrez-l-affiche-officielle-de-Star-Wars-Le-Reveil-de-la-ForceNon, je ne parle pas des 18 mois qui nous séparent de l’élection présidentielle de 2017 et risquent d’être bien rock’n’roll (ha, on me signale dans l’oreillette que le Daily Mars n’est pas un site politique, donc passons, hem, pouf pouf…). J’évoque bien évidemment la sortie nationale, après demain, de Star Wars, Le Réveil de la Force. Parce que cette fois, ça y est : quasiment trois ans, jour pour jour, après l’annonce par Disney du rachat de Lucasfilm et de la mise en orbite d’une nouvelle armada de films, le monde va enfin savoir si oui ou non, J.J. Abrams a réussi son pari. Si toutes les folles promesses de ces bandes-annonces vertigineuses cachaient bel et bien une magnifique surprise ou une stellaire déception. Si, malgré des enjeux industriels et une pression qui dépassent l’entendement, J.J. Abrams et son équipe de créatifs ont su préserver leur intégrité artistique et faire, au moins, un bon film… Ou si le Grand Soir nostalgique agité devant nos yeux ne cache que le morne crépuscule accéléré d’une franchise jadis fondatrice de nos rêves et désormais ravalée au rang d’usine à blockbusters sans âme et brassant du vent. Au vu de l’ombre tragique qui s’est abattue sur nous le 13 novembre dernier et risque bien d’obscurcir de nouveau nos vies dans les années à venir, tout réconfort est bon à prendre…

Dans les moins de 48 heures qui nous séparent de la plus grosse sortie de l’année 2015 (autour du millier de salles en France, donc…), nous pouvons encore conjecturer à l’infini sur ce que sera Le Réveil de la Force et ce qu’il annonce. La renaissance ou la mort (créative, j’entends) du mythe. Les bribes d’échos de la part d’ultra-privilégiés qui ont d’ores et déjà pu voir le film – on ne va pas dire qui, ils se feraient désintégrer sur le champ par Disney – laissent à penser qu’un nouvel espoir est vraiment en marche. La presse française (et une partie de la blogosphère itou, semble-t-il) est quant à elle conviée à découvrir l’engin dès demain, moyennant un délire absolu de contrôle freakisme de la part de Lucasfilm, Disney et Bad Robot. J.J. Abrams aurait-il vraiment réussi à se surpasser, transcender son style si tape-à-l’œil et si creux, à la faveur de son premier contact avec Star Wars ? Au-delà du business plan astronomique de Disney, l’enjeu culturel est majeur pour les générations de jeunes geeks en devenir. Même parmi les franchises les plus populaires créées ces 38 dernières années, aucun mythe moderne cinématographique n’a égalé la puissance dévastatrice de Star Wars. Sur les épaules du Réveil de la Force repose la mission d’éclairer les imaginaires de centaines de millions d’enfants à travers le globe, créer de nouveaux héros galactiques pour l’Histoire, inventer de nouvelles formes, sons et mots qui alimenteront notre langage courant, susciter les vocations de futurs Peter Jackson, David Fincher, Guillermo del Toro, Simon Pegg, Kevin Smith et tant d’autres. Bref, bâtir les fondations d’un nouveau rêve qui réenchanterait la pop culture pour le siècle à venir.

Ha oui, parce que là, si tout roule pour la petite entreprise Disney, on est parti pour un bon centenaire d’existence d’une franchise qui pourrait ainsi bien perdurer après notre mort. Certes, contrairement à Lucas dans les seventies, J.J. Abrams ne crée là aucune nouvelle mythologie ex nihilo. Tout réussi, on l’espère, qu’il soit, Le Réveil de la Force ne sera jamais que le 7e épisode d’une marque préexistante. Mais qui sait : dans l’état de délabrement actuel du genre qu’elle a elle-même institutionnalisé après l’étincelle Jaws (le summer blockbuster), la saga Star Wars nous ferait un bien immense avec un Réveil de la Force à la hauteur du rêve initial. Je sais bien qu’il est de bon ton (et de ma part au premier rang) de snober toute l’écrasante machine de guerre entourant le retour de Han Solo et consorts. Cependant, comme pour beaucoup d’autres champs de nos vies, la petite flamme perdure. Et paradoxalement plus encore à quarante ans passés chez ces vieux cabochards de fanboys issus des années soixante-dix. Sans trop le dire (merde, je l’ai dit), on attend de pleurer de bonheur devant Le Réveil de la Force comme l’on se rendrait à un rendez-vous amoureux dont on s’efforce d’afficher avec indifférence qu’on le sait perdu d’avance. Mais dont on crève secrètement, le cœur battant à tout rompre, d’espérer l’heureuse issue. Foutu palpitant qui n’en fait qu’à sa tête, hein ? Allez, plus que quelques heures, les aminches. Affutez vos lames ou préparez vos mouchoirs. Mercredi, nous saurons enfin si Le Réveil de la Force est bel et bien notre nouvel espoir ou juste une pâle étoile de plus dans la galaxie des blockbusters opportunistes. Comme dirait l’ami Mulder, I want to believe

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