• Home »
  • CINÉMA »
  • Richet s’égare (critique de Un moment d’égarement, de Jean-François Richet)
Richet s’égare (critique de Un moment d’égarement, de Jean-François Richet)

Richet s’égare (critique de Un moment d’égarement, de Jean-François Richet)

Note de l'auteur

Moment egarement AFFIl s’est bien assagi, le réalisateur de Ma 6-T va crack-er et du diptyque Mesrine ! S’entichant de mettre à jour une comédie douce-amère de Claude Berri déjà remakée par Stanley Donen dans les années 80, Jean-François Richet a puisé des idées chez ses deux illustres prédécesseurs pour en tirer un film d’un puritanisme bien de son temps.

 

Au cœur de ces hédonistes années 70 où la tendance était au relâchement généralisé, Jean-Pierre Marielle ne résistait pas longtemps – allez, 3 secondes ? – aux avances de la jeunette Agnès Soral dans Un moment d’égarement de Claude Berri (1977), où elle était si gamine qu’elle suçait encore son pouce. Et non seulement il succombait très vite mais il aimait ça, le bougre ! Emporté par le tourbillon de la crise de la quarantaine, il tentait même de convaincre Victor Lanoux, à la fois son meilleur pote et le père de l’adolescente énamourée, de lui donner la main de sa fille. Loin de l’esprit autoroute des vacances, Var-Matin, pastaga et pétanque cher à Berri, l’oublié C’est la faute à Rio de Stanley Donen (1984) reprenait assez fidèlement cette intrigue en jetant la future top model Michelle Johnson dans les bras de Michael Caine, ici plus étourdi par le soleil des tropiques qu’étourdissant par son jeu d’acteur. Dans un Rio fantasmé où, un toucan apprivoisé sur l’épaule, tout le monde se balade en remuant les fesses sur un rythme de samba, le réalisateur du mythique Chantons sous la pluie alors en plein pétage de plombs – il sortait du mémorable Saturn 3 – entretenait lui aussi le doute quant à l’âge de la bachelette afin de mieux dire l’immorale insouciance du quadra en vacances.

Le mâle est faitMoment egarement PIC2

En 2015, les choses ont bien changé. Normal me direz-vous, des décennies se sont écoulées. Certes. Mais le principal intérêt de cette mise à jour d’Un moment d’égarement est justement de révéler la teneur de l’évolution qui s’est opérée dans l’esprit des producteurs, des auteurs et, en conséquence, des spectateurs depuis le tournant des années 70-80. Comme dans les précédentes versions, même si c’est un peu moins évident ici, le film de Jean-François Richet est d’abord le portrait d’un divorcé qui s’abandonne aux bras de la fille de son meilleur ami. Sauf que là, le personnage joué par Vincent Cassel tient bon, esquive, et lorsqu’il finit par céder, c’est sous l’effet de l’alcool. Le mal étant fait, il culpabilise, se morfond et endure un véritable calvaire, menacé en outre du châtiment ultime puisque le cadre choisi est celui de l’Ile de beauté, toujours prétexte à sortir l’artillerie corse. Les dialogues s’empressent alors de dire que la fille aura 18 ans dans 8 mois. Elle est quasi majeure, quoi ! Ce quasi vaut bien un dérapage, sans doute ?

Moment egarement PIC1La saveur du light

Surtout, le désir est ici à sens unique. Jamais le vieux ne dit éprouver autre chose que du remord pour avoir cédé à la jeune, là où un rapport fusionnel s’installait dans les précédentes versions. Coécrit par Richet et Liza Azuelos (responsable des atroces Comme t’y es belle ! et LOL), ce scénario pusillanime est pourtant très soigné. Selon les critères en vigueur aujourd’hui, il est même meilleur que ceux de Berri et Donen, chez qui les auteurs puisent toutes leurs idées pour trouver un rythme mieux équilibré, une structure plus affirmée et des séquences de comédie vraiment réussies, notamment grâce à un étonnant Vincent Cassel. Mais ce scénario est aussi édulcoré, au point qu’il ne surprend jamais et ne laisse aucune chance au film, pourtant bien réalisé, de sortir de l’anecdotique dans lequel il s’enfonce instantanément. Dommage pour Jean-François Richet, qu’on n’attendait vraiment pas sur ce terrain-là. Entretemps, il est retourné aux USA pour boucler Blood Father, un thriller avec Mel Gibson produit par Why Not. Au souvenir de sa précédente incursion sur le sol américain – le remake d’Assaut de Carpenter – on ne sait pas si on doit s’en réjouir ou en pleurer.

 

En salles depuis le 24 juin

2014. France. 1h45. Réalisé par Jean-François Richet. Avec Vincent Cassel, François Cluzet, Lola Le Lann, Alice Isaaz

Partager