En Attendant Godzilla : Les Origines

En Attendant Godzilla : Les Origines

Concepteur et conférencier de l’exposition Godzilla au Dernier Bar avant la Fin du Monde (du 8 au 15 Mai) à Paris, Jean Baptiste Pujolle, plus connu sous son pseudo Titou.65 sur l’excellent forum king-kong nous fait le plaisir d’éclairer nos lanternes sur les origines de Godzilla.

Comme nous le disait ce bon vieux Sheppard dans un excellent article (voir ici), en 1952, le King Kong de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack bénéficie d’une ressortie mondiale et entraine une vague de films sur les monstres dont Le Monstre des Temps Perdus (The Beast from 20,000 Fathoms) du frenchy Eugène Lourié et l’intérêt du producteur nippon Tomoyuki Tanaka.

Tomoyuki_TanakaSuite à l’abandon d’un gros projet, en 1954, il envisage de produire un film de monstre. A l’origine, il pense à un poulpe géant puis le concept évolue d’abord vers un monstre Gorille-Baleine : En japonais Gorira (gorille) et Kujira (baleine), on mélange et voilà un nom qui traversera le monde et l’histoire du cinéma, Gojira. A la vision du film de Lourié, il décide que Gojira sera finalement un dinosaure.
Sur le script de base, le premier film s’intitulait Katei niman mairu karakita no dai-kaiju, traduit comme Le grand monstre venu de 20 000 lieues sous les mers. Un titre jugé trop opportuniste (franchement, je ne vois pas pourquoi…) et trop série Z qui fut vite abandonné. Le script fut alors tout simplement désigné par G signifiant Giant.
Plusieurs types de monstres sont alors proposés. Le sculpteur Sadami Toshimitsu construisit trois prototypes en argile du monstre.
Le premier évoquait le tyrannosaure avec une tête plus massive et un corps couvert d’écailles, Gojira étant une créature amphibie.
Le second, surnommé « Gojira bosselé », s’éloignait du tyrannosaure. Plus massif, ses écailles furent supprimées et remplacées par une peau recouverte de protubérances.
Le troisième prototype, le « Gojira alligator » : il présentait les caractéristiques et les proportions du « Gojira bosselé » mais le grain de la peau était constitué de protubérances épidermiques disposées de façon linéaire. C’est ce dernier qui est retenu par la Toho.
Eiji Tsuburaya copiePour incarner le monstre, ils utilisent une technique qui sera propre au genre : un cascadeur costumé. D’après la sculpture de Gojira alligator, Sadami Toshimitsu et Kanzi Yagi élaborèrent le costume, supervisé par le légendaire Eiji Tsuburaya, le directeur des effets spéciaux. Gojira ne sera pas seulement joué par Haruo Nakajima dans un costume, une petite marionnette animée par la main d’un technicien ainsi qu’une petite figurine mécanique radiocommandée, furent utilisées pour représenter Gojira à l’écran.
Vu la complexité du scénario c’est la toute première fois qu’un film japonais fut storyboardé. Le tournage a duré cent vingt deux jours, à partir du 5 juillet 1954.

En 1955, à l’occasion d’une séance privée réservée aux distributeurs américains, la Toho diffuse Godzilla, King of the Monsters !, une version originale sous-titrée en anglais, au cinéma Toho Labrea de Los Angeles. Deux célèbres producteurs américains Samuel Z. Arkoff et Alex Gordon décident d’investir dans le film pour lancer leur toute nouvelle compagnie American Releasing Corporation qui deviendra plus tard American International Pictures . Ils se font souffler le film sous le nez par Edmund Goldman, directeur d’une firme cinématographique américaine d’import-export, qui s’était rendu à Tokyo où il avait aussitôt acheté les droits américains de Godzilla.
Godzilla FrGoldman revend le film à Joseph E. Levine de la Transworld Pictures. Levine va miser sur une promotion publicitaire extrêmement importante dont les frais vont dépasser de très loin la somme payée à la Toho. Gojira est le premier film japonais à être distribué en version doublée. Levine décide d’américaniser le film, un concept encore utilisé de nos jours, comme si les américains étaient trop crétins pour des films produits hors de leurs frontières … Il le remonte, supprime de nombreuses scènes, en ajoute d’autres réalisées par Terry O.Morse et interprétées par l’homme de fer Raymond Burr (en une journée de tournage) dans le rôle de Steve Martin et par Franck Iwanaga (non crédité au générique) dans celui de l’officier de sécurité Tomo Iwanaga.
Avec ce tripatouillage, Godzilla, King of the Monsters ! dure seulement 81 mn contre 98 mn pour la version originale japonaise …
C’est cette version qui sera diffusée « all over the world » même au Japon, en parallèle de la version originale.
En France, il a fallu attendre 1997 pour que les éditions HK sortent une VHS avec le montage original en VO sous-titrée français dans un superbe scope.

 

Quelques images de l’Exposition Godzilla au Dernier Bar Avant La Fin Du Monde :
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