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En attendant Godzilla : The Beast From 20 000 Fathoms ou les origines d’un mythe.

En attendant Godzilla : The Beast From 20 000 Fathoms ou les origines d’un mythe.

the-beast-from-20000-fathoms-movie-poster-1953-1020143853Vous l’aurez remarqué sans doute, puisqu’on vous en cause depuis une semaine, mais le 14 mai sort le très attendu Godzilla de Gareth Edwards. Une occasion de revenir sur les origines du monstre en déterrant une vieille Séance du Père Sheppard consacrée à The Beast From 20 000 Fathoms, écrite il y a tout juste un an en hommage à Ray Harryhausen, son créateur. Car si King Kong est sans conteste le premier film de monstre géant, il faut aussi considérer The Beast comme le père véritable de Godzilla.

Le pitch du siècle : Une explosion atomique réveille une créature gigantesque qui se dirige droit sur New York (ça vous rappelle quelque chose ?).

Lorsque les producteurs Hal E. Chester et Jack Dietz ont l’idée d’exploiter la trace laissée par le succès de la ressortie de King Kong en 1952, ils sont probablement loin de se douter qu’ils vont ouvrir une véritable boite de Pandore. Ils achètent ainsi les droits d’une nouvelle de Ray Bradbury, The Beast From 20 000 Fathoms, parue dans le Saturday Evening Post en 1951 et qui met en scène des gardiens de phare en prise avec un dinosaure. De la nouvelle, les scénaristes Lou Morheim et Fred Freidberger ne gardent que l’idée du dinosaure et la scène de la destruction du phare. L’idée est d’avoir un film de monstre à la King Kong, avec moult kaboom, et de baser la promo sur la notoriété du romancier. Au final, Bradbury renomma sa nouvelle The Fog Horn et apparaît au générique pour avoir « suggéré » l’idée du film. La promo fut quant à elle, quand même basée sur la notoriété de l’auteur.

Beast08a RampageQuand on n’a pas les ronds pour se payer des cadors, on prend leurs assistants. C’est ainsi qu’un beau matin, le chef décorateur français Eugène Lourié se voit proposer la réalisation d’un film de monstre. Même si c’est là son premier film en tant que réalisateur, Lourié est loin d’être un débutant. Chef décorateur attitré de Jean Renoir, le gazier a déjà pas mal de titres impressionnants à son actif, dont La grande illusion, La règle du jeu et Limelight (Les feux de la rampe). The Beast From 20 000 Fathoms va lui permettre d’utiliser toutes ses méthodes de vieux briscards pour parvenir à filmer des scènes « coûteuses » pour presque trois fois rien. À ce sujet, la scène de panique à New York est un exemple magnifique de « cache-misère » dont l’efficacité ne peut que forcer l’admiration. D’ailleurs, j’ai beau essayer de faire passer Chester et Dietz pour des marloux, il fut quand même reconnaître que les gars avaient eu la sagesse de comprendre que The Beast From 20 000 Fathoms allait être un film excessivement technique. Le choix de Lourié, plus technicien que directeur d’acteur, entre complètement dans cette logique.

photo-Le-Monstre-des-temps-perdus-The-Beast-from-20-000-Fathoms-1953-4C’est aussi dans cette même logique que mythique Ray Harryhausen se voit offrir son premier poste à la tête des effets spéciaux. Le bonhomme connaît son affaire, puisqu’il a appris auprès du plus grand, Monsieur King Kong lui-même, le grand Willis O’Brien. Mais le budget de The Beast From 20 000 Fathoms est loin d’être celui de King Kong et Harryhausen se rend rapidement compte qu’il va devoir être inventif. Il en profite donc pour expérimenter une nouvelle méthode d’intégration. Jusqu’ici, on incorporait les créatures via un système de peintures sur glace. Mais cette méthode étant bien trop onéreuse en temps et en argent. Harryhausen opte pour le split-screen, une technique permettant d’intégrer le monstre directement sur la partie filmée en utilisant des caches. Le résultat est si concluant qu’elle permet à la production de multiplier les scènes avec le monstre afin de pallier au coût de sa fabrication. Encore une fois, on est dans une logique de rentabilisation maximale de chaque dollar dépensé. Même si cette logique peut en faire frémir plus d’un, elle permit néanmoins à Harryhausen d’inventer une technique qui allait devenir sa signature, la célèbre Dynamation.

The Beast From 20 000 Fathoms fait un carton à sa sortie en salle. Les gens se ruent pour aller voir cette nouvelle sensation cinématographique. Devant ce succès foudroyant, les maisons de production se lancent toutes dans la confection à la chaîne de films de monstre et de SF. La peur de l’arme atomique, jusqu’ici peu abordée au cinéma, devient le sujet d’inquiétude et de paranoïa en tout genre la plus représentée au cinéma et dépasse même les frontières des USA. En 1954, soit un an après la sortie de The Beast, le réalisateur Ishirô Honda et la firme Toho sortent une version japonaise du monstre, intitulée Godzilla. Le reste appartient à l’histoire.

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