En Attendant… How to Get Away with Murder, Saison 2

En Attendant… How to Get Away with Murder, Saison 2

Le 24 septembre débutera la seconde saison de How to Get Away with Murder sur ABC. La série, dirigée par Pete Nowalk et produite par Shonda Rhimes, devra renouveler le succès de l’année dernière et offrir à des spectateurs avides, de nouveaux mystères et de sombres secrets. Il faut dire que la première saison a placé la barre très haute, enchaînant les révélations avec un rythme inhumain. Petit retour sur quinze épisodes denses, qui sont passés à toute vitesse, en attendant la reprise.

Shonda Rhimes, la Midas des Networks ? Si son tableau de chasse n’est pas irréprochable, il faut reconnaître que la puissante femme possède un réel talent et du flair. Si elle ne fait que produire How to Get Away with Murder (HTGAWM), la série possède son empreinte et sa silhouette se dessine au-dessus des épaules du fidèle Pete Nowalk. Existe-t-il une méthode Shonda Rhimes, applicable, déclinable à l’infinie ? Oui et non. L’arme, pas si secrète, de la productrice, c’est le soap. Sa méthode, le travestissement. Toutes les séries de la dame entretiennent l’idée du camouflage. Et HTGAWM est peut-être celle qui pousse l’idée le plus loin.

Grey’s Anatomy (et Private Practice), derrière l’apparence d’une série médicale, n’était que pur soap. Ainsi, elles s’échappaient avec facilité des griffes d’Urgences (comparaison évidente mais facile) pour entretenir une existence propre. Scandal, sous ses airs de drama politique est également un soap. Ne pas imaginer une seconde que la série dévoile les profondeurs de la vie politique américaine comme The West Wing a pu le faire. Rhimes tord le cou à l’analogie, l’observe de loin avec méfiance, toute mauvaise amie qu’elle peut être. Et HTGAWM ne se dresse pas au-devant des grandes séries procédurales, de The Practice à Boston Legal en passant par Murder One et Ally McBeal, elle esquive les parrainages trop encombrants et cherche le salut du côté du soap.

wtgawm-en-attendant-01Se dessine un schéma dans la méthode Rhimes : le détournement volontaire.

Une façon de jouer un double, voire triple, jeu grâce à de bonnes vieilles ficelles qui, entre les mains de Shonda Rhimes, parviennent toujours à fonctionner et cueillir le spectateur là où ils ne s’y attendaient pas.

HTGAWM est donc une série du travestissement, des faux-semblants, des volte-face (de personnages ou de narration). Du procédural passé à la moulinette du soap made in Shondaland. Contrairement à ses précédentes séries où le mélodrame puisait dans une certaine idée du romantisme, HTGAWM plonge dans une dimension cynique. Prenez les (nombreux) couples que la première saison dévoile (et on remarque la passion de Rhimes pour la géométrie variable des êtres), la sincérité est une émotion refusée, abolie, interdite. L’art de se travestir ne concerne pas uniquement le genre mais également les personnages et leurs sentiments.

La série de Nowalk et Rhimes est un tribunal dans lequel on juge du pouvoir amoureux dans une lutte où les coups bas et les subterfuges ne sont pas seulement tolérés mais encouragés. C’est un jeu où la manipulation est reine. Le spectateur est ainsi bercé entre les (fausses) révélations et les (vrais) mensonges dans un mouvement perpétuel. L’immobilité conduirait la série à la mort. Et d’y trouver la plus grande limite de cette immense mascarade : How to Get Away with Murder semble condamnée à l’auto-combustion.

Un nombre de personnages limité, un tissu narratif motivé par un mystère (à résoudre, à renouveler) sont les signes distinctifs de la sentence. Quand Grey’s Anatomy se cache derrière un hôpital (source de malades, valse du casting), HTGAWM n’a qu’une poignée de visages (qu’elle semble vouloir décimer) et une organisation professionnelle (un cabinet d’avocat) dont le flux (les clients) ne posera pas de problème mais qui risque de s’étouffer avec le temps… surtout quand cette partie procédurale ne concentre pas le point de vue des auteurs.

© ABC/Mitchell Haaseth

© ABC/Mitchell Haaseth

Seulement avec sa saison de quinze épisodes, Nowalk et Rhimes ont su palier une partie des problèmes potentiels. Une histoire de compensation face à l’hystérisation du récit, de même que raccrocher les wagons temporels (la série débutait sur un flash-forward) un peu après la moitié de la saison. Compresser le temps semble le principal moyen des auteurs pour supporter leur tachycardie narrative. Et aux spectateurs, d’être capable de digérer ce rouleau compresseur (essayez de résumer la saison à une tierce personne. Bon courage).

La première saison a quelque chose d’Attila. Derrière elle, plus rien ne semble pousser tant elle possède une capacité dévastatrice. HTGAWM semble avoir acculé le soap made in Shondaland dans ses retranchements (on ne voit que Empire pour marcher dans ses pas), laissant un spectateur exsangue, lessivé et euphorique. Seulement derrière ce geste radical, il y a l’idée d’une série à usage unique où l’on peut se poser la question : reverra-t-on How to Get Away With Murder une fois terminée ? La réponse restera en suspens, mais nous serons présents pour la reprise de la série, sans aucun doute, en espérant que Nowalk ne lève pas le pied.

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