En attendant : The Americans (FX)

En attendant : The Americans (FX)

Je vous parle d’un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître mais, entre l’élection de Ronald Reagan aux Etats-Unis (1981) et l’arrivée à la tête du pouvoir soviétique de Mikhail Gorbatchev (1985), la guerre froide entre l’Est et l’Ouest connut une période de réchauffement particulièrement stressante. Avant que Gorbatchev ne détende les relations entre les deux blocs grâce à ses Glasnost et Perestroïka, les Etats-Unis et l’URSS vécurent plusieurs motifs de crispation mutuelle relançant alors la crainte générale d’une 3e guerre mondiale. Entre la crise des euro-missiles, le conflit en Afghanistan ou encore le projet IDS de Reagan, les tensions se multiplièrent avec plus ou moins de gravité sans jamais, fort heureusement, atteindre le point de non-retour (équilibre de la terreur, toussa…).

 

Désignée comme l’ “Empire du Mal” par Reagan au début de son premier mandat, l’URSS faisait trembler dans les chaumières occidentales et entama un dernier baroud d’honneur en épouvantail de service dans plusieurs films et téléfilms américains bien paranos (Le Jour d’après, La Troisième guerre mondiale, L’Aube Rouge et j’en passe…). Un contexte politico-culturel qui a profondément marqué plus d’un geek en culotte courte de l’époque et alors qu’aujourd’hui, la nostalgie fascinée pour les eighties bat toujours son plein à Hollywood, on est impatient de voir ce que The Americans saura (ou pas) nous dire sur cette époque où la Guerre Froide alimenta encore bien des fantasmes plus ou moins paranoïaques des deux côtés du Rideau de fer.

Au générique de ce nouveau drama FX salué par d’excellentes critiques, on retrouve un tandem d’acteurs plutôt alléchant : Matthew Rhys (ex-Kevin Walker de Brothers and sisters) et l’uber fan-favorite Keri Russel (Felicity…). Leurs rôles ? Phillip et Elizabeth Jennings, couple marié avec deux enfants, paisibles agents de voyages de la banlieue Washington DC… et cellules dormantes du KGB. Nous sommes en 1981, Reagan vient d’accéder à la présidence des Etats-Unis et, dans l’épisode pilote, les époux Jennings tentent de kidnapper un ex-agent du KGB passé à l’Ouest (!). L’échec de l’opération, malgré des soutiens sur place, fait naître des doutes dans l’esprit de Phillip sur la suite de son engagement. Lesquels sont loin d’être partagés par Elizabeth, tandis que les relations USA/URSS se tendent encore davantage lorsque Reagan apprend le kidnapping raté. Le FBI est alors investi des pleins pouvoir pour traquer les taupes à la solde du KGB sur le sol américain.

Cellule dormante, menace terroriste, trahison, services secrets… Inévitablement les comparaisons avec Homeland fleurissent depuis quelques jours dans la presse US. Mais selon le Hollywood Reporter, qui a beaucoup apprécié The Americans, la série réussit là où la saison 2 de Homeland s’est vautrée : aborder la dimension humaine et familiale de sa trame sans que celà ne se fasse au détriment du thriller d’espionnage, jamais perdu de vue et jugé palpitant. Zap2it parle de son côté d’une séquence d’ouverture particulièrement impressionnante pour le pilote. Je salive un peu, en fait.

Co-créateur, scénariste et producteur exécutif, Joe Weisberg fut lui-même un ancien cadre de la CIA vers la fin des années 80 : on peut donc attendre de The Americans un certain degré d’authenticité, aussi bien technique que dramatique dans sa description du quotidien schizo d’agents rouges infiltrés. “Hey mec, mais ce type là, Weisberg, il a aussi sa signature sur trois épisodes de la méga pourrie Falling Skies !” pourras-tu objecter, aminche lecteur méfiant. Ce à quoi je te répondrai : “Qui n’a jamais pêché me jette la première pierre !” (ou un truc dans le genre). Et surtout, on retrouve aussi au générique de The Americans le génial Graham Yost à la production exécutive, à la plus grande joie de notre grand Yost-fanboy Dominique Montay.

On peut donc espérer une fiction adulte à la dramaturgie efficace et exigeante, à laquelle j’ajouterai l’inévitable excitation de découvrir le traitement artistique du début des eighties. Fringe nous a récemment régalé en cernant parfaitement les codes graphiques du milieu des années 80 dans ses flashbacks du passé de Walter, on ne demande qu’à se reprendre encore une belle bouffée de nostalgie avec The Americans. Le diffuseur, FX, devrait par ailleurs (a priori) nous épargner une série tout public tièdasse. Enfin, notons aussi au casting la présence de la tronche familièrement vérolée de Noah Emmerich (The Truman Show, The Walking Dead, Super 8…) dans le rôle de Stan, un voisin très spécial des Jennnings…

Le générique de The Americans, tout simplement étourdissant, nous vend du rêve avec ce superbe entrelacement graphique mêlant paranoïa et symboles historiques et politiques de deux modèles de société alors radicalement opposés. Allez, on aurait dit qu’on était pas déçu sur ce coup-là ? Réponse dans quarante-huit heures…

 

The Americans : à partir du 30 janvier sur FX.

Générique de The Americans :

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