Engrais et contre tous (Jeux d’influence / Arte)

Engrais et contre tous (Jeux d’influence / Arte)

Note de l'auteur

Jean-Xavier de Lestrade revient sur Arte avec un thriller observant les arcanes du lobby des pesticides. Outre d’être d’actualité, le choix du sujet se révèle parfaitement nécessaire. Le thriller en tant que tel n’est malheureusement pas aussi ambitieux.

Il y a quelques semaines, on apprenait que la firme Monsanto avait fiché des personnalités en fonction de leurs opinions sur les produits phytosanitaires. Une fuite d’un document en provenance d’un cabinet de lobbying et de relations publiques mis au jour notamment par Le Monde. C’est dire si Jeux d’influence tombe à point nommé dans un contexte où la  réflexion écologique se renforce.

C’est bien du côté de l’épouvantail Monsanto (voir le poster judicieux de la série) qu’il faut chercher l’origine de cette série. Inspirée de l’authentique combat judiciaire de l’agriculteur charentais Paul François (entamé en 2007 après avoir été intoxiqué avec l’herbicide Lasso), Jean-Xavier de Lestrade décrit comment un groupe agrochimique est en mesure d’entretenir divers moyens de pression. En partant d’un exemple similaire, il dresse un tableau transversal qui va de la malléabilité du pouvoir politique aux diverses strates de lobbyistes plus ou moins assaillis par leur conscience.

On observe alors avec une certaine fascination comment se font et se défont les personnalités de ces « faiseurs d’opinions ». Dès les premiers épisodes, l’un d’entre eux dira, avec un sourire complice, au sujet d’une femme politique qu’elle ne sait pas dire merci !
Jeux d’influence relève surtout avec cette évidence toute cruelle combien l’intérêt général est constamment bafoué pour ne pas nuire aux intérêts économiques. Et lorsque ce constat se trouve ici confronté à la friabilité des convictions politiques, cette proposition sérielle ne s’en trouve que grandie.

Un récit d’autant plus éloquent qu’il est déclamé par un panel d’actrices et d’acteurs tous brillants. Citons Alix Poisson, Marilou Aussilloux, Laurent Stocker, Pierre Perrier et Jean-François Sivadier dans des rôles résolument cinglants et empreints d’une force de caractère d’ensemble assez rare pour une production française.

Néanmoins, cette interprétation magistrale ne permet pas à la série de décoller. L’ensemble est d’une linéarité sans âme et la gravité du sujet semble avoir noyé toute velléité formelle. C’est comme si le pourtant expérimenté de Lestrade se laissait griser par le talent de son casting pour en oublier toute confection d’une quelconque tension. Est-ce que sa formation de documentariste aura pris le dessus sur celle du metteur en scène ? Toujours est-il que Jeux d’influence est étouffée et manque sérieusement d’engrais visuel.

Pour autant, et comme lorsqu’il s’agit de ses tentatives d’oeuvres d’anticipation, on ne saurait trop encourager Arte de poursuivre dans cette voie. Son caractère de série actuelle mise à part, Jeux d’influence développe un enjeux politique fondamental et c’est déjà une ambition bien suffisante.

Jeux d’influence, en 6 épisodes dès le 13 juin Arte et d’ores et déjà visible sur Arte.tv
Série créée par Jean-Xavier de Lestrade et Antoine Lacomblez.
Série écrite par Jean-Xavier de Lestrade, Antoine Lacomblez, Pierre Linhart et Sophie Hiet.

Photo © What’s up Films

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