Entretien avec Fanny Robert (Profilage)

Entretien avec Fanny Robert (Profilage)

Créatrice de Profilage qu’elle dirige avec sa collaboratrice Sophie Lebarbier, Fanny Robert nous a accordé un peu de son temps pour répondre à quelques questions. Parce qu’il y a une vraie animation créatrice à l’oeuvre dans Profilage, la parole de son auteur méritait toute notre attention. On perçoit au fil de la discussion une connaissance profonde du médium, une volonté de pousser progressivement les barrières qui cloisonnent trop souvent la fiction française. Profilage fait bouger les choses, pas à un niveau militant mais par l’envie de ses auteurs à (se) faire plaisir avant tout.

Daily Mars : La fin de la quatrième saison conclut l’arc narratif principal de l’héroïne, à quoi peut-on s’attendre pour cette nouvelle saison ?

Fanny Robert : On peut s’attendre à pas mal de surprises pour Chloé. On a décidé de prendre le contre pied, en terme de ton, sur ce qui s’est passé à la fin de la saison précédente. C’est à dire de reprendre un an plus tard, de façon elliptique, et de raconter par touche ce qu’elle avait vécu et comment elle s’en était sortie. Et de commencer une saison hyper happy avec une Chloé qui aurait, d’apparence, résolu tous ses problèmes. Elle a retrouvé sa mère, elle a pu adopter Lili et donc, tout a l’air d’aller bien dans le meilleur des mondes. La saison se construit de telle façon que petit à petit, on se rend compte que ce bonheur sera de courte durée et voir ce qui se cache derrière Chloé. Il y a des maux qu’elle n’a pas résolu, encore.

493308.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxQuand la série a débuté, le traumatisme de Chloé définissait, construisait le personnage. Il était nécessaire de créer et conclure ce fil rouge pour sa construction ?

Absolument. Pour nous, c’était un cercle qui se referme. En partie, seulement, puisqu’il y a encore un aspect très important de sa vie que l’on n’avait pas exploité jusqu’ici. Donc, la boucle n’est pas encore bouclée. Mais oui, le personnage de Chloé avait été construit dans le creuset de cette idéologie. L’absence de la mère, le père meurtrier, ça constitue son identité. Et ça paraissait fondamental de mettre un point, qui n’est pas un point final, mais qui est une conclusion partielle à ce moment là de la série. Cela fait quand même quatre saison qu’on est dessus et le but n’est pas d’étirer le fil rouge jusqu’à ce qu’on s’en lasse. Le but, c’est de donner des résolutions ponctuelles au fur et à mesure de la série. S’il s’agit de chercher Red John pendant quinze saisons, au bout d’un moment…

Peut-on s’attendre, dans la prochaine saison, à des épisodes plus “récréatifs” comme Réminiscence ?

Absolument. C’est ce qui nous amuse le plus, honnêtement. Continuer à faire des épisodes spéciaux, faire des expériences narratives, pousser des épisodes de genre le plus loin possible. Cette année, on s’est fait plaisir. On a un épisode avec Simon Astier qui est un hommage à The Office, entièrement vu à travers les yeux d’un caméra-man, journaliste qui vient filmer la DPJ (épisode 03). On a fait un double épisode qui s’appelle Tempête ; une première partie en hommage à Agatha Christie et une seconde en hommage à Thelma & Louise, entièrement en voiture, deux femmes l’une contre l’autre. On a fait un épisode en prison, un autre en hommage à Eyes Wide Shut. On continue dans cette direction.

485535.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxAvez-vous l’impression d’être précurseur, de lancer quelque chose avec ce type d’épisodes, parce qu’après cinq saisons, vous faites figure de vétérans ?

C’est vrai qu’au début, on nous regardait avec des yeux ronds. Quand on écrivait un épisode qui se passait à deux périodes différents, c’était “Vous êtes sûres ?” Mais en même temps, on n’a jamais eu de refus, d’hésitations de la part de la chaîne, qui nous a toujours suivi. Il faut l’oser parce qu’en face, il n’y a personne qui va vous dire non. Les gens sont leur propre censeur et il faut le proposer, tout simplement. Après, on a une série qui s’y prête particulièrement. C’est à dire qu’on a un mélange d’une série sérieuse, très dark et même temps très pop. On a toujours essayé de maintenir ce mélange, avec des épisodes beaucoup plus comédie, plus pop et d’autres plus sombres, très, très dark. Pour nous, Profilage, c’est tout ça. Donc, on ne s’empêche pas d’aller dans des trucs très sombre ou très comédie. Déjà, parce que l’on adore ça et ça nous fait rire, et on veut faire plaisir à notre public. Quand on fait un épisode comme Face Caméra avec Simon Astier, on se dit que ça va faire venir des gens, voir nos personnages sous un nouvel angle. Pour nous, ce sont des cadeaux pour les spectateurs.

468180.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxAvez-vous ressenti une pression particulière lors de l’écriture de cette saison ?

Pas tant parce qu’on est à la cinquième saison, parce que Profilage, quand elle a commencé, c’était une série confidentielle. C’était vraiment un OVNI sur TF1, très pointu, une héroïne à part, un casting dont personne ne voulait. C’était vraiment un énorme pari. TF1 nous a suivi, parce que c’était une période de grande ouverture à ce moment-là. Ils ont aimé le concept, ils ont aimé l’écriture. Ils nous ont dit : “allez-y”. Notre chance a été de faire des bonnes audiences, au début mais pas non plus plus des audiences monstrueuses. Ce qui nous a permis de creuser notre sillon, dans notre coin. Et la saison 03 a très très bien fonctionné. Et en saison 04, les audiences sont absolument hallucinantes. C’est sûr qu’aborder la saison 05, quand on a fini à 8 millions la saison d’avant, c’est forcément un peu stressant.

La saison 05 est construite comme les autres, avec une montée dramatique. C’est à dire que l’idée, c’est de commencer avec quelque chose de fun et léger, puis d’emmener les gens au fur et à mesure vers des abysses. La pression monte progressivement vers une explosion finale de la même façon que sont construites les précédentes saisons.

Vous avez réussi à maintenir un rythme conséquent en offrant aux spectateurs une saison par an.

Cela fait partie de notre succès. On y arrive mais c’est très très violent comme rythme pour honorer ce rendez-vous. Et ça demande un investissement, et en terme de temps, et en terme d’organisation, de production, de tournage, qui est monstrueux. Mais on s’y tient.

Vous vous projetez sur la durée finale de la série ?

C’est une très bonne question. Franchement, non. A l’heure actuelle, j’ai envie de dire qu’elle s’arrêtera quand on n’aura plus envie de l’écrire. Ça me paraît être une bonne fin. Mais pour l’instant, on n’a pas encore exploité tout ce que l’on a envie d’exploiter. Un de nos rêves avec Sophie quand on a commencé à écrire Profilage, c’était d’écrire quelque chose qui s’inscrit dans la longueur, pour inscrire Profilage dans un imaginaire collectif. Et pour ça, il faut durer. Et toutes les grandes séries qu’on adore ont au moins cinq saisons au compteur, on a déjà passé le cap.

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