Eos : pionnier d’un bonheur perdu

Eos : pionnier d’un bonheur perdu

Note de l'auteur

G. D. Arthur est un nouvel auteur publié aux éditions Mnémos et il débarque avec Eos, l’histoire d’une tentative de vie nouvelle dans un monde cruel.

C1-Éos-682x1024L’histoire : Eos a perdu toute sa famille avant d’être adopté par son oncle. Accompagné par quelques pionniers, ils décident de tout quitter pour tenter leur chance loin des hommes et des guerres, dans un coin paradisiaque qu’ils nomment le Val-de-Lune. Eos est amoureux de Liara, que lui dispute son cousin. Mais un jour, tout l’équilibre est rompu. Les voilà attaqués par des monstres, et tout bascule pour Eos.

Mon avis : Le charme, et aussi la difficulté de cet ouvrage, est avant tout le choix de la langue et la multiplicité des pièces sur l’échiquier. Rédigeant des phrases courtes, inventant mots d’amour et de famille percutants, G.D. Arthur peut nous perdre, mais s’accrocher vaut le coup. Car nous voilà bientôt bercés, tentant de comprendre les jeux de pouvoir qui se trament dans le dos des villageois-sociétaires.

Mais c’est surtout dans la quantité de personnages secondaires que voilà le lecteur perdu. Arrivant d’un coup, sans explication, souvent par le biais d’un dialogue, on saute d’un moment à l’autre, d’un village au suivant, et on se retrouve aussi perdus qu’Eos, qui doit faire face non seulement à la violence des hommes et des bêtes, mais aussi à la politique et la religion qui régit son pays. Son passage à l’âge d’homme ne se fera pas dans la douceur. Si le récit pourrait paraître un peu déjà-vu, ce livre nous touche par son écriture et la vie au village où, pour le coup, ses personnages, des sociétaires bourrus et touchants, sont suffisamment nombreux pour avoir un aperçu de la vie au Val-de-Lune, suffisamment peu pour tous les connaître, ainsi que leurs défauts et leurs qualités. Mais il faudra sans doute une deuxième lecture pour mieux en comprendre les tenants et aboutissants.

Excellent roman qui tente des choses, qu’il s’agisse de figures de style ou des personnages et leurs relations, G. D. Arthur nous entraîne à la suite de son héros, dont les aventures se poursuivront dans un prochain volume prévu à la fin de l’année.

G. D. Arthur

G. D. Arthur

Si vous aimez : Cygne de Patricia McKillip. Les chants de bardes au coin du feu.

Autour du livre : G.D. Arthur est biologiste de formation et il s’agit de son premier roman. Ça peut un peu se sentir, notamment avec l’arrêt des figures de style qui font son charme dans le dernier tiers du livre, consacré plus à l’action. L’auteur sera présent aux Imaginales d’Épinal.

Extrait : « Guidées par sa voix, deux ombres l’approchent. Des bras l’entourent. Le serrent sur leurs poitrines. L’aspirent contre leurs chairs. Partagent leur douce chaleur. Il se laisse faire. Il coule son front dans le cou de l’un puis de l’autre. Statues palpitantes, dressées dans la clarté tenue des étoiles. Fragile construction d’émotions partagées, susurrées.
Cela dure un temps distendu, suspendu, infini. Et cependant limité. Limité par la finitude de ce qu’une âme tremblante est capable d’absorber, limité par l’insidieuse érosion de l’émotion inhérente à la condition humaine, mal équipée pour affronter l’absolu. Les bras ne serrent plus, ils caressent. Ils caressent pour reculer l’instant où la fusion va s’estomper. Ils brassent encore, un peu plus gauchement, un peu plus avidement pour repousser l’inévitable seconde où l’osmose va cesser d’opérer. Et c’est là dernière étreinte, emplie de la détermination de ne pas en finir, plus forte, plus totale, celle qui noie, celle qui ne veut pas, celle qui dit que ça continue, que ça continuera, que… »

Sortie : avril 2016, éditions Mnémos, 314 pages, 20 euros.

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