Eric de Barahir, profession : flic… et scénariste

Eric de Barahir, profession : flic… et scénariste

Engrenages, lancée en décembre 2005 sur Canal +, est sans conteste la meilleure série policière hexagonale du moment. Sa saison 4 est en cours de tournage.

Co-scénariste d’Engrenages depuis la saison 2, mais aussi des Beaux Mecs pour France 2, Eric de Barahir est un authentique fonctionnaire de police en service depuis 20 ans. Oui, mais encore ? Cuisinons un peu notre poulet discret…

Bardé d’un pseudonyme chevaleresque, cet homme de l’ombre est le garant de la crédibilité scénaristique de la seule série française diffusée actuellement sur la BBC : Engrenages, dont il co-signe les scripts depuis la saison 2 (avec Virginie Brac puis, depuis la saison 3, Anne Landois). Cuisiné sur ses états de service et sa double vie, il a fini par passer à table : ci-joint le procès verbal de l’audition de cet auteur novice, rouage capital dans la réussite d’Engrenages. (PRECISION : cet article fut réalisé à l’origine pour Télé 2 Semaines mais jamais publié pour des raisons éditoriales un poil obscures. Il dormait depuis plus d’un an dans les archives de votre serviteur, qui en est l’entier propriétaire et vient de décider, en le relisant ce week end, que ce portrait ne méritait pas un sort aussi triste, d’autant que ses infos sont toujours d’actualité. Et qu’en plus, Eric de Barahir est un gars hautement respectable dont je ne me suis jamais vraiment pardonné de lui avoir fait perdre deux heures de sa vie pour un entretien jamais publié. Donc voilà : cadeau !)

IDENTITÉ
Eric de Barahir, 46 ans, né à Paris, marié, deux enfants. Commissaire depuis 20 ans. Muté depuis 2008 à un poste administratif pour être dégagé des contraintes du terrain. A délibérément choisi un pseudonyme (rien dans le règlement interne de la police ne le lui imposait) pour signer les scripts d’Engrenages. Son patronyme est inspiré de celui d’un personnage que ce passionné d’Heroic Fantasy incarnait, adolescent, au cours de ses nombreuses parties du jeu de rôle Donjons et dragons : Guélémir de Barahir. Un prêtre de niveau 10.

FAITS
Aucun parent connu dans la police. A 15 ans, il ressent les prémices de sa vocation devant Starsky et Hutch, dont il apprécie « l’ambiance fun ». Après un bac C et des études de droit, un stage dans le cabinet d’un juge d’instruction lui transmet le virus pour de bon : « En lisant les procédures, j’ai réalisé que je voulais être à la place des flics de terrain, ceux qui sont vraiment au contact des délinquants. En 20 ans, Barahir se frotte successivement aux voyous dans deux services de PJ (Paris puis Hauts-de-Seine), au grand banditisme, aux meurtiers de tous poils au sein d’un groupe criminel du SRPJ de Lille avant de tâter de la sécurité publique en Seine St-Denis dep. En 2007, un ami lui présente Thierry Depambour, producteur artistique d’Engrenages en recherche de nouveaux scénaristes pour la saison 2. Le courant passe : sans aucune expérience, il est engagé pour rédiger l’arche policière principale d’Engrenages. Sur la série, il relit systématiquement tous les dialogues et intervient également comme conseiller technique sur le tournage.

LA MORT EN FACE
Son premier cadavre : un parisien de 19 ans, découvert mort dans son studio : « il était tombé à la renverses sur son lit, la tête légèrement en arrière. Avec l’afflux de sang, sa tete avait littéralement doublé de volume, une vraie citrouille, terrifiant. Cette vision m’a longtemps poursuivi » L’autopsie diagnostiquera une « simple » rupture d’anévrisme. Autre affaire douloureuse, à Lille : « Un ado avait abattu son ex-copine d’un coup de fusil en plein cœur. J’ai annoncé la nouvelle au père de la victime. C’est le plus dur. On fait face à cette douleur incommensurable des gens, qui nous demandent toujours si la victime a souffert. On ment la plupart du temps ». Une scène poignante du premier épisode de la saison 3 puise directement dans ce souvenir personnel. Pour autant, Eric De Barahir assure ne pas avoir été trop abimé par son travail. « Dans la série, je me sens plus proche d’un Fromantin que d’un Gilou. On peut être flic, équilibré et pas alcoolo, c’est possible ! »

IL N’AIME PAS
Eric de Barahir exècre les fictions policières non réalistes. Citant RIS, il résume : « Les histoires, les scènes de crime, les méchants, les rapports entre les policiers, les locaux… : rien n’est crédible, c’est consternant. Dans La Loi selon Bartoli, quand on voit ce juge perché dans un arbre pour mieux observer une scène de crime, juste histoire de faire original, c’est grotesque ».

Oui, décidément, Eric de Barahir est un mec bien. Croisons les doigts pour que la saison 4 d’Engrenages, dont le tournage se poursuivra en région parisienne jusqu’en avril 2012, soit à la hauteur des attentes.

 

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