Et Si… (The Walking Dead 7×01)

Et Si… (The Walking Dead 7×01)

L’épisode inaugural de la septième saison de The Walking Dead aura fait couler beaucoup d’encre. Trop violent, insoutenable, paresseux, intense, The Day Will Come You Won’t Be n’a laissé personne indifférent. Nous ne reviendrons pas, ici, sur la valeur de l’épisode mais sur un effet de montage qui introduit une toute autre perception, jusqu’à poser une question qui débuterait par « Et si… »

475179-jpg-r_640_600-b_1_d6d6d6-f_jpg-q_x-xxyxxSoulevons immédiatement tout malentendu : l’auteur de ses lignes a arrêté de regarder la série au cours de la troisième saison. Pourquoi intervenir alors que tout a sûrement été écrit, commenté, critiqué (chez nous, par Marine Pérot), analysé, décortiqué, par des personnes assidues qui ont promené leur regard durant six longues saisons ? Oui, pourquoi se donner la peine de regarder un épisode, forcément incomplet puisque souffrant d’une ellipse de trois saison et demie ?

Par synchronisme. Ce moment, éphémère, où l’on est poussé, par curiosité, à vivre un moment, un événement, à participer à un effort global. Le retour de The Walking Dead fut assourdissant. Une déflagration qui s’est étalée sur les réseaux sociaux comme une traînée de poudre avant de s’embraser. On a pu sentir la pression monter, le décompte des heures avant la diffusion, la nervosité des spectateurs avides de savoir qui était mort (il faudrait peut-être revenir sur la dimension malsaine et voyeuriste de ce type de cliffhanger) et enfin la libération, l’euphorie, vite retombée devant la violence graphique et psychologique de l’épisode.

C’est donc détaché émotionnellement que l’on aborde ce bout de The Walking Dead qui fait tant parler. Il y a la violence brutale, les morts horribles, la torture psychologique, l’avènement d’un psychopathe, la déchéance d’un leader, le vide, la tristesse, l’apathie et la torpeur.

Et le montage.

Un montage qui capitalise sur l’étirement afin de préserver le suspens, qui fera baisser la garde du spectateur pour mieux le cueillir (avec plus ou moins d’efficacité). Mais un montage qui laisse une fenêtre ouverte sur une toute autre perception.

376233-jpg-r_640_600-b_1_d6d6d6-f_jpg-q_x-xxyxxLa construction de l’épisode repose sur une succession de flash-back, entrecoupée d’un long face à face entre Negan et Rick. Dans ce ballet très mécanique de va-et-vient, il y a une image récurrente : un gros plan sur les yeux de l’ex-shérif. Cette image agit comme une ancre. C’est la constante. L’élément qui nous ramène à la réalité quand se rejoue le souvenir traumatisant. Sa présence redondante et subliminale introduit un élément quasi hypnotique, comme une façon de nous rappeler que ce que nous voyons est une projection mentale. Associée au discours très théorique du tortionnaire despotique « Pense à ce qu’il vient de se passer, pense à ce qu’il pourrait encore arriver », la nature de l’image devient incertaine.

Nous ne voyons pas la scène à travers le regard de Rick. Nous la voyons au-delà de ses yeux. Le plan insiste, se fige sur le haut de son visage. On pénètre dans la scène par ses deux fenêtres sur l’âme ou semble se (re)jouer l’événement brutal qui a conduit à cet état second. La détresse psychologique dans laquelle est plongée le personnage nous permet de questionner la véracité des images projetées par son inconscient. Le traumatisme additionné aux sévices verbaux de Negan, le montage où l’on revient sans cesse à un plan initial, la construction a posteriori, autant d’artifices qui nourrissent le caractère onirique de l’épisode.

Et si Glenn et Abraham n’étaient morts que dans l’esprit malade de Rick ?

Imaginons que le plan d’ouverture du season finale est à nouveau le regard de Rick, sur le toit du camping-car. Et toute la saison de se transformer en remake de la célèbre neuvième saison de Dallas. Ou que cette même image intervient à intervalles régulières, explorant d’autres morts, d’autres hypothèses comme autant de dimensions parallèles. Pris dans une boucle temporelle, condamnée à revivre, encore et encore, la même séquence, la série explose son concept et fait de sa survie un enjeu de sa propre répétition.

Inconsciemment ou non, les auteurs ont introduit un facteur d’annulation dans leur épisode. Comme une soupape de sécurité, un point de restauration. Comme s’ils anticipaient une catastrophe ou n’assumaient pas totalement leur choix. Il sera amusant d’observer, de loin, le déroulement de la saison, entre développement, réception critique, publique et ajustements.

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