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Etrange Festival : Electric Boogaloo : The Wild, Untold Story of Cannon Films

Etrange Festival : Electric Boogaloo : The Wild, Untold Story of Cannon Films

Note de l'auteur

electric boogalooL’Australien Mark Hartley finit une trilogie de documentaires sur les films d’exploitation avec une des compagnies qui est devenue synonyme d’une certaine idée de la série B : la Cannon Films. Un territoire autrement plus miné que l’Ozploitation (Not Quite Hollywood) ou encore les « trésors » de l’industrie philippine (Maiden Machetes Unleashed) : à tel point qu’un docu « autorisé » sur la Cannon a été mis en chantier par les deux sujets du film, Menahem Golan et Yoram Globus, The Go-Go Boys (projeté également dans le cadre de l’Etrange Festival, et qui sortira le mois prochain en France). Un terrain également plus mémorable pour les amateurs de films de genre, puisque la myriade de films de la Cannon, si elle a enregistré échec après contreperformance au box-office américain, a trouvé une seconde vie dans tous les vidéoclubs des Etats-Unis et d’Europe. Pas étonnant que certaines des affiches de Electric Boogaloo reprennent un design de VHS.

Sur près d’1h50 remplies comme un oeuf, Hartley attaque d’emblée avec le rêve de deux cousins israëliens, qui avaient des rêves de cinéma et les réalisaient à la chaîne. Une introduction sur la sincérité de leurs rêves de cinéma qui sera reprise et rappelée à de nombreuses reprises par la foule d’intervenants du docu. Un principe qui a tendance à faire basculer Electric Boogaloo vers l’hagiographie, en assénant leur cinéphilie développée dans les cinémas de Tel-Aviv, et l’énergie passionnelle qui avivait Menahem Golan, le « movie-maker » du tandem. Mais Electric Boogaloo est aussi une déconstruction redoutablement efficace du système de la Cannon Films, qui reposait sur pas mal de roublardise, des scripts écrits à la chaîne et une « grande gueule » qui avait le chic pour produire des ersatz de films plus réussis et/ou à succès. Voire une collision de genres avec ce que beaucoup d’intervenants décrivent comme « leur propre idée du mauvais goût ».

booglaoo (1)Electric Boogaloo, c’est donc une histoire aussi dense que possible, au rythme absolument effréné, où les voix se complètent, se rajoutent les unes aux autres, et où le cheap et choc qui caractérise, tant bien que mal, la stylistique Cannon, se mesure aux projets plus ambitieux et fous (Lifeforce en est un exemple probant, avec un budget effets visuels conséquent qui n’aurait pu être tourné à aucun autre studio). Aussi fous d’Hollywood soient-ils, Golan et Globus ont produit leurs films à l’extérieur du système, et ont produit quelquefois des films à contrepied des valeurs puritaines américaines, comme The Last American Virgin. Sorti en pleine vague des Porky’s et autres John Hughes-eries, celle-ci était un remake d’un de leurs propres succès en Israël… au point d’en être un remake fidèle qui a décontenancé le public par sa franchise : MST, avortement, etc.

Electric Boogaloo GGsBeaucoup d’anciens associés de la Cannon s’expriment sur les (nombreux) travers du tandem : la société était Byzance pour les fausses bonnes idées, reprenant pour peu la franchise Death Wish pour des suites au rabais ; les anciennes gloires d’Hollywood viennent tourner à peu de frais, comme Lee Marvin. Mais, aussi détestée et méprisée que fut la Cannon en son temps, certains acteurs leurs doivent une carrière : Chuck Norris ou encore Jean-Claude Van Damme. Michael Dudikoff (American Warrior) a encore la voix teintée de regrets en s’exprimant sur ses perspectives de carrière après être rentré dans le sérail. Lors de leur virage vers des films d’auteur (mû par une logique économique de se refaire une santé pour apaiser des financeurs de plus en plus las des échecs à répétition), ils embaucheront Jean-Luc Godard pour un Roi Lear houleux, ou encore Franco Zeffirelli pour Otello, ce dernier considérant cet opéra-film comme son meilleur et étant reconnaissant à Golan/Globus pour leur travail. Une exception plus que la règle.

Entre admiration amusée et brûlot critique de deux magouilleurs aux méthodes peu reluisantes (une anecdote de Bo Derek sur des photos volées l’illustre assez bien), Mark Hartley refuse de choisir. Contre toute attente, Electric Boogaloo en ressort grandi, s’imposant comme un documentaire aussi divertissant que bourré d’infos sur la compagnie, mais aussi sur ceux qui l’ont fait. En ce sens, la non-coopération des deux pontes de la Cannon s’avère être une vraie opportunité pour renforcer la causticité du documentaire tout en contextualisant les points forts de leur modèle. En d’autres termes, si l’existence de la Cannon est un concept bizarre, indissociable des folles 80’s de Hollywood, son influence sur le cinéma de genre et la popularisation de sous-genres (Breakin’ pour le breakdance et la culture hip-hop de Los Angeles, la ninjaxploitation…) est indiscutable, pour le meilleur comme pour le pire.

 

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