Evil Dead 2013: Requiem pour un (vieux) con

Evil Dead 2013: Requiem pour un (vieux) con

Note de l'auteur

Passer derrière le chef d’œuvre culte de Sam Raimi n’est pas chose aisée. Fede Alvarez, adoubé par le maître, rend une copie propre mais sans génie. Un film gore, sympatoche tout au plus.


Difficile de combler les fans de la première heure du film d’horreur le plus audacieux des années 80. La Michigan Mafia avait en son temps déployé des trésors d’inventivité et de pugnacité pour accoucher de ce qui allait être une œuvre culte du film de genre. Avec un budget dérisoire de 350 000 $, des acteurs amateurs non rémunérés, une caméra de location, ils ont su relever le défi de créer un film gore et anxiogène qui, même si le temps l’a rendu désuet de prime abord, n’a rien perdu de sa force et son humour.

Autant dire que ça n’allait pas être la fête du slip pour l’urugayen Fede Alvarez, inconnu du public et choisi pour réitérer l’exploit de Sam Raimi . Et d’abord t’es qui Fede Alvarez ? Le nom à consonance ibérique est un bon point dans le film de genre ces dernières années… En revanche, l’Uruguay, ce n’est pas l’Espagne (ou alors il faut bien plier la carte) et le Mexique du grand Guillermo n’est pas à côté non plus… Alors regardons le CV de Fede : quelques courts métrages dont le sympathique Panic Attack ! (voir ci-dessous) et…c’est tout. Difficile d’être rassuré, même si rappelez vous, Sam Raimi n’avait aucun long métrage à son actif avant Evil Dead.

Le scepticisme, nourri par les nombreux remakes crasseux servis ces dernières années, cède après la vision de la première bande annonce, impressionnante. Fede enfonce le clou en nous affirmant l’absence totale d’effets numériques et des trucages à l’ancienne. Autant vous le dire tout de suite, mon gaulomètre commençait à furieusement s’affoler.

Vas y Fede, fais moi rêver

Hélas le miracle attendu n’a pas opéré. Alvarez réalise un film gore propre. Du sang, des membres coupés, rien à redire, c’est du beau boulot comme dirait le docteur Lecter mais il manque l’essentiel : la tension, l’anxiété, le sentiment d’oppression.
Le scénario initial n’était pas d’une originalité folle : 5 amis vont dans une cabane dans les bois, réveille une entité maléfique et le massacre commence. Dans ce remake, 5 amis vont dans une cabane dans les bois pour une « désintox maison » de l’une d’entre eux, ils réveillent une entité maléfique et le massacre commence. Notons la modernité de l’adaptation (oui, c’est ironique).

Cette « modernisation » n’amène rien au film. Ils ont voulu lui faire une rehab, elle a dit non,non,non…et le public ne croit pas un seul instant que les manifestations maléfiques ne puissent être que l’expression de l’effet de manque (ou alors, il n’a jamais vu la bande annonce, ou le film original, ou lu le synopsis, ou parlé avec des potes du film…). Passé un prologue inutile pour la suite du film, puis la mise en place du cadre (cabane/isolement/désintox’), la boucherie commence et, il faut l’avouer, Fede mérite sa place en finale du « Top Chef Gore » :

Le menu est gourmand, ça me parle, y a un joli visuel mais, à m’ment donné, ça manque un poil de peps (à dire avé l’assent)

Pas de surprise : les candidats à la survie sont éliminés un par un et comme dit Christophe « hein, hein, hein » Lambert, il ne doit en rester qu’un. Classique mais pas efficace, ça manque sévèrement de tension nerveuse. Vous bondirez quelques fois sur votre fauteuil quand le sound mixer s’est endormi sur sa console et pousse accidentellement le volume à fond mais à part ça l’ennui guette. Il faut dire que le quintet d’interprètes jouant comme un plateau de fruits de mer n’aide pas à se plonger dans un climat d’horreur anxiogène. La palme d’or de la palourde étant décernée à Shiloh Fernandez, dont le seul prénom suffit à décrire son jeu. Pour éviter le mauvais goût, je vous évite l’analogie conchylicole pour ces demoiselles. Bruce Campbell ne pourra pas se reconvertir en directeur de casting, c’est lui qui est à l’origine de ces choix.

A ce stade de la lecture de cette magnifique critique, tu te demandes sûrement pourquoi je lui colle 3 planètes sur cinq ? Tout simplement parce que Fede Alvarez a, malgré tout, rendu une copie propre. La réalisation, sans égaler celle de Sam Raimi, est correcte et la photographie de toute beauté, « à l’Espagnole », si j’ose dire. Un bon film gore au cinéma, c’est tellement rare et celui ci ne démérite pas. Les plus jeunes y trouveront certainement leur compte, le problème pour votre serviteur est d’avoir été marqué à vie par la vision de sa VHS pirate en 1986…

Message pour les fans: attendez la fin du générique !

Partager