Connexion interrompue (critique de Falco, saison 03)

Connexion interrompue (critique de Falco, saison 03)

Note de l'auteur
© GUILLAUME BOUNAUD / BEAUBOURG AUDIOVISUEL / TF1

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Par sa diffusion étalée sur plusieurs années, la série entretient un rapport particulier avec le spectateur qui ressemblerait à l’idée que l’on peut se faire d’une relation entre deux personnes. Le temps de la découverte, l’apprivoisement des premiers épisodes comme des premiers rendez-vous, puis l’installation et la confirmation (seconde saison). Avec la troisième saison se pose la question de raviver une flamme un peu vacillante, d’entretenir l’enthousiasme sans rompre le naturel tout en évitant la routine. La troisième saison devient une passerelle entre la satisfaction un peu nostalgique du temps passé et l’émerveillement d’un futur inédit. Et lorsque ce pont est rompu, d’être face à quelque chose qui ne fonctionne plus. C’est le drame des relations. Où l’on ne sait plus très bien ce qui a changé mais force est d’admettre que la magie n’opère plus. Cette troisième saison de Falco répond à ce constat douloureux. Où fondamentalement rien a changé et pourtant tout n’est plus comme avant.

© GUILLAUME BOUNAUD / BEAUBOURG AUDIOVISUEL / TF1

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Il faut peut-être chercher du côté d’un empressement au retour à un état initial. Précédé d’une fin de saison explosive, les deux premiers épisodes entretiennent l’idée d’une dynamique brisée : Falco en exil dans le Jura, Chevalier dépressif après l’amputation d’une jambe. Après 22 ans passé dans le coma, ce rejet du monde prenait sens. D’un homme arraché à son temps dont l’adaptation devient trop douloureuse. Un abandon comme jeter l’éponge, devant un combat perdu d’avance. Si cette nouvelle situation ne pouvait pas s’éterniser, sa résolution sans séquelle donne l’impression d’un balayage comme on cache la poussière sous un tapis. Trop encombrant dans une architecture qui ne souhaite pas être remise en cause, l’ellipse opérée entre les deux saisons reste un non-dit quand le vide aurait pu servir de comburant à une saison en peine d’objectifs claires.

Cette troisième livraison, peut-être plus que les autres, montre la toxicité de Alexandre Falco. La série a déjà exploité les conséquences de son retour sur une cellule familiale recomposée. Ici, c’est tout le microcosme autour de lui qui semble touché. Comme un patient zéro, il contamine un entourage personnel comme professionnel, alors qu’il est animé d’intentions nobles. La trajectoire ainsi exploitée trouve une belle résonance avec le caractère ermite du début et sa conduite, si elle souffre d’une direction chaotique, parvient, par moment, à bonne destination. Mais le mouvement oscillatoire où se succèdent réussites et échecs amoindrit la dimension programmatique de l’ensemble. Par le passé, les auteurs ont montré que les enquêtes hebdomadaires pouvaient servir le propos à un niveau symbolique, parfaite digestion de que House a pu réaliser durant son existence. C’est principalement ce qui manque ici. Une liaison pure et franche entre la dimension (auto)destructrice (ou kamikaze) de Falco et des intrigues trop timides et ordinaires.

© GUILLAUME BOUNAUD / BEAUBOURG AUDIOVISUEL / TF1

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La cinquième saison de Profilage exploitait l’idée de terre brûlée, d’une déconstruction théorique de son univers par le prisme de la schizophrénie de Chloé Saint Laurent. Un geste similaire se retrouve au coeur des épisodes de Falco. Exploitant l’épée de Damocles que constitue la balle toujours au centre du cerveau du flic, les moments d’absence ou brusques catalepsies restent trop mécaniques pour être autres choses que des ressorts dramatiques un peu usés. A l’image d’une saison peut-être trop sage et scolaire et manquant cruellement de symbolisme. Il y a quelque chose de cassé au pays de Falco. Cela ne signifie pas que la série est bonne pour la casse mais qu’elle va avoir besoins d’un sérieux coup de fouet. Une chose que l’on ne pourra pas reprocher à Clothilde Jamin et Olivier Dujols : le sadisme euphorisant de leurs fins de saison et la sensation que tout est encore possible.

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