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Fantasia 2014: Cuisine light (Critique de The Green Inferno d’Eli Roth)

Fantasia 2014: Cuisine light (Critique de The Green Inferno d’Eli Roth)

Note de l'auteur

Justine (Izzo), étudiante l’université de Columbia et fille d’un avocat travaillant aux Nations unies rêve d’accomplir quelque chose de significatif dans sa vie. Elle suit alors Alejandro (Levy) et son petit groupe d’activistes jusqu’au Pérou, afin arrêter une compagnie pétrolière ayant engagé une milice armée sur le point d’exterminer une tribu d’indigènes. Une fois la mission réussie, l’avion qui devait les ramener en lieu sur s’écrase dans la forêt amazonienne et les rescapés sont recueillis par la tribu qu’ils ont aidé à protéger. Malheureusement pour eux, ceux-ci sont cannibales.

Il faut dire qu’il avait un peu pris tout le monde par surprise le père Roth. Après avoir participé avec plus ou moins de réussite à la grande vague torture porn des années 2000 avec ses Hostel 1&2, voilà que le petit protégé de Tarantino nous annonçait en 2013 vouloir réveiller l’appétit des cannibales à os dans le nez avec son remake/hommage à Cannibal Holocaust, le bien-nommé Green Inferno. Curieux dira-t-on, intriguant peut-être, mais surtout « Pourquoi ? » se demandera-t-on. Que reste-t-il à dire, que reste-t-il à faire avec ce sous-sous-genre  du cinéma d’horreur auquel Ruggero Deodato a donné ses poisseuses lettres de noblesse ?

green infernoEh bien, pas mal de choses figurez-vous. Alors qu’on pouvait s’attendre à un banal déchaînement de violence et de tripes au barbecue, c’est finalement dans son propos que le film est surement le plus intéressant. Confrontés à la brutalité des cannibales et des milices paramilitaires, les kids de Green Inferno font en effet la dure expérience de l’activisme politique dans son aspect le plus primaire et le plus viscéral. Pensant changer le monde avec une vidéo tournée à grand coup de smartphones et grâce à quelques tweets rageux, ils vont finalement apprendre que parfois les grandes causes nécessitent qu’on trempe les mains dans le sang, la merde et les larmes. Un propos d’autant plus intéressant qu’il est délivré par le gros blaireau en chef de l’histoire, un genre de Che Guevara cynique et hypocrite bien conscient pourtant de la réalité qui l’entoure.

Curieusement, le film n’atteint par contre pas les sommets de violence auxquels on pouvait s’attendre. Hormis une combo énucléation/coupage de langue/démembrement,  Eli Roth  enrobe son sandwich à la viande d’un humour bon enfant qui fait allègrement passer la pilule et qui évite les maux de ventre.  Les cannibales ne sont pas filmés comme des monstres mais comme des êtres humains aux coutumes étranges, qui quand ils ont eux aussi fumé un gros pétard succombent à leurs envies de grignotage. Un parti pris qui fait redescendre le trouillomètre mais qui attise les zygomatiques. Les fans d’horreur pure le regretteront, les viandards rigolards apprécieront.

greenSi ce divertissement gustatif peut combler les petites faims, il en faudra par contre un peu plus pour rassasier les spectateurs les plus voraces. Sans être bancale, la réalisation est souvent banale tout comme les acteurs, interchangeables à volonté. Plans bateaux, musique générique. On regrette un manque d’audace et de flamboyance qui aurait pu donner au filmd’Eli Roth ses lettres de noblesse. Pas fadasse mais pas franchement savoureux non plus, The Green Inferno est un hommage poli à un genre en voie de disparition. Dommage: on aurait préféré se faire servir un bon gros steak et pas de la cuisine light.

The Green Inferno d’Eli Roth avec Justine Izzo, Ariel Levy, Aaron Burns, Kirby Bliss Blanton et Sky Ferreira

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