Fantasia 2014 : Rencontre avec l’équipe de Dealer

Fantasia 2014 : Rencontre avec l’équipe de Dealer

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Dan Bronchinson, Jean-Luc Herbulot, Salem Kali et Alexis Perrin

Venue présenter son long métrage au festival montréalais de Fantasia, l’équipe de Dealer a accordé au Daily Mars une longue interview afin de revenir sur le processus de création de ce film kamikaze. Dealer n’a pas encore de distributeur en France mais on prie très fort pour que ça change : Jean-Luc Herbulot et ses complices ont tout simplement réussi un coup de maître avec ce brûlot coup de boule, également sélectionné à L’Etrange Festival et qu’il vous faut découvrir de toute urgence. Leur recette? Petit budget, tournage express et énergie débordante. Rencontre avec une bande de passionnés prête à secouer le cinéma hexagonal (et pas que). 

A lire ici : notre critique enthousiaste du film.

Synopsis de Dealer, de Jean-Luc Herbulot

Après une vie passée dans le trafic de cocaïne, Dan s’est promis de ne pas retomber. Se voyant offrir un dernier deal qui lui permettrait de réaliser son rêve d’enfance : déménager en Australie avec sa fille. Il accepte la proposition. Commence alors une descente aux enfers qui le replonge pendant 24 heures dans ce milieu impitoyable, fait de mensonges, violence et trahisons, où il devra sauver sa fille et survivre par tous les moyens.

Daily Mars : On commence par la première question bateau : est-ce que vous pouvez vous présenter pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas (encore) ?

Dan Brochinson : Moi c’est Dan Bronchinson, je suis acteur depuis 9 ans et producteur depuis deux ans avec l’ouverture de ma boite Multipass Prod qui a permis de produire Dealer. J’ai participé à une centaine de films, 85 courts, une quinzaine de longs, rien de mirobolant. Dealer c’est mon plus gros projet.

Jean-Luc Herbulot : Jean Luc Herbulot, réalisateur, scénariste, monteur à mes heures. Je suis né en Afrique, j’ai grandi au Congo puis je suis arrivé en France, j’ai pas forcément un background de réalisateur : j’ai commencé par le dessin, j’ai pas mal écrit, j’ai fait de la musique et du graphisme. Le cinéma s’est retrouvé sur ma route car c’est un peu un crossover entre toutes ces choses. Pour finir je me suis retrouvé là-dedans par hasard, sans faire d’école. De fil en aiguille j’ai rencontré Dan et on a décidé de partir sur ce projet.

Alexis Perrin : Moi en fait je travaillais chez BUF avant puis j’ai lancé ma boite de prod. Quand j’ai vu Dealer j’ai dit à Jean Luc qu’il fallait présenter le film à Cannes, le montrer aux distributeurs. C’est là que Simon (de Fantasia) a vu le film et que l’aventure a commencé. Je les aide sur la stratégie, l’aspect international et la distribution France, notre gros défi.

 

DEALER_TeaserPoster-thumb-300xauto-47578Deuxième question bateau : pouvez vous nous expliquer d’où vient le projet ?

Dan : Ça vient de notre rencontre avec Jean-Luc. On est vite devenus amis et on a eu l’idée de faire un film ensemble. Je lui ai raconté quelques histoires sur ma vie passée, et en ajoutant quelques idées qu’il avait déjà en tête ça a donné Dealer.

JL : Moi je suis un grand fan de films comme Cours Lola Cours ou Trainspotting, des films dans l’urgence et j’ai toujours voulu faire ça à Paris la nuit. Je ne trouvais pas de fil conducteur mais en partant en vacances avec Dan et en parlant de différents projets, de sa vie, d’anecdotes et de trucs forts ça a tilté. Ça avait déjà été fait par exemple avec Pusher mais ce qui m’intéressait justement c’était la manière dont Pusher avait été produit et de me servir de ça pour faire Dealer. Je voulais aussi un côté pop qu’on a pas beaucoup en France, faire un film qui donne envie d’avoir des figurines des personnages ! Du coup l’image du mec blond, mi quarantenaire avec une veste CCCP et une kalash dans les rues de Paris c’est aussi ça qui a donné Dealer.

D.M: Influences oui mais j’ai trouvé qu’il avait une couleur assez franchouillarde, c’est un truc que vous vouliez garder à la base ?

Dan : Le personnage me ressemble, en gros c’est moi il y a 20 ans donc c’est un peu normal qu’il ait mon identité, qu’il soit français.

JL : Oui, le point de départ c’est vraiment Dan, le personnage s’est bâti autour de lui donc cette identité est logique. Après, le point de départ avec Sami Baaroun le coscénariste c’était de construire effectivement des personnages qui ont une couleur et qui t’embarquent dans une histoire simple mais compliquée à la fois. Pour les dialogues on s’est inspirés de vieux films français, quand les dialoguistes savaient écrire.

« chaque ligne de dialogue doit avoir une utilité, une incidence »

 

Justement j’ai trouvé que les dialogues étaient particulièrement bien écrits, surtout vu le temps que vous avez mis pour écrire le scénar (1mois)

JL : Ouais, les trucs un peu poétiques c’est Sami. « Les doigts qui sentent la chatte » c’est moi, même si on m’a dit qu’en fait ça venait des Valseuses. [RIRES] Sami a eu une formation classique, il a fait de la philo, de la littérature mais il a grandi dans la rue. Il a ce côté poète urbain et utilise aussi son expérience sur le milieu criminel en écrivant des bouquins dessus. Mon truc aussi c’est que chaque ligne de dialogue doit avoir une utilité, une incidence. Mais on a aussi voulu garder ce côté fun et marrant.

Coté financement vous êtes partis sur un petit budget. Vous vous êtes dits dès le départ que vous n’auriez pas d’aides régionales ou du CNC ?

Dan : Oui, on savait pertinemment qu’on aurait rien et surtout on voulait tourner vite. J’ai emprunté des sous à ma famille, on s’est fait aider pour la coprod. On a du se débrouiller seuls mais c’était aussi notre manière de faire.

dealer2D.M: Ça a eu quoi comme incidence sur le tournage?

Dan : Pour des raisons de couts il fallait tourner rapidement, être super efficaces et mettre les bouchées doubles. On a tout tourné en 12 jours. Et puis on a tourné sans lumière artificielle, avec deux caméras.

JL : C’est là que l’école Winding Refn sur Pusher a été essentielle. Dans Dealer ya pas de travelling, de machinerie, de steady cam… Le film bouge beaucoup et ça traduit bien l’urgence de Dan.

Même si les films n’ont rien à voir ça m’a fait penser à The Infinite Man, autre film de Fantasia ou le manque de budget pousse à être plus créatif. C’est un parti pris dont vous étiez conscients ?

JL : Oui effectivement mais surtout on avait pas le choix. Ça faisait partie des inquiétudes mais il fallait que le film soit fait de cette manière. Cette énergie là tu ne peux pas la tricher.

Pendant le tournage vous suiviez le script ou il y a eu de l’impro ?

Dan : On a globalement suivi le script mais chacun s’est accaparé son personnage. On a pas hésité à proposer.

JL : D’habitude quand je bosse, j’écris mes dialogues et je demande aux comédiens d’apprendre mais d’aller plus loin. Je suis convaincu que l’impro, c’est là ou tu trouves la vie. Quand je leur ai demandé d’improviser, certains comédiens m’ont dit qu’ils ne voulaient pas dénaturer les dialogues. C’était touchy de jongler avec l’écriture et l’impro.

« A partir du moment où tu commences à dépenser de l’argent, à monter un projet, il y a un moment où tu dois te lancer. Quand tu sautes d’une falaise tu ne peux plus remonter. »

 

Dan, en plus de ta casquette de producteur, tu es l’acteur principal du film et tu apparais dans toutes les scènes. Comment tu as ressenti le fait de porter le film sur tes épaules à toi tout seul ?

Dan : Waow, c’était assez fou… Il y a des fois où je devais prendre des décisions de prod’ quand j’étais face caméra. Deux secondes après, j’entendais le clap et il fallait jouer ! C’était très intense, une vraie folie ! Un exercice très difficile mais ultra enrichissant. J’en ressors grandi.

dealer3Ça t’a aidé pour construire ton personnage ?

Dan : Pas pour le personnage mais pour l’ambiance. Quand on se dit qu’on fait un truc, on le fait ! A partir du moment où tu commences à dépenser de l’argent, à monter un projet, il y a un moment où tu dois te lancer. Quand tu sautes d’une falaise tu ne peux plus remonter.

Concernant le ton du film, je trouve qu’il y a un très bon équilibre entre la violence et l’humour, c’est un truc que vous vouliez dès le départ ?

JL : Bien sur, si je ne me marre pas en lisant un scénar c’est qu’il y a un problème. Pour moi tous les grands films intègrent de l’humour. Si tu ne rigoles pas pendant Trainspotting, c’est une histoire horrible !

Quand à la violence, elle n’est pas là gratuitement : la scène de torture présente dans le film te rappelle que cette histoire c’est du sérieux. Il y a un switch à ce moment là dans le film où l’ambiance légère de la 1ère partie disparaît un peu.

[Salem Kali arrive]

Justement Salem, tu es en plein cœur de cette scène, comment ça a été pour toi de la tourner ?

Salem : Ça fait mal ! [Rires] Non mais c’était super à faire. L’effet de réalité pour un acteur c’est génial. Quand tu tournes une scène et que tu y crois c’est super kiffant.

Et avec vous les acteurs, comment était Jean Luc sur le tournage ?

Salem : Je pense qu’un bon réalisateur te met dans des conditions et dans un univers où tu te sens libre. Quand la confiance est installée tu peux commencer à créer, à improviser. Notre travail à nous c’est de proposer des choses, peu importe si il ne les garde pas au final. Et justement ça j’ai pu le faire avec Jean Luc.

JL : En tant que réalisateur, c’est une bénédiction quand tu as des acteurs qui s’impliquent autant dans un projet et qui s’accaparent leur rôle.

Pour l’instant, quel est l’avenir du film ?

Dan : Pour le moment, on a une sélection dans un festival et on a trouvé un vendeur : WTF.

Alexis : Le gros morceau c’est de trouver un distributeur français qui va comprendre le potentiel commercial du film. On est conscients que c’est dur de distribuer un film sans casting connu, indépendant, avec des scènes dures mais c’est très important pour la carrière du film et pour la carrière des personnes impliquées sur Dealer.

« Nous, on a pas envie de perdre de temps, on veut faire des films. »

 

dealer4Pourquoi à votre avis a-t-on tellement de mal à distribuer des films de genre en France et à trouver des fonds pour les réaliser?

JL : Ce qui est surtout très gênant en France, mais aussi aux Etats Unis, c’est que le système fait que les films mettent beaucoup de temps à se faire. Quand on a commencé Dealer on s’est dit qu’on le faisait pour se marrer, vite fait. Ça nous a pris deux ans et demie de nos vies.

Nous, on a pas envie de perdre de temps, on veut faire des films. On veut que le système accepte notre manière de faire. Aux USA ils commencent à s’y mettre avec les films de Jason Blum (Insidious, The Purge) par exemple où le temps de fabrication est réduit à 5 mois.

Salem : Par rapport à ce genre de films, je pense qu’il y a une question de génération. Nous on a tous grandi avec les films américains, les séries américaines. C’est notre base culturelle. Les anciens – qu’on respecte – n’ont pas les mêmes gouts et n’ont pas les mêmes repères. Dealer c’est un film qui sonne vrai. Certains films français de genre sonnent faux parce qu’ils ne collent pas à le même réalité.

JL : En plus on s’en rend compte en projection, le film plait à un large public. On ne voulait pas faire un film de niche. Plein de gens nous on dit de mettre du rap, genre La Fouine. J’ai fait « hors de question ». A la place on a des guitares électriques et du blues (Jean-Luc, DANS MES BRAS !!!  –  NDPlissken)

Dan : Il faut d’ailleurs citer Reksider, le musicien qui a fait un super taf.

Dernière question : vos projets maintenant ?

Dan : Ça va beaucoup dépendre de la carrière du film. On aura des retombées ou non en fonction du succès de Dealer. Pour faire ce film j’ai un peu mis ma carrière entre parenthèses, refuser des castings parce que je devais finir ce film. On croise les doigts.

Salem : Je viens de finir une série pour Arte en 3×53 minutes avec Philippe Haim qui s’appelle En Immersion. C’est la 3e fois que je travaille avec lui.

Pour le reste ce que j’ai envie de faire c’est m’engager dans des projets comme Dealer, un peu roots et porté par des gens passionnés. Maintenant avec les moyens technologiques on a la possibilité de faire des films de manière indépendante et il y a plein de gens qui veulent faire des films.

Jean Luc et Dan c’est des gens qui font et qui n’ont pas peur de se planter. Et regarde en fin de compte, on est à Fantasia quoi !

Jean-Luc, tu parlais d’une trilogie pour Dealer ?

JL : Oui, on a toujours pensé Dealer comme une trilogie avec Sami, un peu à la manière de Pusher. Donc du coup on a donné une couleur a chacun de nos personnages pour pouvoir les retrouver plus tard. Et surtout, il y a un truc que j’aimerai exploiter et que font très bien les japonais par exemple, c’est faire des films sur un corps de métier. Dans les mangas par exemple il y en a sur la cuisine, le base ball, sur des cantines… Avec Dealer moi j’aimerai faire des films sur le microcosme des métiers de la rue : le dealer, le braqueur, le receleur…

Pour Dealer 2 on voudrait utiliser la bande des gitans que tu vois dans Dealer et pour Dealer 3 on pensait au personnage de Delo (ndlr: personnage joué par Bruno Henry).

Le principe serait que ces films se passent durant la même journée que Dealer, en 24h.

Après je viens de finir l’écriture d’un film avec Sami qui s’appelle Doner. L’action se passe chez un grec et c’est un peu un mélange entre Clerks et True Romance. C’est plus une comédie romantique avec beaucoup d’action.

Dealer de Jean-Luc Herbulot avec Dan Bronchinson, Salem Kali, Elsa Madeleine, Herve Babadi et Bruno Henry. Présentation à l’Etrange Festival le 4 septembre.

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