Faut-il binge-watcher Twin Peaks ?

Faut-il binge-watcher Twin Peaks ?

Twin_Peaks_-_Episode_8Twin Peaks revient sur nos écrans, 25 ans après la fin de la série originelle. Il y a 25 ans, j’étais bien trop jeune pour regarder la série alors qu’elle passait à la télévision française. Je ne l’ai alors découverte que depuis son arrivée sur Netflix et je me suis délectée dans une suite sans fin d’épisodes plus merveilleux les uns que les autres, avec des cliffhangers à faire hurler, et une fin de saison 1 qui m’a vraiment questionnée sur la santé mentale des fans de la première heure. Comment avez-vous fait, sérieusement, pour survivre à un tel final ?

En parallèle, j’ai pourtant pu voir de nombreuses séries. Certaines, que j’ai dévorées épisode par épisode, comme Hannibal, parce qu’il n’y avait pas le choix, d’autres que j’ai choisi de picorer à l’instar de The OA ou de Sense8 en ce moment. Pourtant, il y a quelque chose qui me manque, alors que je n’en suis qu’au milieu de la saison 2 de la série des Wachowski. Quelque chose que j’ai redécouvert en fin d’année 2016, avec Yuri on Ice.

Twin-Peaks-castLes séries ont avant tout été conçues comme des rendez-vous. Le samedi soir, c’était Buffy, et je ne devais pas manquer Fran, la Nounou d’enfer, après avoir dîné, parce que j’étais toute petite, mais déjà accro (merci Maria, tu te reconnaîtras). Ils ont aussi été le lieu de nombreux débats d’un épisode à l’autre, et Twin Peaks parmi eux, a permis de faire durer un suspens qui a attisé de nombreuses conjectures de fans. Débats enflammés et échanges par des magazines. Désormais, ces débats ont encore lieu, sur Twitter par exemple. C’est là où, chaque mercredi soir début décembre, il fallait être pour pouvoir hurler nos sentiments sur l’anime de Sayo Yamamoto, sur les rapprochements de Yuri et Victor, et leurs ébats sur la glace, leurs danses de patineurs artistiques. On s’envoyait des MP entre fans, tu l’as vu ? Ça y est ? On peut en parler ? Et la semaine prochaine tu crois que… ? L’attente attisait notre curiosité. Qu’allait-il se passer la semaine prochaine ?

Puis, il y a eu The OA. Je fais partie de ceux qui, comme Guillaume Nicolas, ont adoré la série. Mais impossible de la voir d’un coup. Pourtant, c’était faisable. J’avais le choix. Mais non, il me fallait digérer chaque épisode, laissant parfois une semaine ou deux s’écouler entre deux.

0*xU6zzVmufiBymJH6Arrive alors la nouvelle saison de Twin Peaks. 25 ans après. Une série qui sera diffusée « à l’ancienne », un épisode par semaine. Et qui pourtant, selon son créateur, est aussi un film de 18 heures, dont la première partie sera visible au festival de Cannes. Alors, film ou série ? Binge-watch ou picorage ?

Il n’y a bien entendu aucune bonne réponse, chacun a le choix. Le seul souci, à notre époque hyper connectée, c’est que ne pas voir au fur et à mesure, c’est prendre le risque du spoiler ultime, surtout avec une série autant attendue. L’autre, c’est passer à côté de débats, de discussions d’autant plus intenses qu’elles verront discuter deux générations de sériephiles. Ceux qui ont vu la série à sa sortie. Ceux qui la découvre totalement. Ceux qui ont fait leur séance de rattrapage sur les deux premières saisons. Mais là, voir d’un coup d’un seul, est-ce respecter la volonté de Lynch ? Voir un film de 18 heures ?

kyle_maclachlan_twin_peaksQu’est-ce qui fait un film ou une série ? Débat sans fin, qui pose d’ailleurs aussi celle du générique. Une série est-elle un film à partir du moment où on supprime le générique et que l’on colle les épisodes les uns derrières les autres ? (vous avez quatre heures). On peut aussi juste supposer que si la promesse est tenue et si la richesse de l’univers est conservée, cette série se prêtera à de nombreux visionnage. Un pour les retrouvailles. Un pour les analyses. Un pour le plaisir (on l’espère, très, très fort).

Je ne dis pas que Lynch et Frost auraient dû envoyer tous les épisodes d’un coup. Mais en jouant encore sur la temporalité, en choisissant une économie et une retenue, ils nous font entrer dans un monde de fonctionnement loin du film de 18 heures. Mais si proche de notre expérience de sériephile nostalgique, prêt à tout pour que la semaine avance bien plus vite entre chaque épisode. Tout en prenant le risque de voir le public décrocher, si au contraire, la série est mauvaise. Mais Sainte-Mère-des-Hiboux, priez pour nous. Que vive encore longtemps la Loge Noire et que soit béni le café noir qui nous permettra d’échafauder les plus folles théories en moins de sept jours.

Partager