Feed the Beast, Sur La Faim (Séries Mania)

Feed the Beast, Sur La Faim (Séries Mania)

Note de l'auteur

Du 15 au 24 avril se déroule la septième saison de Séries Mania à Paris, et comme chaque année, le Daily Mars vous offre une couverture du festival. Au programme, critiques, bilans de conférences et autres surprises…

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Face à leur ruine financière et personnelle, Tommy et Dion, amis de longue date, tentent une dernière fois de réaliser leur rêve : ouvrir un restaurant haut de gamme dans le ghetto du Bronx. Pour Tommy, c’est l’occasion d’offrir à son fils la vie qu’il n’a jamais eu. Pour Dion, l’unique opportunité de rembourser sa dette. Malgré la pression au quotidien, leur amitié tient bon. Ils s’encouragent mutuellement à rencontrer l’amour et profitent de leur vie excitante de restaurateurs new-yorkais.

Le premier épisode de Feed the Beast est présenté en avant-première mondiale au festival Séries Mania.

feed-the-beast-season-1-key-art-logo-400x600Pour une génération de sériephiles, Clyde Philipps signifie beaucoup. Il est le créateur de Parker Lewis ne perd jamais et le showrunner des quatre premières saisons de Dexter (qui, dans une autre réalité parfaite, s’est conclue à cet instant). L’occasion pour l’homme, présent à la projection, de rappeler qu’il n’apprécie guère la conclusion de la série de Showtime. Pour son nouveau projet à la télévision américaine (AMC), il est allé piocher du côté du Danemark et la série Bankerot (Broke à l’international). Un choix qui pourrait paraître décevant (un remake) mais qui concentre des thèmes récurrents chez l’auteur (notamment l’addiction) et quelques réminiscences familiales (son père en petit escroc, la vie dans la boucherie familiale).

Feed the Beast est l’occasion de retrouver David Schwimmer (Tommy), après une prestation remarquée dans American Crime Story : The People vs O.J. Simpson, dans un rôle à l’opposé de Ross Geller (Friends). Clyde Philipps révélera combien l’acteur souhaitait rompre avec cette image et le showrunner de lui promettre que ce rôle allait mettre une balle dans la tête du frère de Monica. Jouant un sommelier alcoolique, veuf et père d’un petit garçon muet depuis le décès de sa mère, David Schwimmer montre l’étendue de sa palette, tout en subtilité malgré une écriture souvent insistante.

Ce sera le principal reproche de ce premier épisode. Le récit s’écorche sur des poncifs anguleux, perd sa saveur dans une vieille soupe rallongée à l’eau. Si la partie cuisine offre une respiration bienvenue, le volet mafieux s’abîme dans une routine pantouflarde, où un méchant très méchant promène son flegme meurtrier comme une rengaine superflue. Il manque une touche épicée, un côté burlesque que l’on retrouve chez les frères Coen (et par extension dans la série Fargo), pour y croire et passer cette impression de déjà-vu. Trop sage ou peut-être y plaçait-on trop d’attente à cause du CV. La tragédie ne nous emporte pas et la relation entre les deux hommes s’épuise dans une dynamique un peu facile. On voudrait y croire. Croire au mal-être de Tommy, à la rédemption bancale de Dion (Jim Sturgess), à la menace criminelle ou policière. Croire à l’intelligence et la finesse d’un récit derrière une façade banale.

Malgré la déception et toutes les réserves, ce premier épisode parvient à dégager un air singulier qui pousse à la curiosité. La question est de savoir si cette curiosité provient de la série ou de la pulsion du voyeur. Celui qui tourne la tête pour regarder un accident.

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