FEFFS 2014 : Amours cannibales

FEFFS 2014 : Amours cannibales

Note de l'auteur

Amours cannibalesCe qui frappe, en sortant de l’expérience d’Amours cannibales, c’est une persistante sensation d’oppression. Une angoisse diffuse liée au sentiment d’avoir intensément vécu dans la peau d’un personnage complexe qui, parce qu’il ne peut faire autrement, a pris l’habitude de commettre le pire acte de barbarie qui soit. Mais qui le commet respectueusement, on ne joue pas avec la nourriture.

 

Carlos exerce une profession qui lui va bien. Toujours tiré à quatre épingles, il est le meilleur tailleur de la région selon ses clients, principalement des notables ayant les moyens de s’offrir un costume sur mesure qui dure une vie. Dans cette pesante ville de Grenade, figée sous un vernis de carte postale qui ravit sans doute les touristes en mal de processions religieuses mais impose à ses résidents de supporter le poids de traditions marquées par un conservatisme moral frisant la tyrannie, Carlos se soulage en mangeant les femmes qu’il ne peut aimer autrement.

Amours cannibales2Le réalisateur Manuel Martin Cuenca étudie la perversion cannibale comme une névrose, une anthropophagie du quotidien s’inscrivant dans le rapport que le personnage entretient avec le corps de l’autre, celui des hommes qu’il habille dans son travail et des femmes qu’il déshabille avant de les découper en escalopes qu’il cuisine en fin gourmet. Ici le cannibalisme est un trait de caractère parmi d’autres, presque un détail. En campant exclusivement sur son point de vue, le film adopte le rythme de vie de Carlos. Une vie bien rangée, puis dérangée par une voisine désemparée dont il tombe peu à peu amoureux. Elle, il ne la désire pas comme les autres, au risque de dévoiler son secret.

Amours cannibales1Le spectateur avide de chair fraîche attendra vainement le spectacle de la bidoche. Dans Amours cannibales l’horreur est résiduelle, le danger suinte d’une ville qu’on voit peu mais qui, elle, observe. Trois rues, deux immeubles, de rares escapades dans les montagnes andalouses… c’est sur un registre assez minimaliste que le film avance, avec une superbe photo pour laquelle le jeune chef opérateur Pau Esteve Birba vient d’obtenir un Goya qui lui ouvre une carrière pleine de promesses lumineuses. Aussi économe en dialogue que son personnage, Amours cannibales ne sombre jamais dans l’académisme que sa bande-annonce pourrait laisser suspecter, tant chaque plan impeccablement cadré et rythmé recèle une tension qui le tient jusqu’au plan suivant, chacun d’entre eux composant le portrait d’un monstre qui n’en est pas moins homme.

Espagne, Roumanie. 1h57. Réalisé par Manuel Martin Cuenca. Avec Antonio de la Torre, Olimpia Melinte, Maria Alfonsa Rosso

Sortie en salles le 19 novembre 2014.

Présenté en compétition au FEFFS.

Amours Cannibales Trailer par luminorfilms

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