FEFFS 2014, ep 2 : Territoires humides

FEFFS 2014, ep 2 : Territoires humides

Peut-on tenir tout un film sur une crise d’hémorroïdes ? Connaissez-vous la science-fiction vietnamienne ? Y a-t-il quelqu’un pour tuer ma femme ? Tant de questions soulevées par cette septième édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg…

Wetlands

Helen c’est un peu la Grande Crado, son hygiène se situant en réaction à celle d’une mère obnubilée par la propreté et la chasse aux bactéries sur la cuvette des toilettes. C’est bien sûr dans le rapport au corps que s’inscrivent les pratiques d’Helen, au sortir d’une adolescence traumatisée par la séparation de ses parents, obsédée par son sexe, ses poils et les diverses sécrétions qu’elle émet. Un jour, elle se coupe en se rasant. Ça peut arriver et en général ce n’est pas bien grave sauf que là, c’est du pourtour de son anus qu’elle combattait la pilosité. Helen a toujours eu des hémorroïdes – c’est la première phrase du film – et ce sont elles qu’elle vient de malencontreusement charcuter. Elle finit à l’hosto où elle s’entiche d’un infirmier auquel elle confie ses obsessions… Présenté dans la section “Crossover”, consacrée à des films en marge du genre, Wetlands de David Wnendt aborde de manière frontale ce que la bienséance a pour habitude de réserver au cercle intime ou médical.

Wetlands

Wetlands

C’est d’ailleurs en allant jusqu’à offusquer un personnel hospitalier qui a priori en a vu d’autres que le personnage d’Helen fait véritablement acte de transgression. Le film, lui, se voudrait punk, adoptant un rythme frénétique et une esthétique bariolée dans la lignée de ce jeune cinéma allemand qui émergea avec Tom Tykwer et Cours, Lola, Cours ! à la fin des années 1990, génération à laquelle David Wnendt appartient. Mais ce rythme, justement, finit par lasser, tout ayant crûment été balancé dès les premières scènes ce qui ne laisse que peu de place à la progression d’une intrigue filandreuse. Restent des personnages attachants et la petite prouesse de faire une comédie romantique – car Wetlands est aussi cela – à base de répliques du style “tu veux bien prendre en photo mon trou de balle purulent ?

 

2030

2030

2030

Les films en provenance du Vietnam ne sont déjà pas nombreux alors que dire des films de science-fiction vietnamiens ? Oui, 2030 (Nuoc, ça ne s’écrit pas tout à fait comme ça mais je ne trouve pas les bonne touches sur mon clavier) est peut-être, sans doute même, un cas unique. En 2030, le réchauffement climatique a eu pour conséquence une élévation du niveau de la mer (comme prévu, quoi) qui a recouvert la majeure partie du territoire vietnamien, contraignant les habitants à vivre dans des maisons sur pilotis et à travailler dans des fermes flottantes contrôlées par de puissantes multinationales qui corrompent le pouvoir en place. Sao, une jeune femme enquêtant sur la mort de son mari, va découvrir le secret de ces fermes aquacoles. Réalisé par Nghiem-Minh Nguyen-Vo, 2030 est un film aux grandes qualités plastiques qui se laisse porter par la vague, allant et venant entre passé et présent pour raconter ses personnages et révéler ce qui les liait hier et les oppose aujourd’hui. Les sélectionneurs du FEFFS ont eu l’audace de mettre en compétition ce film pessimiste d’un abord parfois déroutant, et de nous permettre ainsi de découvrir une cinématographie méconnue. C’est tout à leur honneur.

 

The Canal
The Canal

The Canal

David découvre qu’un horrible meurtre a jadis été perpétré dans la maison qu’il habite avec sa femme et son fils. Les victimes, une femme et ses deux enfants, avaient été retrouvées dans le canal qui longe la demeure, et le coupable s’est avéré être le père de famille. Lorsque son épouse est à son tour repêchée dans le canal, David est soupçonné de l’y avoir noyée après une crise de jalousie. Lui est persuadé que le coupable est le fantôme du criminel qui hante la maison… Bien servi par des acteurs de talent, The Canal de l’Irlandais Ivan Kavanagh exploite un syndrome Jack Torrance – le fantôme est-il réel ou David est-il en train de devenir fou ? – très convenu pour un film dont le dénouement, malgré les habiles tentatives du réalisateur pour brouiller les pistes, est trop prévisible pour réellement convaincre. Reste un film qui joue plus de l’atmosphère que du jump scare, et qui fout bien les jetons à plusieurs reprises.

 

La bande-annonce de 2030 :

 

Partager