FEFFS 2015 : Crumbs, de Miguel Llansó

FEFFS 2015 : Crumbs, de Miguel Llansó

Note de l'auteur

Crumbs affEn compétition de ce 8e FEFFS, un post-apo-métaphysico-rigolo dans un futur étrange où les icônes et les symboles de notre époque sont recyclés de manière particulièrement déroutante. Un premier long métrage qui se distingue nettement du tout-venant.

Nous sommes au IIIe siècle de la prochaine ère, celle d’après l’apocalypse, un monde où une figurine de nourrisson est devenue l’emblème des guerriers Molegon et où une épée en plastique fabriquée par Carrefour, le plus grand artiste d’avant l’apocalypse si l’on considère la quantité d’œuvres retrouvées avec sa signature sur les emballages, est censée rendre invincible. Candy, un homme persuadé d’être d’origine extraterrestre, décide de retourner sur sa planète au moment où un étrange vaisseau apparaît dans le ciel d’Ethiopie. Car Crumbs est un film éthiopien, tourné en langue locale dans des conditions assez rocambolesques que le jeune réalisateur espagnol Miguel Llansó se plaît à raconter. Interprété par des acteurs non-professionnels (à l’exception des deux personnages principaux) qui peinent souvent à dire leur texte – ce qui renforce sa dimension ouvertement absurde -, il se déroule dans des décors fabuleux comme ce parc d’attractions animalier inachevé et abandonné au milieu de nulle part.

Superman contre le Père Noël

CrumbsDans ce premier film déroutant, envoûtant et qui a la bonne idée d’être trop court pour devenir chiant, l’origine et la raison d’être des symboles d’avant l’apocalypse, substance même de notre culture, sont complètement oubliées par les personnages. Tout est recyclé. Un sens nouveau et aléatoire est donné à chaque icône. Dès lors, plus rien n’est sacré, le S de Superman peut être associé à ce mal diffus issu des temps anciens et vaguement persistant qu’est le nazisme. Tout devient donc possible, même négocier avec le Père Noël…

Miettes de civilisation

crumbs pic2Bien que son imagination semble sans limites, Llansó cherche moins à créer un univers de toutes pièces qu’à utiliser la réalité existante pour lui donner une nouvelle dimension. Se réclamant davantage d’une cinéphilie méditerranéenne hantée par des auteurs exubérants comme Ferreri ou Buñuel, il se rattache à son corps défendant à ce courant de la science-fiction métaphysique typique du début des années 70, de The Bed Sitting Room (L’Ultime garçonnière, 1969) de Richard Lester à Zardoz (1974) de John Boorman en passant par The Final Programme (Les Décimales du futur, 1973) de Robert Fuest. Une tradition anglo-saxonne baroque, révolue et vite devenue kitsch, qui semble aujourd’hui renaître de ses cendres sous nos yeux ébahis au cœur de l’Ethiopie. Et en plus, c’est vraiment très drôle.

 

Crumbs. Ethiopie-Espagne. 2015. 1h08.

Réalisé par Miguel Llansó, avec Daniel Tadesse Gagano, Selam Tesfaye

En compétition internationale du 8e Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg.

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