Féminin/Féminin : Entretien avec Florence Gagnon

Féminin/Féminin : Entretien avec Florence Gagnon

Cette semaine, le Daily Mars vous propose de vous pencher sur la question de la représentation des minorités dans les séries télé. Nous avons traité de la question de la couleur de peau ce lundi, puis du handicap, de la place des femmes, de la question gay.

Depuis The L Word, nous n’avions plus revu en France des séries télévisées principalement axées sur une communauté homosexuelle féminine. La lesbienne est un personnage relativement invisible dans sa diversité, et pourtant nous arrive de Montréal une websérie supportée par une plateforme lesbienne, et centrée sur cette communauté. Il s’agit de Féminin/Féminin. Rencontre avec Florence Gagnon, la « co-idéatrice » et l’une des productrices exécutives de Féminin/Féminin, fondatrice de LSTW (Lez Spread The Word), lesbienne et en couple depuis trois ans.

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Florence Gagnon. Crédit Kelly Jacob.

Lez Spread The Word est un site Internet québécois lesbien, qui a notamment produit donc cette websérie, réalisée par Chloé Robichaud (Sarah préfère la course, nominé au Festival de Cannes 2014). C’est aussi un site de divertissement, d’information sur l’homosexualité. Selon Florence Gagnon : « LSTW se veut une ressource pour les femmes qui n’ont pas ou peu de référence par rapport au milieu lesbien. Il vise entre autres à s’éloigner des stéréotypes véhiculés dans la société et à donner plus de modèles positifs. »

Dans Féminin/Féminin, on suit un groupe d’amies, majoritairement lesbiennes, qui ont entre vingt et trente ans, dans leurs histoires d’amour, d’amitié, de vie.

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Féminin/Féminin. Crédit LSTW.

 

Daily Mars : Pourquoi avoir voulu faire (et fait) une websérie sur des lesbiennes ?

Florence Gagnon : J’avais toujours eu le désir de créer une série… Lorsque j’ai rencontré Chloé, l’idée m’est venue de lui proposer un projet qui donnerait plus de visibilité à la communauté lesbienne au Québec. Nous n’avions pas d’Ellen DeGeneres chez nous, pas plusieurs personnalités connues OUT et prêtes à s’impliquer… Il y avait un manque de modèles, selon nous.

Quant au format web, c’était la meilleure façon de se faire connaître, de rendre le concept disponible partout autour du monde. Parce que grâce à LSTW, nous avions les ressources pour créer une plateforme de visionnement. Et surtout au niveau budget, pour offrir un produit de qualité, c’était le format qui faisait le plus de sens pour nous.

Une série sur des lesbiennes, ça veut dire quoi ?

Féminin/Féminin. Crédit LSTW.

Féminin/Féminin. Crédit LSTW.

FG : En fait, Féminin/Féminin est une série lesbienne car, à travers sa trame narrative, elle met de l’avant un groupe d’amies lesbiennes à Montréal… Elle n’a cependant pas la vocation de représenter « les lesbiennes ». Il existe tellement de communautés distinctes à travers « notre communauté »… Il serait irréaliste de penser représenter tout le monde. Plus il y aura de modèles, plus il sera facile pour les filles de se sentir représentées.

Est-ce important pour vous, qui êtes un média lesbien, d’avoir une série écrite et supportée par la communauté LGBT ? 

FG : Nous voulions une série qui allait être sentie, réaliste… C’était important pour nous de parler ce que nous connaissions, vivions. Pour et par la communauté, une fiction qui met de l’avant plusieurs personnages lesbiens. Nous avons fait participer la communauté, ce fut une expérience hyper enrichissante. Au Québec, il y a de plus en plus de personnages lesbiens dans les séries et dans les films. Il s’agit vraiment d’une belle vague de changement.

Aurait-ce été une série différente si elle avait été écrite par des hétérosexuels ?

FG : C’est très différent selon moi. Nous portons notre message avec tant de passion car ça reflète beaucoup qui nous sommes, notre histoire. C’est plus qu’un projet pour nous, ça fait partie de notre quotidien. Nous avons rencontré tellement de femmes intéressantes qui nous ont partagé leurs histoires depuis le début de cette aventure… Ça crée une ouverture sur le dialogue et je crois que c’est parce que nous faisons partie de cette communauté.

Pensez-vous qu’il est important de montrer des lesbiennes dans les séries ? Et que cette représentation soit faite par des lesbiennes ou de membres de la communauté LGBT ?

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Féminin/Féminin. LSTW.

FG : La représentation est ultra importante et il en faut plus ! Il faut également plus de productions lesbiennes pour arriver à dresser un portrait encore plus diversifié. Plus de diversité dans notre « diversité », ça serait super ! Les femmes doivent s’impliquer, c’est ce qui fait avancer les choses.

Je crois aussi que lorsque les productions sont menées par des femmes de la communauté, ça ne peut qu’avoir des effets positifs. Surtout lorsque celles-ci prennent le temps d’impliquer les femmes qui les entourent. Il s’agit d’un beau travail d’équipe, de collaboration. C’est en incluant des lesbiennes dans les médias que le public est confronté à nos réalités, que nous pouvons démystifier l’homosexualité et faire avancer la cause.

Avez-vous été surpris de l’impact (et la réussite) de cette série et de sa diffusion à l’internationale ? 

FG : Nous avons été agréablement surprises oui. Une belle visibilité, et surtout, beaucoup de commentaires positifs. Nous sommes à plus de 785 000 visionnements, dont presque le tiers proviennent de la France. C’est vraiment touchant de compter autant de femmes qui suivent la série de l’autre côté de l’océan.

Florence Gagnon. Crédit Bruno Guérin.

Florence Gagnon. Crédit Bruno Guérin.

Dans cette série est menée en parallèle un documentaire sur ce que signifie être lesbienne aujourd’hui. Pourquoi ? Les témoignages donnés, comme celui des protagonistes de la série ou d’Arianne Moffatt, venue en guest star, ont-ils été écrits ? Sont-ils tirés d’expériences vécues ?

FG : Le « faux-documentaire » permettait de donner une voix aux lesbiennes, une voix pour ainsi dire plus directe. C’est la seule partie un peu improvisée de la série. Les actrices de la série savaient les questions à l’avance et la réalisatrice leur avait donné des pistes de réponses. L’improvisation permettait d’apporter une spontanéité aux réponses. Ariane Moffatt quant à elle avait complètement le champ libre par rapport aux réponses, puisqu’elle parlait de son propre vécu.

Il y a peu d’hommes dans la série, pourquoi ? Pareil, il n’y a pas d’hétérosexuelle dans la bande de copine (à la fin de la saison 1), quelle en est la raison?

FG :La série est focusée sur un groupe de lesbiennes et lors de l’écriture tout était surtout question de format. Pour des raisons budgétaires, nous devions être réalistes. Les épisodes étaient assez courts, nous avons donc centré les péripéties sur nos personnages féminins.

Féminin/ Feminin. Crédit LSTW.

Féminin/ Feminin. Crédit LSTW.

Que va-t-il se passer dans la saison 2 ? Vous passez à un format télé, cela va-t-il changer quelque chose ? On ne va plus pouvoir vous regarder en France ?

FG : Le médium de la télévision nous permet maintenant d’avoir des épisodes de 22 minutes. Les personnages pourront alors être abordés avec plus de profondeur. Nous découvrirons aussi de nouveaux personnages. Le diffuseur avec qui nous travaillons actuellement est québécois, mais notre objectif sera, une fois les épisodes tournés, d’approcher des diffuseurs internationaux de sorte à ce que la série demeure disponible pour tous et toutes.  

Certaines lesbiennes vous ont accusé d’être trop consensuelle, présentant des couples établis, des histoires mainstream finalement, comme Marie-Hélène Bourcier sur le site de Slate. Qu’en pensez-vous ?

Florence Gagnon et Chloë Robichaud. Crédit : LSTW.

Florence Gagnon et Chloë Robichaud. Crédit : LSTW.

FG : La série présente un groupe d’amies qui partagent certaines valeurs, ont certains goûts communs. La série ne fait donc pas le portrait général de la lesbienne. C’était un premier projet, créé avec les ressources à notre disposition, en tenant compte du format et des contraintes de production. Et surtout, une projet rendu possible grâce à la grande implication de l’équipe et de notre entourage. Nous avons fait le choix de parler de ces personnages. Par contre, une saison 2 nous permettra d’introduire de nouveaux personnages et de diversifier nos thématiques. Car plus il y a de modèles différents, moins il y a de stéréotypes. Il faut plus de diversité et de messages positifs. C’est ce qui aide les jeunes, et les moins jeunes.

Cette série n’est pas à destination uniquement d’un public lesbien. Si elle peut servir à démystifier l’homosexualité, c’est super! Et en atteignant les médias de masse, c’est ce qui permet à la série de voyager et de rejoindre le plus de femmes possibles.

Vous pouvez voir Féminin/Féminin saison 1 sur leur site site Internet

Propos recueillis via e-mail entre le 19 et le 25 janvier 2015.

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