Patricia Arquette à Monte-Carlo : « J’aime l’idée de divertir grâce à la télévision »

Patricia Arquette à Monte-Carlo : « J’aime l’idée de divertir grâce à la télévision »

Dimanche, Patricia Arquette était en conférence de presse à Monte-Carlo. Le Daily Mars ne pouvait manquer cette occasion en or de recueillir les propos de l’actrice qui a remporté un Oscar cette année et qui est actuellement à l’affiche de CSI Cyber. Entre présentation de sa nouvelle série, retour sur Medium et place de la femme aussi bien dans la société que dans le milieu hollywoodien, Patricia Arquette poursuit le geste entamé lors de la cérémonie des Oscars et démontre combien l’égalité hommes/femmes est au cœur de ses réflexions.

55ème Festival de Monte-Carlo (2015)

©Isabelle Ratane

DAILY MARS : On vous a vu hier avec votre famille sur le tapis rouge. Je me demandais si un de vos rôles vous avait préparé à ce moment ?

Patricia Arquette : Non, je pense qu’être mère est beaucoup plus complexe que tous les projets sur lesquels j’ai pu travailler. J’ai essayé de montrer différentes facettes dans nombre de mes rôles. Dans Medium, pendant sept ans, j’ai été une mère de trois filles avec un mariage heureux. Dans Boyhood, j’étais une mère célibataire, divorcée. Et dans CSI Cyber, j’avais un mariage et une famille que je n’ai plus.

Vous vivez une année géniale. Est-ce que vous pensez que votre carrière a atteint son apogée ?

P. A. : Oui, c’est très étrange car à mon âge, en général, Hollywood vous écarte. Évidemment, j’étais consciente du travail unique que je faisais dans Boyhood pendant toutes ces années, donc pendant toute la période où j’étais absente du marché, comme certains l’ont remarqué. Je savais qu’être sur ce projet était comme avoir un as dans sa poche.

J’ai décidé de signer pour CSI Cyber avant que Boyhood ne sorte en salles. J’aime autant jouer dans des séries que des films. Je suis arrivée dans le monde de la télévision bien avant certains acteurs de cinéma. En tant que femme, c’est important pour moi d’avoir cette opportunité, de travailler sur cette franchise mondiale qu’est CSI. C’était l’idée des producteurs de mettre une femme d’une quarantaine d’années en personnage principale. J’ai trouvé cette idée excitante et j’ai adoré travailler avec toute l’équipe.

Avez-vous mis longtemps à vous décider à refaire une série après Medium ?

P. A. : À la fin de Medium, j’étais très fatiguée. J’ai adoré la série mais j’étais exténuée. J’ai pris mon temps avant d’accepter un nouveau projet. J’ai joué dans des films et un peu dans Boardwalk Empire mais c’était un petit rôle, donc je n’avais pas à porter la série sur mes épaules.

Qu’avez-vous pensé de la fin de Medium ? (Attention spoilers !)

P. A. : La fin était intense. J’ai aimé cet épisode. Le plus dur était de quitter l’équipe avec laquelle j’ai travaillé si longtemps. Avant de lire le dernier scénario, j’ai demandé à l’auteur qui me l’a donné comment c’était. Il m’a répondu : « Je brûle toute la maison ». C’était très émouvant et intense pour le public comme pour nous. Le fait que ça finisse mal n’est pas quelque chose auquel nous sommes habitués et c’était ce qui était intéressant.

Pour ceux qui n’ont pas encore vu CSI Cyber, pouvez-vous nous en dire plus sur votre personnage, Avery Ryan ?

P. A. : Mon personnage est une cyberpsychologue. Elle possède des capacités surprenantes pour profiler les gens et des connaissances du cybermonde. Elle est le leader de l’équipe et possède beaucoup de responsabilités. Elle doit gérer des personnes plus jeunes qu’elle et c’est particulièrement intéressant car ceux qui ont le plus de facilités avec cet univers ne sont que des enfants. Et certains d’entre eux sont des criminels. Donc, elle gère cette équipe d’enfants avec un côté très maternelle. Elle ne se sent pas très à l’aise quand il s’agit de parler de son passé mais pourtant, à certaines occasions, elle doit faire face, ce qui est dur pour elle.

critique-csicyber-saison01-01Que préférez-vous le plus dans ce rôle ?

P. A. : Habituellement, je joue des personnages menés par leur cœur, qui ont énormément d’empathie pour les autres. Avery Ryan est très terre à terre. Elle a développé un mécanisme de survie qui lui permet d’étudier psychologiquement les gens et prédire leur choix pour protéger le monde comme elle-même. Elle possède également une compréhension des nouvelles technologies. Les gens qui travaillent dans ce domaine sont un peu marginaux. Bons ou mauvais, ils sont surtout un peu excentriques. C’est pourquoi ce personnage est très différent de tout ce que j’ai pu faire jusqu’ici. Le projet lui-même est intéressant car de nos jours les crimes se passent sur la toile. La plupart d’entre nous allons sur Internet, faisons nos courses, prenons des nouvelles de nos amis. Mais il y a beaucoup de choses qui se passent sur Internet qui sont terrifiantes.

CSI Cyber va bientôt être la dernière représentante de la franchise. En quoi se différencie-t-elle ?

P. A. : Je pense qu’il faut reprendre le contexte historique. Quand CSI a débuté, c’était quelques années seulement après le procès O.J. Simpson où les preuves par ADN étaient apparues. Personne ne croyait à de la vraie science. Tout le monde pensait que c’était de la folie. Aujourd’hui, le travail des experts scientifiques est reconnu par tous. Pour les cyberpreuves, c’est la même chose. Les gens ne comprennent pas encore les empreintes numériques qu’ils laissent dans le cybermonde. Il existe tous ces appareils et toutes ces possibilités différentes. Par exemple vos portables, des applications mesurent votre activité physique de la journée, le nombre de pas effectués, la distance et les endroits où vous étiez dans la journée. Mais cette même application peut également être utilisée de façon criminelle, pour se renseigner sur vos mouvements, ce qui peut s’avérer dangereux.

Ted Danson va vous rejoindre pour la seconde saison. Allez-vous devoir partager le rôle principal avec lui ?

P. A. : Je pense que les séries se réinventent toujours entre les deux premières saisons. Il y a beaucoup d’épisodes tournés avant la diffusion, donc il y a souvent un retour en arrière d’effectué pour que la série trouve son rythme. Je suis ravie. Nous sommes tous très excités de l’arrivée de Ted. J’ai déjà tourné des épisodes crossover avec lui, je l’aime beaucoup. Il est aimable avec l’équipe et tellement talentueux ! Je ne m’inquiète jamais de partager la vedette. On est bon quand les personnes qui jouent avec vous sont bonnes. On se soutiendra tous. Je suis le rôle principal de la série en tant que femme mais sur le tournage, je veux que tout le monde se sente important.

BoyhoodPendant votre discours de remerciements aux Oscars, vous avez, avec passion, défendu les femmes dans la lutte pour l’égalité des salaires. Quelles réactions avez-vous suscité depuis ce discours car il traitait d’un sujet délicat ? Quelle a été la réaction des gens ordinaires ?

P. A. : Assez incroyable, en fait. Le lendemain de ce discours, une femme m’a dit « Mon patron m’a convoquée pour m’augmenter » et j’ai rencontré beaucoup de femmes depuis. Par exemple, il y a cette femme en Californie, que j’ai rencontrée il y a deux jours. Elle a deux maîtrises et enseigne les mathématiques. Elle a entendu dans la salle de repos que ses collègues masculins gagnaient 20 000 dollars de plus par an. On parle d’emploi dans les écoles, donc pour le gouvernement américain ! Il est très important que l’on parvienne à cette égalité. Il ne faut pas oublier que dans certaines communautés, il y a 70 % de femmes célibataires qui s’occupent seules de leur famille. Donc si les femmes afro-américaines sont payées 64 cents pour chaque dollar qu’un homme gagne, cela impacte gravement leur communauté. En Californie, qui est la seconde plus grosse économie du monde, l’année dernière a été démontré qu’une femme latine gagnait 44 cents pour chaque dollar qu’un homme touche. Elles doivent donc cumuler plusieurs emplois et cela impacte sur leur vie de famille, sur leurs enfants. Si les femmes gagnaient autant que leur mari, la moitié des 66 millions de personnes vivant actuellement sous le seuil de pauvreté ne le seraient plus. C’est une situation critique. Depuis longtemps, les femmes se sont battues et j’avais l’opportunité de mettre leur combat en avant. Et il ne faut pas oublier que la communauté LGBT est aussi fortement touchée. Certaines lesbiennes et leur partenaire sont pénalisées de 20 000 dollars par an parce qu’elles sont des femmes.

55ème Festival de Monte-Carlo (2015)

©Isabelle Ratane

Le monde des séries diffère beaucoup de celui du cinéma. Pensez-vous qu’il y a plus de place pour les femmes à la télévision ?

P. A. : Absolument. Je viens d’avoir un Oscar et on pourrait croire qu’à ce point de ma carrière, il y aurait beaucoup d’opportunités, mais non. C’est vrai qu’il y a plus de place pour les femmes à la télévision. J’adore faire des séries. Je suis la quatrième génération d’actrices de ma famille et le vaudeville était la distraction du peuple. C’est ce que représente la télévision pour moi. Elle peut divertir les gens, des foyers pauvres aux maisons de retraite. J’aime vraiment l’idée de divertir gratuitement les masses grâce à la télévision et pas seulement ceux qui ont accès au cinéma.

Comment expliquez-vous que la critique et la télévision font l’apologie de la diversité et non le cinéma ?

P. A. : C’est une très bonne question. Je pense que l’on a tous vu beaucoup de séries commencer à explorer cette diversité et c’est très excitant. Le cinéma est un peu à la traîne, je ne sais pas pourquoi. Je pense que l’industrie cinématographique est en retard. Par exemple, Richard Linklater (réalisateur de Boyhood ndlr) a été élevé par une mère célibataire, il connaît cette touche féminine, celle que l’on connaît tous mais qui n’est pas très présente dans les films. Sa mère avait beaucoup d’importance pour lui et a contribué à la personne qu’il est devenu. C’était une grosse surprise pour Hollywood et les gens veulent voir ce genre de personnage maintenant. Le monde du cinéma est un peu à la traîne.

Propos recueillis par Marine Pérot en conférence de presse au 55ème Festival de Télévision de Monte-Carlo.

Traduction et transcription par : Elodie Mahé et Guillaume Nicolas

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