Feuillets de cuivre : Sherlock était steampunk

Feuillets de cuivre : Sherlock était steampunk

Note de l'auteur

Bienvenue dans un ensemble d’enquêtes, autour de l’inspecteur Ragon, drôle d’énergumène dans un pays où l’étrange éther pénètre tous les espaces.

53779L’histoire : Génie au corps d’obèse, l’inspecteur Ragon louvoie dans un Paris au tournant du XXe siècle, du meurtre d’une prostituée, à un assassinat en chambre close, en passant par un génie du mal qui pimente ses homicides de tirades littéraires. Une reproduction d’Hokusai par ici, un ouvrage de Jules Vernes par là, c’est à travers les livres qu’est souvent la clé.

Mon avis : Feuillets de cuivre est d’abord un bel ouvrage. Couverture soignée, papier épais, titres calligraphiés. Ensuite, chaque chapitre est un moment non seulement dans la vie de l’inspecteur Ragon, mais correspondant aussi à une enquête, la résolution d’une énigme. Ainsi, étape par étape, nous pouvons apprécier le déroulement d’une investigation, tout en suivant une vie, d’une rencontre à un décès, d’un enquêteur à un autre, alors que notre héros prend du galon en même temps qu’il prend du poids.

Au cœur des enquêtes, un grand esprit dans un corps immense, dont la vie tourne autour des livres. Et c’est ainsi une vraie déclaration d’amour à la littérature, où chaque bibliothèque renferme un indice sur notre époque. Laissez tomber les laboratoires type les experts, ici les résolutions sont d’encre et de mots. Si chaque enquête se lit indépendamment, depuis la découverte du corps à la découverte de la vérité, la méta-histoire (celle de Ragon) avance, elle, par petits bouts, avant une résolution dans les deux derniers chapitres. Offrant à l’inspecteur son Moriarty, un génie du mal mystérieux, Fabien Clavel sort tout de même du simple roman policier. Car l’univers steampunk est donné par petites touches, il est le contexte dans lequel évoluent les personnages. N’y cherchez aucune explication, ou grandes différences. C’est toujours bien nos rues parisiennes, nos filles de joies et nos Apaches. Et la vie de Ragon se déroule aussi, chapitre après chapitre, de meurtre en meurtre.

Fabien Clavel

Fabien Clavel

Au détour d’un Van Gogh, à la lumière des Mystère de Paris, en passant par des garçons bouchers, promenez-vous au bras d’un inspecteur de police dans une lumière à la couleur de l’éther.

Si vous aimez : Un certain duo d’enquêteurs vivant à Londres.

Autour du livre : Pour rappel, le steampunk, c’est ce genre littéraire qui se passe à la fin du XIXe siècle, et mélange la toute puissance de l’énergie de la vapeur, à la magie. Ici, il s’agit plus d’un paysage de fond, donnant une atmosphère particulière à l’ouvrage.

Extrait : « Les escaliers craquèrent sous les pas de la maquerelle.
– Vous vouliez voir les filles, les voilà.
Elles marchaient au pas, dans un froufrou de dentelles, aguicheuses par habitude plus que par envie. Elles se placèrent en ligne devant lui, comme pour une inspection. Il y en avait sept.
Leur beauté frappa Ragon qui demeura incapable de se relever. Ces lèvres, ces joues, ces gorges, ces cheveux, tout le troublait. Il y avait bien longtemps qu’il n’avait pas été avec une femme. Les bordels de campagne suintaient la misère et il les avait désertés rapidement, s’épargnant au moins quelque maladie honteuse.
Il reconnut la troisième fille en partant de la droite. Ses cheveux blonds, son air doux et triste lui rappelaient quelque chose. Oui, il l’avait déjà vue dans la foule des curieux de la Morgue ! Sa bouche s’assécha aussitôt. »

Sortie : novembre 2015, éditions Actu SF, 244 pages, 20 euros.

 

Partager