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Les copains d’abord (Critique de Beaucoup de bruit pour rien, de Joss Whedon)

Les copains d’abord (Critique de Beaucoup de bruit pour rien, de Joss Whedon)

Note de l'auteur


En l’espace d’un film, Joss Whedon est passé du statut de persona quasi non grata à celui de maître du monde. D’aucun aurait pu en profiter pour aller claquer des millions de brouzoufs sur une production quelconque, mais pas Whedon. Car s’il est un trait de caractère qu’il faut bien lui reconnaître, c’est sa générosité. Et lorsqu’on est généreux comme lui, quoi de mieux que d’inviter tous ses copains à la maison, histoire de fêter l’évènement.

Much Ado About Nothing version Whedon, est donc avant tout un film de potes et de toutes les comédies de William Shakespeare, c’est sans doute celle qui s’adapte le mieux à ce type d’exercice. Bien sûr, la flamboyante interprétation de Kenneth Branagh avait su revigorer de manière définitive le caractère incroyablement festif de la pièce et il n’est pas question pour Whedon de venir se frotter à la perfection du film de 1993. C’est en toute humilité qu’il attaque l’œuvre du dramaturge anglais. Point de décor somptueux, ni de paysage éblouissant, le réalisateur des Avengers tourne chez lui, quitte à faire dormir Bénédict (Alexis Denisof) et Claudio (Frank Ranz) dans la chambre des mômes. Ça lui permet cela dit de poser des scènes assez savoureuses, comme de coincer le monologue anti-mariage de Bénédict entre les poupées de sa fille.

C’est en amoureux de la langue et surtout de la réplique qui tue que Whedon a choisit Shakespeare. Et à ce niveau là, Much Ado About Nothing est un diamant de précision et de férocité. Si les joutes verbales entre Bénédict et Béatrice (la ravissante Amy Acker) en sont les exemples les plus évidents, le monologue de Dogberry (l’énorme Nathan Fillion) reste l’un des plus réussis. Et c’est sans doute là où la version Whedon a son mot à dire, comparée à celle de Branagh. Par la simplicité et l’humilité de sa mise en scène, elle réinstaure le rire, franc et honnête. Whedon rend Shakespeare véritablement drôle et déconnant, là où d’autres, sans doute trop respectueux de l’image classique de l’auteur, restait dans l’humour purement textuel.

Il est vrai que le casting fait beaucoup. Voir toutes ses tronches connues du petit écran déconner à plein tube sur du Shakespeare vaut son pesant d’or et cette dynamique de groupe est forcément communicative. C’est aussi peut-être sa limite, car si elle fonctionne à merveille sur un spectateur averti, qu’en est-il de celui qui ne connaît aucun des acteurs présents ? C’est sans doute la raison pour laquelle Whedon s’est montré prudent. Comme n’importe quel film de vacances, ce Much Ado là ne vaut surtout que lorsque l’on connaît et que l’on apprécie l’auteur ou ses comédiens. Les autres passeront sans doute complètement à côté, voire même conspueront-ils jusqu’à l’idée.

Ce même casting est d’ailleurs gêné aux entournures dès lors que la pièce devient un peu plus dramatique. Il est vrai qu’en cassant volontairement l’incroyable énergie dégagée par le premier acte et une partie du second, Shakespeare lui-même se tire un peu une balle dans le pied. Bien sûr, c’est osé de bousiller une farandole en plein milieu, ça peut-être même bénéfique lorsque celle-ci commence à tourner en rond (auquel cas on appelle ça une ronde). Mais il faut bien avouer que les malheurs de Claudio et de Héro sont nettement moins passionnants que la baston verbale entre Bénédict et Béatrice. C’est tout le problème des jeunes premiers, ils sont toujours un peu emmerdants à la longue. Reste que l’énorme capital sympathie qui se dégage du film l’emporte largement sur tous les petits défauts inhérents à sa production.

Avec Much Ado About Nothing, Joss Whedon semble vouloir tourner une page de sa carrière. On espère évidemment le voir retravailler avec sa troupe d’acteurs fidèles, mais on sait bien que cela va devenir de plus en plus difficile de les réunir tous autour d’un même projet. Ce film est en quelque sorte un petit cadeau de remerciement, de la part d’un réalisateur à ses acteurs et aussi à son public. En attendant…

Come, come, we are friends: let’s have a dance ere
we are married, that we may lighten our own hearts
and our wives’ heels.


 

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