• Home »
  • BOOKS »
  • Final Fantasy XV : dans les arcanes d’une vieille dynastie
Final Fantasy XV : dans les arcanes d’une vieille dynastie

Final Fantasy XV : dans les arcanes d’une vieille dynastie

Note de l'auteur

Trente ans que la saga Final Fantasy s’est imposée dans nos vies vidéoludiques. Mana Books nous offre une plongée dans les cuisines de son dernier avatar en date, 15e du nom, en narration, en visuels et en interviews. Suivez le guide.

Le livre : On ne présente plus la saga Final Fantasy, une licence culte de RPG qui fait rêver les joueurs depuis plus de 30 ans – le premier opus a été lancé par Hironobu Sakaguchi en 1987 au Japon, tout de même. Compilant des centaines d’illustrations et des entretiens avec les créateurs du jeu, cet ouvrage revient en détail sur le processus de développement du 15e opus.

Mon avis : Peu après avoir sorti un bien intéressant StarCraft Cinematic Art – et peu de temps avant de porter sur les fonts baptismaux un (visiblement) somptueux ouvrage consacré à Metal Gear Solid – les Français de Mana Books publient ce volume plus petit, en couverture souple, consacré donc à Final Fantasy XV. Le dernier représentant en date d’une série née sur la Nintendo NES et qui dure depuis trois bonnes décennies. Excusez du peu.

Depuis le 11 juin 2013 et l’annonce du développement de FFXV, jusqu’au 22 novembre 2016 et le lancement officiel de ladite galette sur PS4 et Xbox One, il faudra donc près de deux ans et demi de patience. En réalité, le travail durait depuis bien plus longtemps. Yôko Shimomura, compositrice principale du jeu, indique ainsi avoir bossé 10 ans sur ses musiques, dès 2006, lorsque le projet s’appelait encore Final Fantasy Versus XIII.

Entre 2013 et 2016, les gamers auront droit à deux démos, un anime en cinq épisodes explorant l’enfance et la jeunesse du quatuor au cœur du jeu. Mais aussi à un long métrage en images de synthèse consacré aux « Lames royales », qui joueront un rôle déterminant dans FFXV. Et surtout à l’un de ces soldats d’élite, Nyx Ulric.

Une dernière démo sortira trois semaines à peine avant le jeu proprement dit. Par la suite, du contenu exclusif sera régulièrement proposé, réservé à des packs spéciaux ou à l’achat du produit dans les magasins 7-Eleven. De nouveaux épisodes seront lancés, dédiés aux trois compagnons de route du protagoniste, Noctis. Des apps pour smartphone et un spin-off en réalité virtuelle (offrant surtout des séances de… pêche), et l’on aboutit le 7 mars 2018 à une sortie sur PC, quelque 15 mois avant la publication sur consoles.

On le voit, la machine marketing fonctionne à plein régime. Et c’est de bonne guerre. Mais qu’en est-il du jeu lui-même, tel qu’il se présente dans ce livre ? Visuellement, les quatre garçons dans le vent ressemblent furieusement à un boys band nippon caricatural. Et les prétextes donnant la possibilité de remplir des missions, au début du jeu, sont peu crédibles… Mais c’est fréquemment le cas, lorsqu’on revisite ce type de contenu avec le recul d’un résumé.

La cosmogonie derrière FFXV agglomère une myriade de motifs culturels classiques, lorgnant notamment du côté de Tolkien, avec l’importance de l’anneau (des Lucii), la mention du mithril, etc. Même le cristal de pouvoir évoque Dark Crystal, par exemple.

Après une narration assez complète du jeu et de ses extensions, des éléments de fond (une chronologie sur quatre pages d’Éos depuis « l’âge des dieux » et la cosmogonie déjà mentionnée, que le joueur peut découvrir au fil de sa partie aux quatre coins du territoire de jeu), on en vient au vif du sujet : les artworks.

Force est de constater que nombre de ces visuels, contenu abouti comme travaux préparatoires, sont de toute beauté. On aurait aimé en profiter sur un plus grand format. Sans aller jusqu’au beau-livre cartonné tout en largeur comme le StarCraft (292 x 254 mm, cela laisse plus de latitude pour valoriser des travaux visuels bourrés de détails que le 182 x 257 de FF XV), on aurait pu offrir davantage de place à certaines illustrations. Je pense surtout aux vues d’ensemble : QG de persos, cités, lieux où dorment les divinités. Des peintures numériques clairement magnifiques et qui auraient pu avoir les honneurs d’une pleine largeur sur double page.

On peut sans doute y voir la dimension quelque peu hybride de ce Final Fantasy XV – Official Works : à la fois artbook et guide de jeu, contenant résumé narratif, présentation des personnages, conseils, listes de données utiles, etc. Mais aussi des interviews des réalisateurs ainsi que – choix plutôt intéressant dans le cadre d’un artbook (généralement centré sur le visuel) – des cinq principaux compositeurs du jeu.

Au premier rang desquels Yôko Shimomura, déjà citée. Celle qui s’est fait connaître entre autres pour ses musiques destinées à Street Fighter II, Kingdom Hearts et Mario & Luigi, évoque au passage son travail sur les bruitages de jeux vidéo. Et notamment ce « bruit de chandelier qui explose pour un jeu sur NES » :

Mais comment voulez-vous rendre le bruit du verre brisé sur une console qui ne sait faire que des “piii” ? Il n’y a rien de plus dur à rendre que le bruit du verre qui se brise. Pour les explosions, on peut combiner plusieurs bruits, mais le verre qui éclate, impossible. Alors je l’ai fait quand même, en tentant de me convaincre que si on imaginait le bruit en voyant l’image, on l’entendrait… »

Son travail sur FFXV est assez impressionnant, puisque la bande-son comprend 96 pistes quasiment toutes signées de sa main, sans oublier plusieurs morceaux sur l’OST du long-métrage Kingsglaive et un album à part dans lequel Yôko Shimomura réarrange 10 de ses morceaux pour FFXV au piano.

En termes de nombre de pistes, cette OST fait partie de mes plus gros travaux, même récents. À ce jour, c’est pour Kingdom Hearts que j’ai composé le plus de morceaux : en comptant les versions différentes non incluses dans les CD, on atteint je crois 120 pistes. FFXV doit arriver en deuxième position. »

Avec cette particularité – et cette difficulté spécifique – que la musique pour un jeu vidéo obéit au principe de la boucle :

La plus grande différence avec le jeu, c’est que dans un film, les musiques ont une fin, elles ne tournent pas en boucle. 90% de celles que j’ai composées à ce jour sont conçues pour se répéter à l’infini. J’ai donc dû faire un effort [pour les musiques du long-métrage] pour me rappeler comment on finissait un morceau ! »

Pour le connaisseur de l’univers Final Fantasy, ces interviews représentent peut-être l’intérêt majeur de ce livre. Pour tous les autres, l’ouvrage made in Mana Books peut constituer une introduction rêvée au dernier représentant en date d’une déjà longue dynastie, et une plongée dans les arcanes de sa création.

Final Fantasy XV – Official Works
Édité par Mana Books

Partager