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Une saison dotée d’une bonne allure (Flash – Critique saison 1)

Une saison dotée d’une bonne allure (Flash – Critique saison 1)

Note de l'auteur

Deuxième tentative super-héroïque de la CW après les aventures passéistes et branquignoles de son archer vert, voilà que débarque Flash, le nouveau superslip le plus rapide du mondeA mi-chemin entre l’icône marvelienne made in Mickey et les aventures provenant de la Distinguée Concurrence, cette première saison a été pour le moins exaltante, voire passionnante, si on est capable toutefois de faire abstraction de ses menus défauts…

 

flash Car Flash, l’air de rien, a globalement réussi son entrée en matière. Sous les faveurs d’une traînée rouge de bon aloi, la CW embarque ici un processus différent de sa consœur, Arrow, devenue officiellement chiantique. En effet, plus lumineuse et surtout plus ambitieuse, la série ne tarde pas très longtemps à mettre en place une mythologie de plus en plus épaisse au fil des épisodes. Pourtant, dès le pilote, on pouvait craindre un manque de fond dans la construction, le syndrome du bad guy of the week pointant déjà le bout de son nez, la teenage-touch du network risquant d’achever le tout… Mais la mise en place a été en fin de compte rapide et surtout, dynamique. Limitant les flash-backs à leur plus simple expression tout en jouant à fond la carte sur le mystère qui entoure la mort de Nora Allen, la série avance régulièrement et sait garder aussi un vrai semblant de sérieux. Harrison Wells, véritable moteur d’ambiguïté, intrigue tout du long, entre paternité protectrice envers Barry et criminel aux abois qui n’a plus rien à perdre. Némésis obligée de (re)créer son héros pour arriver à ses fins, il faut bien admettre que Flash repose énormément sur les épaules de son vilain. Le fil rouge sur le mystère entourant ce dernier a su jouer plusieurs tonalités permettant un récit suffisamment consistant pour que la saison s’affirme avec assez d’aisance. On se doutait déjà de certains éléments dès le pilote, mais Flash a su malgré tout s’affirmer avec une identité propre et bien à elle.

the-flash-s1e6-running Si le ton n’a rien de révolutionnaire, la série sait jouer de ses forces grâce à la bonne humeur de son héros, résultat d’un enthousiasme communicatif pour le spectateur. Qui plus est, Flash se permet une belle démesure épique et cela avec beaucoup de largesses. Nouveau « coup spécial », possibilité de courir sur l’eau, sur les murs ou bien remonter le temps… Rien n’entrave Barry dans sa quête, grâce à des actions grandement héroïques dans lesquelles le personnage se dépasse sans arrêt. Il y a quelque chose de jubilatoire, de viscéralement jouissif à le voir repousser sans cesse ses limites, porté qui plus est par l’excellente B.O. de Black Neely.

The ScientistCandide, le scientifique ne considère pas d’ailleurs ses pouvoirs comme une épée de Damoclès, mais plutôt comme une bénédiction. De même, il sait rester positif, est parfois arrogant ou trop sûr de lui, mais sait s’amuser de ses compétences ou prendre les événements parfois à la légère, malgré certains problèmes très épineux. En résulte une légèreté qui imprègne la série, élaborant une image aux atours fun avec une espièglerie de circonstance. Du côté des easters eggs et autres références marquantes, Flash assure aussi avec brio le challenge. D’ennemis récurrents (Captain cold, Gorilla Grood) aux futurs alliés en devenir (Cisco, Firestorm), la série puise allègrement dans un vivier important de figures du comic, tout en la rendant de plus en plus intrigante. Teasant le devenir sombre de Caitlin Snow lors d’un voyage dans le temps, d’un Jay Garrick à venir, ou optant pour un Mark Hamill génial oscillant entre le Trickster d’origine mêlé à des atours de Dark Vador très réussis, la série sait utiliser intelligemment son matériau pour mieux se mettre en valeur la plupart du temps.

the-flash-gorilla-grodd-reverse-flash-everyman-and-more-the-cw-344243La venue à plusieurs reprises d’Oliver Queen et consorts a su aussi apporter un élan favorable au bolide de Central City. Construisant savamment certains éléments qui apportent aux deux camps, que ce soit au niveau personnel ou matériel, Flash a largement bénéficié d’un apport ambitieux au sein de son univers. Les tares de l’archer vert sur son ultime saison n’ont pas gangrené la storyline de la série, bien au contraire. Elle l’a enrichi, la rendant plus épaisse dans la caractérisation de chacun des personnages, signant surtout l’un des épisodes les plus efficaces de la saison dans un excellent mano à mano. Même si on n’évite pas l’écueil marketing pour autant qui justifie ces allers-retours réguliers, car Barry et Oliver ne se croisent pas tant que ça au bout du compte, il faut tout de même dresser un constat évident : le cross-over n’est ici plus un événement, il devient un standard. Les deux shows s’imbriquent à merveille mais par leur présence récurrente chez l’une et l’autre fait perdre du sensationnalisme à leur univers lors de leur rencontre. La série s’engouffre donc dans l’évidence de son univers partagé mais gagne indubitablement en richesse (Pour Arrow, on peut dire que c’est même carrément salvateur…), préparant le terrain pour un énième spin-off, Legends of Tomorrow. De ce fait, Flash s’en trouve donc galvanisé et sa saison 2, avec la préparation d’autres bolides à venir (Jay Garrick, Wally West et Jesse Quick, rien que ça !), ambitionne lourdement de booster sa mythologie, avec incursion en terre parallèle (coucou terre-2 !), voyages dans le temps (le futur ?) et autres singularités très problématiques…

the-flash-harrison-wells-reverse-flash-more-eddie-versus-his-future-self-cw-s-the-flash-305564On soulignera aussi que Flash cherche à emmener le spectateur sur un terrain plus scientifique, plus intellectuel. Rien de forcément très besogneux non plus : Flash, c’est surtout la science pour les nuls (ou ceux qui n’ont jamais vu Doctor Who). Les explications expéditives sont légions et les raccourcis scénaristiques le sont donc tout autant. Sans autant être ridicule, la série conserve du mieux qu’elle peut cet angle plus éclairé avec juste le minimum de crédibilité pour ce type de production. On marche ou pas mais en étant tatillon, certaines élucubrations à la Misfits of the Science peuvent parfois agacer. On restera par contre dubitatif concernant le final et son absence de logique total : la mort d’Eddie Thawne (qui aurait dû effectuer une vasectomie avant de penser à en finir…) aurait dû bouleverser toute la timeline en supprimant Eobard Thawne mais il n’en est rien en définitive. Même s’il l’on sait que les récits à base de paradoxe temporel sont rarement cohérents, Flash, au pire, s’est prit les pieds dans le tapis roulant qui lui sert de scénario et vient d’aller tout droit dans le mur, au mieux, devrait délivrer une réponse valable la saison prochaine qui expliquera peut-être ce statu quo et pourquoi rien n’a changé… Reste toute de même un season finale solide, éminemment concentrée sur l’émotion, à commencer par une empreinte paternelle à trois visages, qui a permis à son héros un bel accomplissement dans sa caractérisation.

poPilotBarry Allen se voit en effet éduqué et formé par un trio de pères, aux antipodes les uns des autres. Son identité donc, sera construite au travers de chacun d’entre eux afin de devenir celui qu’il est et celui qu’il deviendra. Si son père du passé, emprisonné à tort, à déclenché le leitmotiv pour le faire devenir le brillant expert médico-légal qu’il est aujourd’hui, c’est néanmoins son père du présent, Joe West, qui en l’élevant lui a inculqué les valeurs morales essentielles pour devenir un garçon à la droiture indéfectible. Un père de substitution donc, aux allures de guide, dont la grande complicité envers son « fils » forme depuis toujours un bloc solide. Mais pour embrasser son statut de héros et acquérir la volonté de se dépasser sans cesse, c’est vers son père du futur, Harrison Wells, énigmatique et insaisissable, qu’il se tournera alors, à contrecœur si c’est nécessaire, même quand il connaîtra ses véritables motivations. En ce mentor, le jeune scientifique se retrouve forcément dans celui qui semble le comprendre complètement, bien mieux que celui qu’il l’a quasiment élevé. Grâce à ce procédé basé sur une paternité triplement revendiquée à laquelle Barry Allen peut se référer, la série provoque alors un intérêt plus abouti dans l’avènement de Barry en tant que héros, mais aussi en tant qu’homme. Intrinsèquement, il s’agit de la meilleure direction dont le show bénéficie pour capitaliser de l’intérêt à son protagoniste principal durant toute la saison.

The-Flash-1x18-7A contrario, le bolide écarlate sait aussi provoquer l’ennui quand la romance s’installe. Inébranlable proéminence contraignante de la CW dans quasi toutes ses productions, la sacro-chiante love story obligatoire de la chaîne contraint le show à être malheureusement tirer parfois vers le bas. La faute à une Iris West irritante en permanence et superficielle au possible, trimbalant une storyline moisie jusqu’aux entournures, nous entraînant dans un triangle amoureux qui, s’il n’est pas foncièrement inintéressant, est quasi diminué d’intérêts par la vacuité de la donzelle. Durant la saison, la blogeuse-fangirl de Flash confirmera d’ailleurs son statut de faire-valoir. Étonnamment, d’autres protagonistes comme Caitlin, et surtout Cisco, ont largement obtenu un statut plus enviable que celui d’Iris durant la saison alors que le postulat de side-kick leur prévoyait déjà un futur bien peu trépidant. Toutefois, la série se confortera malgré tout à être pragmatique car au bout de 9 épisodes seulement, Barry avoue ses sentiments pour Iris. Éconduit par celle qu’il aime, le héros se doit d’aller de l’avant. La série ne perd donc pas trop de temps à relancer une dynamique pertinente, effectuant une transition entre un abandon nécessaire pour son ennuyeuse dulcinée et une nouvelle romance pour son héros, cette fois plus décidé. Flash évite donc l’écueil de Smallville ou d’Arrow, en parasitant trop longtemps son héros par les sempiternels seins auxquels il voudrait se vouer…

 

Malgré tout, Flash réussit sa première percée avec de belles qualités, tout en étant freiné parfois par des ralentissements diminuant la dynamique du show. Si une mythologie conséquente s’apprête à venir lors de la saison 2, il est à espérer qu’elle saura gérer intelligemment son nombre de protagonistes sans cesse croissant, entre terres parallèles, voyages temporels et cross-overs futurs. Sa marge de progression, absolument immense au vu du potentiel déployé, laisse donc songeur. Si la capacité des scénaristes à générer nos attentes est proportionnelle à leur désir de nous surprendre, l’année suivante nous confirmera  si Flash conserve son allure tranquille de série divertissante ou si elle prétend à bien plus que cela. « Run Barry, run! « 

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